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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 14:13

Mai 68: étendard pour certains, repoussoir pour d'autres, mai 68 est lourd de symboles et d'enjeux, d'autant que nous sommes dans la célébration du 40ème anniversaire de l'évènement. Le mouvement de mai 68, très puissant en France, ne doit pas faire oublier qu'il a embrasé de nombreux pays dans le monde, des États-Unis au Japon, en passant par Prague ...

Cet article vous propose d'étudier Mai 68 au travers d'affiches réalisées par l'Atelier populaire de l'École des Beaux Arts de Paris en mai-juin 1968.




Une crise étudiante


Un visage entièrement entouré de bandes, la bouche muselée par une épingle à nourrice, surmonté d'un slogan "Une jeunesse que ‘'avenir inquiète trop souvent'. L'affiche délivre un triple message.
- Les jeunes ne peuvent s'exprimer dans la France gaulliste. La télévision (ORTF) est contrôlée par le pouvoir politique. Dans les universités, à cette époque, il n'existe pas d'instances représentatives des étudiants. A cette date, le droit de vote est réservé aux plus de 21 ans.
- Les jeunes, scolarisés ou non, bien que très nombreux et très présents dans la société, ne se voient pas reconnaître le statut auquel ils aspirent. L'essor de la culture jeune, qui accompagne la société de consommation, contraste avec les valeurs traditionnelles (la famille, l'autorité, etc...).



Document: L'irruption d'une génération
« Le music-hall exsangue renaît sous l'influence des copains ; les tournées se multiplient en province, sillonnée par les deux groupes leaders, le groupe Johnny-Sylvie(1) et le groupe Richard-Françoise. Paris-Match consacre chez les « croulants » le triomphe des copains puisqu'il accorde aux amours supposées de Johnny et de Sylvie la place d'honneur réservée aux Soraya et Margaret(2). [...] La classe d'âge s'est cristallisée sur :
- une panoplie commune, qui du reste évolue au fur et à mesure que les « croulants » avides de juvénilité se l'approprient ; ainsi ont été arborés blue-jeans, polos, blousons et vestes de cuir, et actuellement la mode est au tee-shirt imprimé, à la chemise brodée ; [...]
- l'accession à des biens de propriété décagénaires(3) : électrophone, guitare de préférence électrique, radio à transistors, collection de 45 tours, photos ;
- un langage commun ponctué d'épithètes superlatives comme « terrible », « sensass », langage « copain » où le mot « copain » lui-même est le maître mot, mot de passe ;
- ses cérémonies de communion depuis la surprise-partie jusqu'au spectacle de music-hall et peut-être, dans l'avenir, des rassemblements géants sur le modèle de celui de la Nation(4) ;
- Ses héros ? Un culte familier d'idoles-copains est né. [...] Mais là où il est le plus ardent, c'est dans l'acte même de la communion, le tour de chant, où le rapport devient frénétique, extatique. »

Édgar Morin, sociologue, « Salut les copains », Le Monde, 6 juillet 1963.

1. Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Richard Anthony et Françoise Hardy : chanteurs.
2. Soraya, Margaret : princesses souvent à la une de l'actualité.
3. Décagénaires : concernant la tranche d'âge des 10-19 ans.
4. Le premier grand concert en plein air, place de la Nation, à Paris, auquel 150 000 jeunes assistent en juin 1963.



- L'affiche peut se lire également comme une allusion à l'occupation nocturne de la salle du Conseil de l'université de Nanterre par les étudiants "gauchistes" du Mouvement du 22 mars.

Les bandages évoquent la violence des échauffourées entre étudiants et policiers au Quartier latin dès le 3 mai, à la suite de  la fermeture de la faculté de la Sorbonne, ou lors de la Nuit des barricades, le 10 mai (720 blessés légers). Les affrontements sont extrêmement violents : les étudiants dressent des barricades dans le Quartier latin.





Le slogan enfin, qui reprend une phrase de De Gaulle, est aussi un rappel des inquiétudes étudiantes. Le plan
Fouchet (ministre de l'Éducation nationale de 1962 à 1967) prévoit la mise en place des filières et des cycles.
Les années 1960 sont marquées par les débuts de la massification scolaire et étudiante. La croissancedes effectifs, qui ont triplé en dix ans avec l'arrivée des généra­tions du baby boom), se fait dans des structures universitaires  insuffisantes et inadaptées.

 

La guerre d'Algérie a contribué à politiser une partie de la jeunesse. Les étudiants, par l'intermédiaire de leur syndicat, l'UNEF, participent à de nombreuses manifestations pour la paix en Algérie et contre l'OAS.
Cette mobilisation étudiante se poursuit avec les Comités de base Vietnam qui font campagne contre la guerre du Vietnam. Dans les campus universitaires et dans les lycées, les organisations d'extrême gauche (trotskistes, maoïstes, anarchistes notamment)  sont très implantées et très actives.

 






Une crise sociale

Sur cette affiche un ouvrier se démultiplie (six bras) pour tenter de répondre aux cadences infernales.


Dans l'affiche si-dessous, on peut voir montre un poing levé (symbole de la lutte ouvrière) prolongeant la cheminée d'une usine.














Ces deux affiches rappellent que les années soixante coïncident avec l'apogée numérique de la classe ouvrière (40 % de la population active travaille dans l'industrie). De plus en plus mécanisé, le travail entraîne le recours massif aux O.S. dans l'industrie automobile ; la parcellisation des tâches, accompagnée du chronométrage, y est très mal vécue.



Photo de Jean-Claude Seine, Mai 68 - Paris - Piquet de grève
Les grèves éclatent de manière spontanée le 14 mai, à Nantes, à l'usine Sud-Aviation, puis s'éten­dent rapidement : les usines, la fonction publique (PTT, SNCF, enseigne­ment etc.), les services, les campagnes  rejoignent la grève. Le 17 mai, la CGT appelle à la grève illimitée, entraînant une paralysie de presque tout le pays. On dénombre près de 10 millions de grévistes fin mai, un record en France. Les revendications sont multiples : hausses de salaires, meilleures conditions de travail mais aussi aspiration à un changement dans les rapports au travail et remise en cause générale du principe d'autorité. Les grèves s'accompagnent parfois d'occupation des lieux de travail.

Pour tenter d'enrayer la contestaion sociale, les accords de Grenelle sont négociés les 25 et 26 mai, et signés le 27, par les représentants du gouvernement Pompidou, des syndicats et des organisations patronales. Sans satisfaire pleinement les salariés, ils aboutissent  à une augmentation de 25 % du SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) et de 10 % en moyenne des salaires réels. Ils prévoient aussi la création de la section syndicale d'entreprise.

 

Une crise politique

Sur l'affiche "La chienlit c'est lui', de Gaulle, reconnaissable à son képi, est présenté comme une marionnette levant les bras (rappel du V de la victoire). La volonté de le rabaisser est manifeste. La phrase est une allusion directe aux propos qu'aurait tenus le Président à l'Élysée, le 19 mai, à son retour de Roumanie, "La réforme oui, la chienlit non !", phrase aussitôt reprise un peu partout, par dérision comme ici. Le terme chienlit signifie mascarade, pagaille de carnaval.

Le 24 mai, devant la persistance des troubles, de Gaulle annonce à la télévision pour le mois de juin un référendum sur la Participation mais préciser le contenu du mot. Les étudiants ou les ouvriers souhaitent participer à la décision au sein des universités ou des usines. Les salariés souhaitent participer à la redistribution des profits des entreprises. Le gouvernement reprend l'initiative à partir de la dissolution de l'Assemblée nationale et de la manifestation de soutien à de Gaulle le 30 mai.

 La portée de la crise de mai 1968

A court terme, victoire du gaullisme puisque les élections législatives, après la dissolution de l'As­semblée nationale, donnent une majorité inespérée à de Gaulle;
A moyen terme, de Gaulle ne dispose plus du soutien de l'opinion. En avril 1969, après l'échec du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, il délmissionn et meurt un an plus tard.
A long terme, mai 1968 est à la fois le révélateur de l'irruption sur la scène politique des générations nombreuses du baby boom, avec leurs aspirations nouvelles, et le déclencheur de mouvements divers remettant en cause l'autorité sous toutes ces formes

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