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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 18:53

3_03.jpgDossier documentaire:
la 1ère Croisade (1095-1099)















Document 1 : L'appel à la croisade du pape Urbain II


Éléments du contexte :  

Le 27 novembre 1095, à l'issue du concile de Clermont, le pape s’adresse aux évêques, pour demander d’aller au secours des chrétiens orientaux (Byzantins). Cet appel a été retranscrit, plusieurs années après, par Foucher de Chartres, sans doute témoin de l’homélie (allocution sur des matières religieuses).
Présent en Terre sainte en 1096, Foucher de Chartres  est devenu le chapelain de Baudouin de Boulogne (comte d'Édesse de 1098 à 1100 puis roi de Jérusalem, sous le nom de Baudouin Ier, de 1100 à 1118) avant de mourir à Jérusalem en 1127. De 1100 à 1127, il a rédigé un récit de la première croisade, Historia Hierosolymitana, pour inciter les chevaliers occidentaux à se croiser.

 


« Ô fils de Dieu ! Après avoir promis à Dieu de maintenir la paix dans votre pays
[1] et d’aider fidèlement l’Église à conserver ses droits[2], et en tenant cette promesse plus vigoureusement que d’ordinaire, vous qui venez de profiter de la correction que Dieu vous envoie, vous allez pouvoir recevoir votre récompense en appliquant votre vaillance à une autre tâche. C’est une affaire qui concerne Dieu et qui vous regarde vous-mêmes, et qui s’est révélée tout récemment[3]. Il importe que, sans tarder, vous vous portiez au secours de vos frères qui habitent les pays d’Orient[4] et qui déjà bien souvent ont réclamé votre aide.
En effet, comme la plupart d’entre vous le savent déjà, un peuple venu de Perse, les Turcs
[5], a envahi leur pays. Ils se sont avancés jusqu’à la mer Méditerranée et plus précisément jusqu’à ce qu'on appelle le Bras Saint-Georges[6]. Dans le pays de Romanie[7], ils s'étendent continuellement au détriment des terres des chrétiens, après avoir vaincu ceux-ci à sept reprises en leur faisant la guerre. Beaucoup sont tombés sous leurs coups ; beaucoup ont été réduits en esclavage. Ces Turcs détruisent les églises ; ils saccagent le royaume de Dieu.
Si vous demeuriez encore quelque temps sans rien faire, les fidèles de Dieu seraient encore plus largement victimes de cette invasion. Aussi je vous exhorte et je vous supplie – et ce n’est pas moi qui vous y exhorte, c’est le Seigneur lui-même – vous, les hérauts du Christ
[8], à persuader à tous, à quelque classe de la société qu’ils appartiennent, chevaliers ou piétons[9], riches ou pauvres, par vos fréquentes prédications, de se rendre à temps au secours des chrétiens et de repousser ce peuple néfaste loin de nos territoires. Je le dis à ceux qui sont ici, je le mande à ceux qui sont absents : le Christ l’ordonne.
À tous ceux qui y partiront et qui mourront en route, que ce soit sur terre ou sur mer, ou qui perdront la vie en combattant les païens, la rémission de leurs péchés sera accordée. Et je l’accorde à ceux qui participeront à ce voyage, en vertu de l’autorité que je tiens de Dieu.
Quelle honte, si un peuple aussi méprisé, aussi dégradé, esclave des démons, l’emportait sur la nation qui s’adonne au culte de Dieu et qui s’honore du nom de chrétienne ! Quels reproches le Seigneur Lui-même vous adresserait si vous ne trouviez pas d'hommes qui soient dignes, comme vous, du nom de chrétiens !
Qu’ils aillent donc au combat contre les Infidèles – un combat qui vaut d’être engagé et qui mérite de s’achever en victoire –, ceux-là qui jusqu’ici s’adonnaient à des guerres privées et abusives, au grand dam des fidèles ! Qu’ils soient désormais des chevaliers du Christ, ceux-là qui n’étaient que des brigands ! Qu’ils luttent maintenant, à bon droit, contre les barbares, ceux-là qui se battaient contre leurs frères et leurs parents ! Ce sont les récompenses éternelles qu’ils vont gagner, ceux qui se faisaient mercenaires pour quelques misérables sous
[10]. Ils travailleront pour un double honneur, ceux-là qui se fatiguaient au détriment de leur corps et de leur âme. Ils étaient ici tristes et pauvres ; ils seront là-bas joyeux et riches. Ici, ils étaient les ennemis du Seigneur ; là-bas, ils seront ses amis ! »

Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana,  dans Recueil des historiens des croisades, historiens occidentaux.

 

Questions:

1.
D'après le document, à qui s'adresse le pape ?


2. De quoi veut-il détourner les chevaliers ?


3. Que promet-il aux croisés ?

 

 


Document 2: Pierre l'Ermite harangue les croisés en 1095

 

Éléments du contexte :  
Pierre l’Ermite, originaire des environs d’Amiens, est le principal prédicateur de la première croisade. Orateur éloquent, il entraîne les éléments populaires vers la Terre sainte en 1096 mais la plupart mourront avant d’atteindre leur but. En 1099, il participe au siège de Jérusalem en organisant des processions autour de la ville.

 


3_06a.jpg
Roman du Chevalier du Cygne. Manuscrit enluminé sur parchemin. 3e tiers du XIIIe siècle.

 

 

 

 





Document 3: La lettre encyclique de l'archevêque de Pise au pape

 

Éléments du contexte :  
Le pape délègue son autorité sur la Terre sainte à un légat, Daimbert, archevêque de Pise. Chef spirituel de l’expédition, celui-ci est élu patriarche de Jérusalem. Il adresse une lettre encyclique
[11]au pape.

 

 

« Au Seigneur pape de l’Église de Rome, à tous les évêques et à tous les fidèles de la foi chrétienne, moi, archevêque de Pise, avec les autres évêques, le duc Godefroi par la grâce de Dieu aujourd'hui avoué du Saint-Sépulcre, Raymond comte de Saint-Gilles et toute l’armée de Dieu aujourd'hui en terre d’Israël, salut et prières. […] Après avoir pris Nicée, l’armée entière a poursuivi son chemin, avec plus de trois cent mille hommes d’armes. Cette multitude pouvait occuper tout l’Empire grec, en un seul jour boire l’eau de tous les fleuves et labourer tous les champs, et pourtant le Seigneur l’a menée dans une telle abondance qu’on achetait un bélier pour un sou à peine ou un bœuf pour douze. En outre les princes et les rois des Sarrasins se sont levés contre nous, mais par la volonté de Dieu ils ont été aisément vaincus et écrasés. Après tous ces bonheurs, Dieu a voulu punir les orgueilleux et a mis sur notre route Antioche, une ville imprenable par les moyens humains. Il nous a retenus neuf mois à ce siège, Il nous a humiliés en nous laissant encercler jusqu’à ce que soit ravalée l’enflure de notre superbe. Nous étions donc abaissés jusqu’à ne plus pouvoir trouver dans l’armée entière une centaine de bons chevaux. Alors Dieu nous ouvrit les trésors de Sa bénédiction et de Sa miséricorde[12]. Il nous introduisit dans la cité, remit à notre pouvoir les Turcs et tous leurs biens. Peut-être avons-nous attribué cette conquête à nos seuls mérites, peut-être n’avons-nous pas exalté assez dignement le Dieu qui nous l’avait octroyée : nous avons donc été assiégés par un nombre si grand de Sarrasins que nul n’osait plus sortir de la cité. La faim s’étendait dans la ville, c’était à peine si on se retenait de manger la chair humaine. Mais il serait trop long de raconter les misères qu’on souffrit dans la cité. Le Seigneur regarda son peuple, et Il a consolé ceux qu’Il avait si longtemps tourmentés. […] Il a infusé la force de prendre les armes et de combattre valeureusement. Nous avons triomphé des ennemis, mais la faim et l’inaction ont ensuite affaibli l’armée à Antioche. Nous sommes repartis pour la Syrie, surtout à cause des disputes entre les princes, nous avons pris de force les villes sarrasines d’al-Bara et Ma’arrat et conquis les châteaux de la région. Nous nous disposions à attendre là, mais telle fut la famine dans l’armée que les chrétiens mangeaient les cadavres en cours de décomposition des Sarrasins. Ensuite, comme sur un avertissement du Seigneur, nous avons avancé jusqu’en Perse, nous avons eu avec nous la main très généreuse, miséricordieuse et victorieuse du Père tout-puissant. Les bourgeois et les châtelains de la région où nous progressions nous envoyaient des messagers chargés de cadeaux, ils se montraient prêts à servir et à rendre leurs places fortes. Mais parce que notre armée n’était plus nombreuse[13] et que tous étaient pressés d’arriver à Jérusalem, nous avons accepté des garanties et nous les avons soumis à tribut. Alors que chacune des nombreuses cités qui sont sur ces rivages maritimes avait plus d’habitants qu’il n’y en a dans notre armée, les exemples d’Antioche, Laodicée et Rohas nous montraient que la main du Seigneur était avec nous ; nombre de ceux de l’armée qui étaient restés là-bas nous rejoignirent donc à Tyr. Ainsi Dieu était notre guide et œuvrait avec nous, et nous sommes arrivés devant Jérusalem. Lors du siège de la Cité, l’armée a beaucoup souffert, surtout du manque d’eau. Nous avons alors tenu un conseil : les évêques et les princes ont fait annoncer qu'on ferait en procession le tour de la ville pieds nus, pour que Celui qui pour nous y fit son entrée en toute humilité, devant notre humilité envers Lui, l’ouvre à nous pour procéder au jugement de ses ennemis. Le Seigneur agréa notre humilité. Huit jours après notre geste d’humiliation, Il nous a livré la cité avec ses ennemis, l’anniversaire même de ce jour où l’Église primitive en fut expulsée et où de nombreux fidèles célèbrent la fête de la Dispersion des Apôtres. Et si vous voulez savoir ce qu’on fit des ennemis qu’on trouva ici, sachez que, sous le portique de Salomon et dans son Temple, les nôtres chevauchaient dans le sang des Sarrasins jusqu'aux genoux des chevaux[14]. »

G. Lobrichon, 1099, Jérusalem conquise, Le Seuil, Paris, 1998

 

 Questions:


4. Comment sont présentées les étapes du siège d'Antioche ?

5. Comment l'auteur justifie-t-il les souffrances et les victoires des croisés ?


6. Les ennemis sont-ils souvent évoqués dans le texte ?
De quelle façon le sont-ils ?

 

 

Document 4: Le siège de Jérusalem

 

Éléments du contexte :  

L’assaut de Jérusalem est donné après des jours de jeûne et des processions conduites par le clergé. Les Francs, manquant de vivres et de matériaux, doivent attendre de se procurer du bois pour construire des échelles et des tours mobiles afin d’attaquer la muraille de la ville, tandis que celle représentée sur l’image est en pierre. Sur la gauche, un clerc encourage les croisés à prendre possession de Jérusalem. En haut, un chevalier franc, inconnu, se tient sur le mont des Oliviers, lieu symbolique pour les chrétiens. On reconnaît Godefroi de Bouillon, roi de Jérusalem, avec le titre d’"avoué du Saint-Sépulcre", dans la tour.

 


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Roman de Godefroi de Bouillon et de Saladin... Manuscrit enluminé sur parchemin. Paris, 1337.













Questions
:

7. Décrire la représentation du siège de Jérusalem : les Francs et leurs ennemis, les fonctions des différents personnages, les techniques de combat utilisées.

8. Pourquoi le personnage en bleu porte-t-il une couronne ?

 

 

 

Questions de synthèse :

9. Quelles sont les causes de la première croisade ?


10. Quels sont les acteurs de cet évènement ?


11. Comment se comportent les croisés ? Commet l'expliquer ?

 

 

 



[1] . La Paix de Dieu est un mouvement spirituel et social des Xe et XIe siècle, organisé par l’Église catholique et soutenu par le pouvoir civil. Son but est d’obtenir une pacification du monde chrétien occidental et de maîtriser l’usage de la violence dans la société.

[2] . Depuis le XIe siècle, les Papes luttent contre l’Empereur pour libérer l’Eglise de l’emprise des rois et siegneurs.

[3] . Allusion possible à la venue d'une ambassade byzantine au concile de Plaisance en mars 1095.

[4] . Les Byzantins.

[5] . Terme qui désigne les Musulmans.

[6].  Le Bosphore.

[7] . L’Empire byzantin en tant que seul héritier de l’Empire romain.

[8] .  Le pape s’adresse aux évêques. L’expression signifie : ceux qui parlent au nom de Jésus.

[9] . Un piéton est un soldat qui combat à pied.

[10] . Dans ce paragraphe, le Pape s’adresse surtout aux seigneurs et chevaliers. Il leur demande de mettre fin à leurs guerres privées au profit de la croisade.

[11] . Communiqué adressé à toutes les églises d’Occident qui annonce la victoire des croisés.

[12] . Le siège de la ville dure du 20 octobre 1097 au 28 juin 1098.

[13] . On estime que l’armée croisée qui assiége Jérusalem est composée d’environs 1 500 chevaliers 12 000 fantassins.

[14] . Une fois les croisés entrés dans la ville, de nombreux habitants sont massacrés  durant l’après-midi, le soir et le matin suivant. Les musulmans, les juifs et même les quelques chrétiens restant sont massacrés. Les sources divergent sur le bilan : 10 000 morts les sources  chrétiennes ; 70 000 pour les sources musulmanes.

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commentaires

Amadeo Simon 28/01/2015 16:52

Qui est l' auteur de ce document? Sauriez vous me dire si il est historien ou pas? Merci :-)

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