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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 20:05

Dans le texte qui suit, le sociologue Olivier Galland explique les similitudes et les différences existant entre jeunesse urbaine et jeunesse rurale.




"Le monde rural s'est profondément transformé depuis un siècle. Monde essentiellement agricole autrefois, il est aujourd'hui majoritairement composé d'habitants qui exercent un emploi salarié dans l'industrie ou les services et qui travaillent le plus souvent en ville. Les agriculteurs ne représentent plus qu'une petite minorité des actifs vivant dans les zones rurales : moins de 13 %. Ces transformations économiques et sociales ont évidemment eu un profond impact culturel: la vie rurale était associée à une culture particulière où le respect des traditions, l'attachement au cadre de vie et aux manifestations locales et le rapport à la nature avaient une grande part. Tout ceci a en grande partie disparu aujourd'hui et les modes de vie adoptés par les ruraux, comme les valeurs auxquelles ils adhèrent, se sont considérablement rapprochés de ceux des urbains. On retrouve ces tendances générales, parfois encore plus marquées, chez les jeunes. Le recul de la population agricole fait que de moins en moins de jeunes ruraux vivent dans un ménage dont le chef de famille est agriculteur: ils étaient encore près d'un sur cinq dans ce cas en 1982,ils ne sont plus que 8 % aujourd'hui. La progression impressionnante de la scolarisation qu'à connue la France dans les années 1980-1990 n'a pas laissé de côté le monde rural. Avant 20 ans,90 % des jeunes ruraux comme des jeunes urbains sont aujourd'hui scolarisés. Ce fait est d'une importance capitale pour comprendre l'évolution des mentalités des jeunes ruraux. Autrefois, l'école primaire était le véritable creuset de la culture républicaine, l'instituteur en était la figure emblématique et tout ce qui était intimement lié au village et à la culture locale.

Aujourd'hui, tous les jeunes vont poursuivre des études au collège et la plupart d'entre eux continuent au lycée. La poursuite de ces études les extrait tous les jours de leur environnement local et les plonge dans un bain culturel commun à tous les jeunes, qu'ils soient ruraux ou urbains. C'est donc là que se forge une culture commune  à tous et que s'abolissent les différences entre les ruraux et les urbains.

Toutefois, les jeunes ruraux et les jeunes urbains ne sont pas des populations équivalentes. La jeunesse rurale conserve quelques spécificités. Il s'agit d'une jeunesse qui vit dans des ménages de salariés modestes, employés ou ouvriers. Alors que le monde urbain voit s'accroître le poids des classes moyennes et supérieures. Les jeunes rentrent plus rapidement dans la vie adulte et quittent plus rapidement leurs parents pour s'installer dans leur propre logement.

Cependant, certaines tendances sont communes à tous les jeunes: c'est notamment le cas du report de l'âge auquel on décide d'avoir un premier enfant. Chez tous les jeunes, aujourd'hui, cet âge est postérieur à 28 ans. Les jeunes ruraux ont quelques autres spécificités qui tiennent à leur cadre de vie et au sentiment d'isolement qui peut y être associé. Mais, il n'y a aucune fatalité à l'isolement rural. Certains jeunes ruraux expriment effectivement un assez fort sentiment de solitude, lié aux difficultés rencontrées, notamment en matière de transport, pour avoir des contacts avec d'autres jeunes et accéder aux loisirs. Ces jeunes,lorsqu'ils sont lycéens, semblent avoir une double sociabilité: celle de l'environnement immédiat qui reste assez réduite et celle de l'univers du lycée qui est tronquée par le fait qu'il leur est souvent difficile de rencontrer leurs amis hors du cadre scolaire. Mais d'autres jeunes ne partagent pas du tout le sentiment d'isolement des premiers: ils participent très activement aux fêtes locales et organisent quelquefois des soirées entre eux.

Enfin, il faut souligner que la relative homogénéisation des modes de vie des jeunes repose également sur des valeurs qu'ils partagent tous plus ou moins. Le concept central qui pourrait définir ce système de valeurs est celui d'autonomie. L'autonomie, c'est avant tout l'état qui permet de vivre de façon indépendante. Contrairement à une idée répandue dans la société - et popularisée par le film récent Tanguy -, les jeunes n'ont pas prolongé délibérément la dépendance à l'égard des parents: dès qu'ils le peuvent, c'est-à-dire lorsqu'ils ont terminé leurs études et accédé à une certaine stabilité professionnelle, ils cherchent à acquérir ce statut d'autonomie. Cette idée d'autonomie, présente chez les jeunes ruraux comme urbains, c'est le fait que chacun doit être totalement libre de choisir sa manière de vivre, indépendamment de toute convention morale ou religieuse."

Olivier GALLAND, TDJ, n° 2, octobre 2002, Mission Locale Jeunes de Bourg-en-Bresse.

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