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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 20:55

Le gaullisme est un courant politique fondamental dans l'histoire de la France contemporaine car il a fortement marqué les institutions et la vie politique au travers de la Constitution de 1958 modifiée en 1962. Si la France est un des rares pays dans le monde qui accorde autant de pouvoirs à un Président élu au suffrage universel direct, c'est parce que le général De Gaulle l'a voulu.
Ce courant, bien que complexe, s'inscrit dans une tradition politique qui remonte au XIXe siècle. Il représente en effet la famille bonapartiste de la droite selon la typologie établie par l'historien René Rémond (les deux autres familles de la droite sont représentées par la droite « orléaniste » ou libérale  et la droite « légitimiste » ou réactionnaire)
[1].


Document 1 : Texte d'une affiche du RPF* à l'occasion des élections législatives de 1951.

POUR LA FRANCE

POUR LA REPUBLIQUE

J'EN APPELLE A VOUS

FRANÇAISES, FRANÇAIS

"La route de la France longe l'abîme. Mais ses guides chancellent à chaque pas. C'est assez ! Pour conduire la nation, il faut un Etat juste et fort.
A l'intérieur se déploie l'entreprise communiste. Or le régime des partis est impuissant à la liquider. En état de crise permanente, il ne fait rien pour réformer la condition ouvrière dont l'injustice peuple le camp séparatiste. Il ne peut endiguer l'inflation qui crée l'abus, la misère. Il laisse les agents des Soviets préparer chez nous l'invasion. Pour que la France retrouve son âme, il faut refaire l'unité nationale.
A l'extérieur, se dresse la menace soviétique. Mais notre défense nationale est, comme le reste, à l'abandon. Il en est de même de l'unité de l'Europe libre. Devant cette inconsistance, nos alliés atlantiques n'envisagent pas, en cas d'invasion, de couvrir efficacement le territoire du vieux continent. (...)
Ainsi, la nation risque d'être, un jour, envahie par ses adversaires, dominée par ses alliés, démolie par tout le monde. Il faut mettre la France debout !
Mais voici qu'en dépit des retards et des truquages, le peuple va parler. Trois systèmes s'offrent à lui.
D'un côté : les communistes. Ceux-là veulent trancher les problèmes en jetant la France aux Soviets.
D'un autre côté : les partis. Ceux-là veulent conserver le régime qui brûle les cartes de la France.
Entre ces deux extrêmes : la masse des français qui se rassemblent pour le salut. Ceux-là veulent libérer la République, pour qu'elle mette nos affaires en ordre et rende au pays sa chance.
J'en appelle à vous tous, Français, Françaises ! Aujourd'hui devant la menace, comme hier dans le drame de la guerre, il faut pour le salut de la France, le RASSEMBLEMENT DU PEUPLE FRANÇAIS !"

Charles de GAULLE
Source : Archives nationales, 78 AJ 28

*RPF : Rassemblement du peuple français, parti créé par le général de Gaulle en 1947.

Ce texte date de  la campagne élections législatives de 1951. Les gaullistes font campagne par l'intermédiaire du Rassemblement du peuple français, parti créé par le général de Gaulle en 1947. Le mode de scrutin joue un rôle important dans cette campagne. Il s'agit de la loi sur les apparentements, votée en juin 1951 et qui pérennise le poids politique de la "troisième force". Elle regroupe les partis de la gauche (SFIO, sans les communistes) et du MRP et des modérés. Le RPF créé par le général De Gaulle en 1947 obtient 118 sièges. Dans ce texte, le général s'oppose à cette alliance politique, mais aussi à la IVème République, véritable menace intérieure. Cette affiche reprend le ton du discours de Bayeux (16 juin 1946). Le pouvoir exécutif doit être fort et séparé de celui de l'assemblée. Le général s'oppose au "régime des partis", qualifié de "régime séparatiste". L'autre menace, c'est le communisme, grande force politique de l'après-guerre (plus de 150 sièges en 1946).



Document 2 : Affiche en faveur du "oui" au projet de Constitution de 1958

Cette affiche émanant d'un comité de soutien au général, appelle au "oui" à la question posée par voie référendaire en juin 1958. Le système des partis est accusé, puisqu'une Marianne libérée de ses chaînes, soutenue par l'ombre du héros de la résistance, semble soutenir le candidat. Enfin, le "système des partis" est associé à la ruine, à la division. C'est le problème algérien qui a permis au général de revenir au pouvoir (13 mai 1958). L'affiche présente clairement le général comme une solution à la crise qui risque de dégénérer en guerre civile.

 

 




Document 3 : Les grandes orientations du gaullisme

"Doter la France d'institutions politiques qui permettent la continuité de vues et d'action, mettre fin à la guerre d'Algérie, réintégrer dans l'unité nationale les millions de Français longtemps traités de "séparatistes", replacer la France au rang des grandes puissances mondiales, tels furent entre autres les grands desseins du général de Gaulle devenu chef de l'Etat. Même si les conditions de son accès au pouvoir prêtaient à de graves critiques, de tels projets offraient peu de prise à la contestation. Dans un premier temps, Françaises et Français ne se firent guère prier pour donner les ratifications ou les blancs-seings [accords sans réserves] qui leur étaient demandés."

Source : Le Monde, 14 mars 1967, article signé Sirius (pseudonyme d'Hubert Beuve-Méry, directeur du journal Le Monde)


Document 4 : Résultats des référendums (1958-1969)


En % des suffrages exprimés Oui Non
Septembre 1958 : approbation de la Constitution 79.25% 20.75%
Mars 1961 : approbation du principe de l’autodétermination de l’Algérie 75.25 % 24.75 %
Avril 1962 : approbation des accords d’Evian  90.70 % 9.30 %
Octobre 1962 : approbation de la modification de la Constitution sur le mode d’élection du président de la République 61.75 % 38.25 %
Avril 1969 : rejet du projet de loi sur la régionalisation et la réforme du Sénat  47.59 % 52.41 %


Ce tableau présente les différents référendums de la période gaullienne et permet d'évaluer les grandes priorités de son programme : mettre un terme à la guerre d'Algérie, réformes constitutionnelles.
L'évolution est nette : le soutien à son programme est total au début de son "règne" et décline avec le référendum de 1962 sur l'élection au suffrage direct du président. Le principe d'un exécutif fort fut combattu, très contesté par ses adversaires (F.Mitterrand notamment dans Le Coup d'état permanent paru en 1964). La victoire est incontestable (62 % de oui), mais la dissolution de l'Assemblée et la coalition de tous les autres partis en une vaste coalition a fragilisé le consensus qui prévalait jusqu'alors. L'opposition est organisée, et dans un contexte de contestation généralisée en 1968 (crise universitaire, sociale puis politique avec le projet de réforme du Sénat et la régionalisation), le général démissionne après le "non" exprimé par 52 % des Français.


Document 5 : De Gaulle et le gaullisme, selon François Mitterrand

Question : En 1971, vous écriviez à propos de De Gaulle : "Il était plus important pour ce qu'il était que pour ce qu'il faisait". Qu'entendiez-vous par là ?
Réponse de F. Mitterrand : "Comme dans tout jugement lapidaire [jugement sans nuances], il contient une part d'injustice. De Gaulle était aussi grand par ses actes. Sur beaucoup de plans, il a été conservateur, très conservateur. (...) Sur le plan des libertés, la Ve République gaulliste s'est caractérisée par l'arbitraire : saisie de journaux, affaires de censure, pressions policières. Sur le plan international, De Gaulle n'a pas saisi, à mes yeux, l'évolution du monde contemporain et l'intérêt de la France. Il était hostile à l'Europe (...)".

Question : Alors, que garderiez-vous du gaullisme ?
Réponse de F. Mitterrand : "Ce que la nature des chose et le verdict de l'histoire me conduisent à garder comme des acquis précieux pour la France. Son rôle pendant la guerre, cette idée que rien n'est jamais perdu, le 18 juin et la suite appartiennent à l'histoire... Sa prescience diplomatique, militaire et nucléaire... Les institutions - qu'on les approuve ou pas , et donc la fondation d'un nouveau régime. Ce sont là des actes majeurs".

Source : François Mitterrand, Mémoires Interrompus, entretiens avec Georges-Marc Benamou, Editions Odile Jacob, 1996

Ce texte est un extraits d'un entretien entre le président socialiste (F. Mitterrand) et un analyste politique, daté de 1996, c'est à dire à la fin du deuxième septennat de F. Mitterrand, qui s'est achevé sur une cohabitation avec Jacques Chirac (RP, nouvelle mouture du RPF fondé par de Gaulle). Mitterrand fut à la fois un adversaire farouche de de Gaulle, l'ayant mis en ballottage aux élections présidentielles de 1965 et un admirateur du modèle politique incarné par de Gaulle.

 
De Gaulle un « homme providentiel »

De Gaulle est d'abord l'homme de l'Appel du 18 juin, l'ancien chef de la résistance puis du gouvernement provisoire de la République restaurée en 1944.
[DOC. 1, Le thème de l'invasion et de la menace intérieure que font peser les communistes. Il apparaît comme un libérateur ; DOC. 2 : de Gaulle les bras levés, rappel de la libération de Paris].

Il a bénéficié d'une large popularité auprès des Français. Son autorité repose en grande partie sur un lien direct entre le chef et le peuple passant au-dessus des corps intermédiaires (élection du chef de l'État au suffrage universel direct, recours fréquent au référendum). Il  a su transcender les partis politiques et mobiliser lors des référendums un électorat beaucoup plus large que l'électorat gaulliste, y compris dans la mouvance communiste, et après l'échec du référendum de 1969, il a démissionné de son plein gré . [DOC. 2 : son ombre suffit à l'identifier ; DOC. 3 : le "blanc-seing" du et sa traduction en terme de "oui" massif jusqu'en 1968 ; DOC. 5 : il "est" avant tout l'incarnation du courage politique]

A plusieurs reprises De Gaulle s'est imposé comme l'homme de la situation (1940, 1958) après son retour au pouvoir en 1958, il met fin à la guerre d'Algérie et dote la France d'institutions stables.
[DOC. 4 : son ombre surplombe Marianne, il se pose en guide, comme l'alternative à la crise algérienne]


Opposant à la IVème République et fondateur de la Vème République

Le gaullisme prétend développer une politique et social original autour de 2 refus :
-
le refus du libéralisme économique classique au profit d'une économie orientée par l'État en vue d'un développement volontariste (la planification, l'aménagement du territoire, les grands projets publics, le keynésianisme. etc.).
- le double refus du capitalisme (exploitation d'une classe par l'autre) et des socialismes révolutionnaires (lutte des classes) au profit d'une « troisième voie » sociale. Au-delà d'une protection sociale avancée, la participation (aux bénéfices, aux décisions, à la propriété de l'entreprise), aussi appelée l'association capital-travail, doit réconcilier les Français entre eux et aboutir à la fois à la justice et à l'efficacité.


"Une certaine idée de la France"

Pour De Gaulle, les institutions stables doivent être au service de la grandeur de la France. De Gaulle affirme l'indépendance de la France, refusant la  « vassalisation » à des organismes supranationaux (ONU, Communauté européenne, OTAN), à des superpuissances (États-Unis) ou aux puissances économiques et financières. Cette idée s'applique à toutes les nations, entités culturelles façonnées par l'histoire et rempart des peuples contre les impérialismes (voir les discours sur le Québec libre, sur la guerre du Viêtnam (discours de Phnom Penh), etc.).
[DOC. 3 et 5 : règlement de la guerre d'Algérie, le programme nucléaire, la France sort de l'OTAN et s'oppose à l'entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE]

 


 Sources:
Serge Berstein, Le gaullisme, La Documentation photographique, n° 8050, La Documentation française, 2006.
Michel Winock, « 1965 : un président élu au suffrage universel ! », L'Histoire, 12/2005, n°304.
Michel Winock, « De Gaulle et les Français », L'Histoire, 02/1998, n°1.
Jean-Pierre Rioux » De Gaulle l'inclassable », L'Histoire, 01/2002, n°14.

 


[1] . La Droite en France de 1815 à nos jours,1954.  Réédité en 1982 pour une  4ème édition sous le titre  Les Droites en France.

 


Le projet politique gaulliste prétend unir les Français. Le rassemblement de tous les Français, au-delà du clivage gauche / droite, source de division et donc de déclin, via le lien direct du chef et du peuple et la politique sociale.
En 1947, de Gaulle a fondé le Rassemblement du peuple français (RPF) pour combattre le Parti communiste et le régime d'assemblée rétabli par la IVème République, dénoncé comme étant un « système » qui débouche sur l'instabilité et l'impuissance.
Après avoir remporté un beau succès aux élections municipales de 1947 et cantonales de 1949, il n'est pas parvenu à conquérir la majorité au Parlement lors des élections législatives de 1951, et a préféré saborder le RPF en 1953.
[DOC. 1 et 2 : lutter contre le communisme, la multiplication des partis ; DOC. 4 : les référendums deviennent de véritables plébiscites autour de sa personne]
Revenu au pouvoir en 1958, de Gaulle a fondé la Vème République dont les institutions se caractérisent par un renforcement des pouvoirs du chef de l'Etat qui en est devenu la clé de voûte, et un affaiblissement du rôle du Parlement contrôlé par la majorité gaulliste.
L'élection du président de la République au suffrage universel direct instaurée par la révision constitutionnelle de 1962 et le recours répété au référendum ont conforté la prééminence présidentielle et l'ont légitimée.
[DOC. 3, 4 : le référendum de 1962 sur le suffrage universel direct]
Cependant, De Gaulle ne dédaigne par d'organiser son courant. Les mouvements politiques gaullistes ont eu plusieurs noms suivant les époques : Union pour la Nouvelle République (UNR) (1958-1962) ;  Union pour la Nouvelle République - Union démocratique du travail (UNR-UDT) (1962-1967) ;  Union des Démocrates pour la Ve République (UDV) (1967-1968).

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