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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 19:00

Le 13  mai 1958, la IVe République est morte victime d'un coup de force déclenché à Alger par les partisans de l'Algérie française, et récupéré par les gaullistes au profit du général de Gaulle.

L'historien Maurice Aghulon souligne les origines gaullistes de la légende noire de la Quatrième République :
« La Quatrième n'a pas bonne réputation. L'opinion dominante, plus ou moins influencée par le prestige du général de Gaulle, tend à associer son nom à celui de ses fameuses instituions qui seraient la principale cause de ses incapacités, et contre lesquelles, en tous cas, ont été forgées les institutions réputées bonnes de la Cinquième » [Maurice Aghulon, « Quatrième République. Note sur la périodisation », Historiens & Géographes, n° 357, mai 1997, p. 161].

Cette légende gaulliste, puis le ralliement de la plupart des partis politiques aux institutions nées en 1958 ont contribué à faire de la IVe République un repoussoir. DG lui-même n'est pourtant pas totalement étranger à cette république puisqu'il en a été deux fois le chef (août 1944 à janvier 1946 ; 1er juin au 28 septembre 1958).

Aussi faut-il nuancer le portrait, souvent trop négatif, de cette brève  République.


Des faiblesses institutionnelles

L'absence de consensus originel
Le rétablissement de la République dans la France libérée en 1944 n'a pas débouché sur le renaissance de la IIIe République mais sur un nouveau régime. Les divergences entre les acteurs politiques et les aspirations des Français expliquent que la constitution ne soit adoptée qu'au terme de 2 assemblées constituantes et de 3 référendums.
En octobre 1946, les Français adoptent sans enthousiasme et de justesse ( plus de 30 % d'abstentions et 53 % seulement de OUI ), une nouvelle constitution.
Cette constitution résulte d'un compromis élaborée par le PCF, la SFIO et le MRP associés dans le cadre du Tripartisme. Elle est rejetée par de Gaulle dans son discours de Bayeux de 1946.

Des gouvernements impuissants
La Constitution de 1946 restaure  à un régime d'assemblée du type de celui de la IIIe République pourtant massivement rejeté en 1945. Elle est affaiblie par une instabilité ministérielle chronique: 24 gouvernements de 1947 à 1958, de durée très inégale ( 1 jour à 16 mois ). Cette instabilité s'explique par 4 facteurs :
1. Avec l'adoption du scrutin proportionnel, aucun parti ne dispose de la majorité à l'Assemblée.  D
es coalitions fragiles se font et se défont au gré des circonstances.
2. La pratique de la « double investiture » affaiblit les gouvernements.
3. Le droit de dissolution  n'est utilisé qu'une seule fois par Edgar Faure en 1955.
4. Le consensus fragile qui avait présidé à la naissance de la IVe République s'est effondré dès 1947 dans le contexte de la guerre froide, avec l'exclusion des ministres communistes. Le rejet dans l'opposition, par la Troisième force, des communistes ( PCF premier parti de France en voix, fixant 1/4 de l'électorat durant toute la IVe République) et des gaullistes ( RPF premier parti de France en sièges en 1951 ), ne permet pas la formation de majorités fortes et stables.

Les tentatives de renouveau amorcées par Mendès France en 1954 échouent.


Une République modernisatrice


A l'issue de la guerre, la France est dans une situation économique désastreuse ( destructions, pénuries, effondrement de la production, paralysie des transports, dette). La IVe République parvient à reconstruire la pays grâce à de profondes réformes.


Les réformes de structure
Inspirée par le programme du Conseil national de la Résistance, l'impulsion de l'État devient déterminante :
- les nationalisations : instrument d'une modernisation rapide des secteurs de base, elles concernaient les charbonnages, l'électricité, les transports aériens, le crédit et les assurances.
- la planification : de 1947 à 1952, le 1er Plan de modernisation et d'équipement ou Plan Monnet, a orienté les efforts de la reconstruction en l'inscrivant dans la perspective d'une croissance à plus long terme. Le 2ème Plan ( 1954-1957 ) s'est élargi à d'autres secteurs et a ébauché les premières actions d'aménagement rural et de décentralisation industrielle.
- les progrès sociaux : prolongement de ces réformes de structure, des mesures ont été prises sur le plan social avec l'institution de la sécurité sociale, la création des comités d'entreprise, et le développement des prestations familiales.

Le début des « Trente Glorieuses »
La reconstruction est loccasion d'une modernisation. Par exemple, équipement hydro-électrique : barrage de Genissiat sur le Rhône. Fusion dans la sidérurgie : 1949 (Usinor et Sidélor). A partir des années 1950, la croissance économique forte est tirée par des secteurs moteurs : électricité, raffinage du pétrole (étang de Berre), le BTP (énorme pénurie après guerre) et surtout par les industries de consommation : automobile avec de très grands succès (la 4 CV pour Renault et la 2 CV pour Citroën); l'équipement électroménager.

Les transformations de la société

L'élévation du niveau de vie de la population accompagne la croissance. Elle est stimulée par la création en 1950 du SMIG ( salaire minimum interprofessionnel garanti ), et par l'augmentation des prestations sociales. La France a fait son entrée dans la société de consommation et la civilisation de l'automobile, symbolisée par le succès de la populaire 4 CV Renault. La croissance urbaine, alimentée par l'exode rural, s' intensifie au profit principalement de la région parisienne. La tertiairisation de la société est amorcée, s'accompagnant de l'essor des classes moyennes et de l'entrée des femmes dans la vie active.


Les choix de la politique étrangère


L'atlantisme
La progressive prise en compte de la Guerre froide : en 1945, dirigeants français convaincus que l'Allemagne : ennemi héréditaire qu'il faut démembrer pour l'empêcher de nuire à nouveau. Projets de démembrement français se heurtent aux choix différent des Alliés. Cependant, à partir de 1947 et plus encore du coup de Prague de février 1948, retournement : le communisme, et par là l'URSS, devient l'ennemi principal. D'où choix de l'Alliance atlantique en 1949.

Le choix de la construction européenne
Dans une certaine mesure, c'est la conséquence de la guerre froide, même si de grands projets européens existent. Le choix européen est le fait des hommes du Tripartisme et notamment du MRP, et à un moindre degré des socialistes. Ils trouvent des relais chez leurs voisins européens avec De Gasperi, Adenauer, et le socialiste Paul Henri Spaak en Belgique.

Cependant, il existe aussi des adversaires de la construction européenne : les communistes et les gaullistes : au nom de la souveraineté française, par anti-germanisme (très net chez le PC). Par anti-capitalisme  (Europe du grand capital) et anti-américanisme  (portée anti-soviétique de la construction européenne).

Il y a 3 étapes marquantes dans ce projet européen :
- naissance de la CECA en 1951 : à l'origine, c'est un projet de Jean Monnet pour dépasser l'antagonisme franco-allemand qui est repris par Schuman, ministre des Affaires Étrangères. La proposition française est acceuillie avec enthousiasme par le Benelux, l'Italie et la RFA. Il aboutit à la mise en place d'un marché commun du charbon et de l'acier.
- l'échec de la CED : à l'origine, c'est un plan français (Pléven) de création d'une armée européenne sous commandement de l'OTAN, ce qui suppose de réarmer l'Allemagne. Le projet suscite un débat passionné en France. Le PCF et les gaullistes font campagne contre. Finalement, le projet est repoussé en 1954.
- en 1957, signature du traité de Rome qui donne naissance à la CEE et à Euratom.


L'échec colonial et la chute


La faiblesse et l'aveuglement des dirigeants français
La IVe République est immédiatement confrontée au problème colonial (8 mai 1945, insurrection de Setif et Gulma). On peut expliquer l'enlisement de la IVe République dans les conflits coloniaux  par 4 éléments :
1. Une mauvaise lecture du rapport de force international et un complexe de grande puissance : la France, grande puissance qui a les moyens de conserver son empire et de se faire respecter. (cf. Suez, 1956).
2. Une incapacité à dialoguer avec un adversaire dont on dénie la représentativité.
3. L'incapacité à imposer une politique aux milieux coloniaux: statut de l'Algérie, en 1947, avec élections truquées par le gouverneur Naegelen en 1948 pour le collège musulman. On privilégie la manière forte : la répression, Algérie, 1945 et 1954 ; Madagascar, 1947.
4. Une lecture politique des événements biaisée par la guerre froide : mouvements indépendantistes = communistes = ennemis à double titre.

De longs conflits coloniaux
La guerre d'Indochine (1946-1954)
La guerre d'Algérie jusqu'en 1958 :  importance de l'activisme des milieux algérois, traditionnellement d'extrême-droite auquel s'ajoute le souhait des militaires d'un retour au pouvoir de DG : le 13 mai aboutit à ce que Salan préside le Comité de Salut Public et l'armée a envisagé et préparé une opération de parachutage sur la métropole (opération "Résurrection").
DG mè,ne un jeu subtile: donner le coup de grâce à la IVe République, sans revenir au pouvoir par la force. Il est investi le 1er juin et obtient l'accord pour réformer les institutions. Il est le
dernier président du conseil de la IVe et en est le fossoyeur.

La IVe République n'est parvenue ni à doter la France d'institutions solides et stables, ni à lui épargner l'alignement sur les États-Unis, ni à mener à son terme la décolonisation. Elle a échoué parce qu'elle a été confrontée à deux problèmes très difficiles, la guerre froide et la décolonisation, problèmes qu'elle a été incapable de surmonter, à cause de l'impuissance politique qui découlait de la nature même de ses institutions. Mais elle a créé les conditions d'une reconstruction rapide de notre pays, elle a assuré les fondements de la croissance des « Trente Glorieuses » et elle a engagé durablement la France dans la construction européenne.

   

 

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