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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 12:38
La mondialisation est tout à la fois un phénomène économique, social et géographique. Elle contribue à façonner l'espace. Les espaces transfrontaliers en sont l'illustration. Ils constituent une forme d'interface entre des espaces aux caractéristiques très différentes. Dans le programme de géographie de terminale, au moins 3 espaces transfrontaliers sont abordés: la Main Street entre les Etats-Unis et la Canada, la Zone dite des Trois Frontières au Sud de l'Europe rhénane et la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Ce dernier exemple est sans doute le plus abouti.

La délocalisation des productions nord-américaines

Une maquiladora, ou son abréviation maquila, est l’équivalent des zones de traitement pour l’exportation (export processing zone, EPZ). Ce terme désigne une usine qui bénéficie d'une exonération des droits de douane pour pouvoir produire à un moindre coût des marchandises assemblées ou  transformées à partir de composants importés pour être ensuite exroptées.

Les maquiladoras sont  nées au milieu des années 1960  au Mexique, dans les zones frontalières avec les États-Unis d'Amérique. Ce sont pour l'essentiel des industries manufacturières qui ont besoin de beaucoup de main-d'oeure: elles fabriquent entre autres des vêtements, de l’électronique, des pièces automobiles. En 2000, près de quatre mille de ces usines fonctionnaient dans ce cadre, employant plus d'un million trois cent mille personnes et représentant le tiers des importations.

Localisation des princa pales maquiladoras                            Frontière à Mexicali/Calexico


 

Secteurs d'activités à  à Tijuana                                                        Nombre d'emplois dans les maquiladoras


Les investissements étrangers (IDE) au Mexique proviennent largement des États-Unis : en effet ils représentent 61 % des IDE  pour l'année 2000, très loin devant ceux réalisés par les pays de l'Union Européenne (19,2 % pour Royaume-Uni, l'Espagne, la France, les Pays-Bas, et l'Allemagne réunis).


Les Maquiladoras sont des usines d'assemblage implantées au Mexique - notamment à proximité de la frontière américaine - les investissements viennent de firmes américaines qui trouvent sur place une main d'œuvre abondante et bon marché (importants flux de main d'œuvre vers le nord du Mexique. Une fois assemblés, les produits sont vendus sur le marché américain.




L'impact de l'ALENA
L'Accord de Libre Echange Nord Américain constitue un espace de libre circulation des marchandises et des capitaux sans droits douaniers aux frontières (pas de libre circulation des personnes) entre trois pays : les États-Unis, le Canada et le Mexique. L'ALENA est entré en vigueur en 1994, cet Accord a contribué à faire émerger la dynamique spatiale de la Mexamérique. On peut estimer que l'ALENA bénéficie d'abord aux entreprises des États-Unis et à son marché intérieur puisque ce pays « exploite » ainsi la main d'œuvre mexicaine.
Parallèlement à cette de libre circulation des capitaux, les États-Unis durcissent leur politique de contrôle à la frontière pour endiguer l'immigration clandestine. le renfocrement des gardes-frontière et la construction d'un mur séparant les États-Unis du Mexquis visent à maintenir au Sud les Mexicains qui veulent toujours émigrer vers le Nord malgré le développement des maquiladoras.

Article publié le 05-10-2006 sur le site www.la-croix.com
George W. Bush a signé mercredi 4 septembre une loi de financement de 33,8 milliards de dollars pour des programmes de "sécurité intérieure" incluant la construction d'un mur à la frontière mexicaine.
Le président américain George W. Bush a promulgué mercredi 4 octobre une loi finançant la construction de plusieurs centaines de kilomètres de barrière sur la frontière mexicaine pour stopper l'immigration clandestine, malgré les protestations du gouvernement mexicain.
George W. Bush a signé dans l'Arizona (sud-ouest), Etat affecté au premier chef par l'immigration clandestine, une loi de financement de 33,8 milliards de dollars pour des programmes de sécurité intérieure. Sur ces quelque 34 milliards, 1,2 milliard est affecté au renforcement de la frontière, à un mois d'élections parlementaires incertaines où les élus de sa majorité républicaine comptent bien se prévaloir de cette mesure controversée. Le "mur" est l'une des rares concrétisations du vaste débat sur l'immigration qui a occupé le Congrès pendant des mois.

"Une réforme globale de l'immigration"
George W. Bush est très loin d'avoir mené à bien son grand projet de réforme "globale" de l'immigration, alliant répression de l'immigration clandestine et régularisation temporaire d'une partie des quelque 11 millions de clandestins vivant aux Etats-Unis.
"Nous continuerons à travailler avec le Congrès pour parvenir à une réforme globale de l'immigration qui sécurise cette frontière, assure le respect de la loi et fasse honneur à l'héritage dont nous sommes fiers et qui est celui d'un pays d'immigrants", a dit George W. Bush à Scottsdale. Mais le Congrès reste très divisé sur les aspects plus libéraux de la réforme préconisée par George W. Bush.

Mexico proteste
Le gouvernement mexicain a, lui, énergiquement réprouvé la construction comme une "décision électoraliste". "Le gouvernement du Mexique exprime son énergique rejet face à la construction de murs (...), cette décision porte atteinte à la relation bilatérale globale et elle est contraire à l'esprit de coopération qui doit prévaloir pour garantir la sécurité frontalière", a déclaré le porte-parole du président Vicente Fox, Ruben Aguilar.
Le Sénat américain a approuvé le 29 septembre, à une écrasante majorité de voix républicaines mais aussi démocrates, la construction d'ici au 31 décembre 2008 d'un "mur" de 1.200 km. Il couvrirait les sections les plus poreuses des 3.200 km de frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, à commencer par le désert meurtrier de l'Arizona. Le 1,2 milliard de dollars inscrit dans la loi promulguée mercredi paraît cependant loin de pouvoir financer un tel projet, dont on ignore le coût global.

Barrières amovibles, radars, détecteurs, caméras à infrarouge...
La loi signée par George W. Bush finance davantage de clôtures, des barrières amovibles, de l'éclairage, des radars, des détecteurs, des caméras à infrarouge, et contribue à l'effort visant à porter à 18.000 le nombre de garde-frontières d'ici à 2008, a indiqué George W. Bush.Les 33,8 milliards de dollars serviront par ailleurs à déployer des équipements de détection de matière nucléaire aux points d'entrée aux Etats-Unis, à renforcer la sécurité autour des installations chimiques, à protéger les villes américaines contre les armes de destruction massive et à empêcher les terroristes d'accéder au territoire américain, a dit George W. Bush.
AFP


 

La formation d'un espace humain transfrontalier
La Californie, l'Arizona, le Nouveau-Mexique et le Texas sont les États américains du sud frontaliers avec le Mexique. El Paso se situe sur le Rio Grande au Texas, Los Angeles et San Francisco sont des grandes villes de la Californie. La minorité hispanique est importante dans ces États : elle représente 42 % de la population du Nouveau-Mexique, 32,4 % de la population californienne (moyenne des Etats-Unis qui est de 13 %). Les Hispaniques représentent les trois quarts de la population d'une ville comme El Paso et près de la moitié de celle de San Francisco. Ces indicateurs montrent que les Hispaniques constituent une forte minorité de la population au sud des États-Unis.


La Mexamérique est un mot qui rend compte des réalités de l'espace transfrontalier entre les deux pays : côté américain, la population hispanique est très présente, on trouve des villes jumelles avec celles du Mexique : San Diego (Californie) et Tijuana (Mexique) par exemple. L'espagnol est la langue dominante. Côté mexicain, sont implantées de nombreuses  maquiladoras : ce qui fait du nord du Mexique une zone « atelier » des USA. Cet espace draine des flux de capitaux américains et des flux de main d'œuvre importants (effet polarisant). La Mexamérique constitue ainsi un espace original en développement qui participe des dynamiques spatiales américaines actuelles.

Les maquilarodas menacées par la concurrence
Le nord du Mexique doit faire face depuis la fin de l'année 2000 à la concurrence de nouveaux pays ateliers, notamment la Chine où les salaires sont moindres : avec ces nouvelles délocalisations, de nombreux centres de montage ont été fermés provoquant des licenciements massifs dans la Mexamérique.

                                                 Petites mains du Sud pour firme du Nord

Peu sourcilleuse sur les conditions de travail dans les entreprises auprès desquelles elle se fournit, Wal-Mart sous-traite une grande partie de ses produits en Afrique, en Amérique latine, et désormais en Chine, où les salaires sont encore plus bas.

Jane Doe II, qui utilise ce pseudonyme pour « se protéger ainsi que sa famille de tous préjudices et représailles », travaille depuis septembre 2003 sur une machine à coudre d’une usine de confection de Shenzen, dans le sud de la Chine. Comme 4 800 autres entreprises du pays, sa société opère pour l’une des marques vendues par le géant du commerce de détail. Pour fournir les linéaires de Wal-Mart, Jane Doe II – l’une des 130 000 Chinois(es) qui œuvrent pour un sous-traitant de la firme américaine – abat à l’occasion jusqu’à vingt heures de labeur par jour sans que ses heures supplémentaires soient payées. A 16,5 cents de l’heure (0,13 euro), Jane Doe II ne reçoit pas non plus le salaire minimum légal (31 cents ; 0,25 euro) requis par les lois du travail de son pays. Son entreprise ne lui ayant pas fourni la tenue de protection nécessaire, l’ouvrière souffre par ailleurs de troubles respiratoires et de démangeaisons cutanées dues aux poussières de coton et de laine auxquelles elle est exposée. […]

Depuis 2001, l’entreprise américaine a accompagné – si ce n’est provoqué – la migration de ses sous-traitants vers les nouvelles zones économiques chinoises, au nom d’une logique résumée par le magazine en ligne Fast Company : « Wal-Mart a le pouvoir de serrer au maximum les marges de ses fournisseurs. Pour survivre à cette politique, les fabricants de tout ce qui peut se vendre – des soutiens-gorge aux vélos en passant par les blue-jeans – ont dû licencier leurs employés et fermer leurs usines américaines afin de sous-traiter outre-mer. » Plus de la moitié des importations de produits non comestibles proviennent aujourd’hui de Chine, où la multinationale compte également une centaine de supermarchés et sa principale centrale d’achat planétaire. […]

Que Wal-Mart soit accusée de telles pratiques n’est pas inédit. Rien qu’en 2002, année où elle importa aux Etats-Unis 291 200 conteneurs de biens de consommation, la firme a fait l’objet de 6 000 plaintes en justice pour ses pratiques sociales.[…]. Aux côtés de Jane Doe II de Shenzen, on trouve d’autres victimes anonymes d’une politique commerciale visant à « casser les prix à tout prix ». Elles travaillent à Mastapha (Swaziland), à Sebaco (Nicaragua), à Dacca (Bangladesh). La plupart sont des femmes. Leur histoire atteste une « walmartisation » de la planète, un mot dont le syndicat mondial des professions du commerce estime qu’il est « en passe de devenir familier, et de signifier à la fois dumping social et antisyndicalisme ». […]

Sous le feu de deux formes de contestation – internationale et locale […], Wal-Mart s’est engagée en 2005 dans une importante opération de communication destinée, selon son président-directeur général Lee Scott Jr, à répondre à « l’une des campagnes les plus organisées, sophistiquées et coûteuses jamais lancées contre une seule entreprise ». Pour la question des sous-traitants, l’opération a consisté à relativiser les faits et à afficher sa conscience sociale. Wal-Mart assure ainsi être en rapports réguliers avec plusieurs organisations non gouvernementales luttant pour la fermeture des sweat shops et des maquiladoras, d’où l’entreprise continue pourtant à importer 50 % de sa marchandise étrangère.[…]

ean-Christophe Servant (journaliste), "Petites mains du Sud pour forme du Nord", Monde Diplomatique, janvier 2006, p. 18

Note :  * Wal-Mart : puissante multinationale américaine.



Le cas de la firme multinationale Wal-Mart illustre parfaitement la mondialisation « libérale » actuelle. En effet Wal-Mart pressurise au maximum ses sous-traitants qui fabriquent dès lors dans les pays à faible coût de main d'œuvre et où les protections sociales sont quasi-nulles ou bafouées. Cette politique du « casser les prix à tout prix » favorise le « dumping social et l'antisyndicalisme ». La main d'œuvre des pays parmi les plus pauvres (Swaziland, Nicaragua, Bangladesh) est ainsi exploitée après celle des pays émergents comme le Mexique (et notamment le nord du pays). Cet exemple des pratiques de la multinationale américaine Wal-Mart illustre une forme de domination du Nord sur « les Suds »... Quand mondialisation rime avec « walmartisation »... c'est-à-dire une mise en concurrence des peuples.


Les dynamiques spatiales aux Etats-Unis évoluent au gré de la mondialisation : ce qui se passe dans les régions proches de frontières en constitue un bon révélateur. Nous traiterons ici le cas plus précis de la Mexamérique, cette dynamique spatiale  sera mise en perspective à l'échelle du monde.



Sources :
- Nicolas Hatzfeld, « Questions de recherche », La Lettre du GERPISA no 118, décembre 1997.
- Maurice Lemoine, « Les travailleurs centraméricains otages des maquiladoras », Le Monde diplomatique, mars 1998.
http://www.monde-diplomatique.fr/1998/03/LEMOINE/10134
mars 1998 -  Pages 12 et 13.
- Janette Habel, « 
Zones franches et rideau de fer. Entre le Mexique et les Etats-Unis, plus qu’une frontière », Le Monde diplomatique, décembre 1999. http://www.monde-diplomatique.fr/1999/12/HABEL/12772 décembre 1999 -  Pages 16 et 17
- Maurice Lemoine, «
Trois cents crimes parfaits. Merveilles du libre-échange », Le Monde diplomatique, août 2003.
http://www.monde-diplomatique.fr/2003/08/LEMOINE/10316 août 2003 -  Pages 14 et 15
- Villavicencio D., Les « Maquiladoras » de la frontière nord du Mexique et la création de réseaux binationaux d’innovation, INNOVATIONS, 2004/1, n° 19, p. 143-161.
- Jean-Christophe Servant, « Petites mains du Sud pour firme du Nord », Le Monde Diplomatique, janvier 2006.
http://www.monde-diplomatique.fr/2006/01/SERVANT/13092 janvier 2006 -  Page 18


Voir une présentation de la Mexcamérique en Powerpoint par une étudiante en géographie:

http://coursenligne.univ-artois.fr/aria/sources/diaporamas/L1geo/2007/frontiereamericanomex.ppt






 


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