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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 14:41

Le cinéma américain n'a pas plus valorisé l'installation des premiers colons que la Guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique de 1775 à 1781. Les films qui évoquent la lutte pour l'indépendance sont peu nombreux. Il est vrai que dans la conscience collective la "Guerre civile" (la "Guerre de Sécession" pour les Français) occupe une place beaucoup plus importante et marque, dans une certaine mesure, la véritable fondation des États-Unis). Le film intitulé Le Patriote. Les chemins de la liberté est une exception, réalisé il est vrai par un Allemand.

 

Titre (Fr.) Le Patriote. Les chemins de la liberté
Réalisateur  Roland Emmerich
Acteurs  Mel Gibson, Heath Ledger, Tchéky Karyo
Nationalité  Film américain, allemand
Durée 2h 40min
Année de production 2000
Titre original The Patriot
Distribution Columbia TriStar Films
Résumé  Le film se situe en 1776, en Caroline du Sud, pendant la guerre d’Indépendance. Benjamin Martin (Mel Gibseon), agriculteur aisé, veut rester en marge du conflit. Mais quand les Anglais arrêtent son fils et brûlent sa maison, il entre dans la guerre. Ayant combattu contre les Français quelques année avant, il met au service des « insurgés » son expérience de la guérilla.

 

 Le cadre historique

Les 13 colonies britanniques


Les causes de la guerre d'Indépendance


1. Les guerres franco-anglaises et franco-britanniques (1689-1763)
Les rivalités coloniales sont exacerbées. Chaque camp utilise l'appui indien : Algonquins et Hurons par les Français ; Iroquois par les Britanniques (Voir Fenimore Cooper, Le dernier des Mohicans, 1826)).

Par le traité de Paris (1763), la France cède l'ensemble de son empire colonial américain. Voulant ménager leurs alliés indiens, les Britanniques décident de fixer la limite occidentale de leurs colonies aux Appalaches. Tous les territoires à l'ouest sont déclarés indiens. Le Quebec Act de 1774 étend cette province au nord de l'Ohio. Ces mesures mécontentent les colons américains.

 

2. L'esprit des Lumières

Les idées des philosophes européens du XVIIIe siècle pénètrent en Amérique par les villes du pays, où se tiennent des salons de discussion et des clubs. L'un des relais de cet esprit des Lumières est Benjamin Franklin et il faut souligner le rôle de la presse américaine dans la diffusion des nouvelles idées. Ces idées forment la base de la future déclaration d’indépendance (4 juillet 1776).

 

3. Causes fiscales

Entre 1763 et 1773, la Grande-Bretagne exige des colons de nouveaux impôts pour faire face à ses difficultés financières et entretenir ses troupes.

À partir de 1764, le Parlement britannique, influencé par le ministre des finances George Grenville, décide d'imposer une série de taxes aux colons.

1764 : le Sugar Act ("loi sur le sucre") .

1765 : le Quartering Act ("loi sur le cantonnement") qui prévoit la réquisition des logements et le gîte pour les soldats britanniques stationnés en Amérique du Nord.

1765 :  le Stamp Act ("loi sur le timbre"), la plus impopulaire de toutes dans les colonies américaines. Elle requiert l'achat d'un timbre fiscal qui devait figurer sur les journaux, les livres, les documents officiels.

1767 : les Townshend Acts qui appliquent des taxes sur les marchandises importées par les 13 colonies. Elles portent sur le thé, le verre, la peinture, le plomb et même le papier. Les Américains menacent à nouveau de boycotter les produits britanniques : le Parlement annule les taxes sauf sur le thé mais refuse toujours de reconnaître une représentation politique des Américains.

5 mars 1770 :  Massacre de Boston : au cours d'une manifestation, la troupe anglaise tire sur la foule et abat cinq hommes.


JOHN ADAMS DECRIT LA "BOSTON TEA PARTY"

"La nuit dernière, trois cargaisons de thé de Chine furent jetées à la mer. Ce matin, un navire de guerre fait voile.
C'est la manifestation la plus magnifique de toutes. Dans ce dernier effort des Patriotes, il y a une dignité, une majesté, une sublimité que j'admire grandement. Le peuple ne devrait jamais se soulever sans accomplir quelque chose de mémorable, de remarquable et de frappant. La destruction du thé est hardie, courageuse, intrépide, déterminée à tel point que je ne puis pas ne pas la considérer comme une page épique de notre histoire.
Néanmoins, c'est une atteinte à la Propriété. Une autre manifestation du pouvoir populaire de la sorte pourrait bien détruire des vies. Bien des gens souhaitent qu'il y ait autant de cadavres flottant dans les eaux du port que de caisses de thé. Un plus petit nombre de vies suffirait pourtant à supprimer les causes de nos malheurs.
Le plaisir malicieux qu'ont pris le gouverneur Hutchinson, les consignataires du thé et les officiers des douanes à noter la détresse du peuple, sa lutte pour faire retourner le thé à Londres et finalement la destruction du thé, tout cela n'a pas manqué d'étonner. Il est difficile d'imaginer des hommes si endurcis et qui s'abandonnent à tel point à leurs sentiments.
Quelles mesures le Ministère va-t-il prendre à la suite de ces événements ? S'en irritera-t-il ? Osera-t-il s'en irriter ? Nous punira-t-il ? Comment ? En mettant des troupes en garnison chez nous ? En annulant la charte ? En décidant d'autres taxes ? En limitant notre commerce ? En sacrifiant quelques personnes ? Que fera-t-il ?
La question est de savoir si la destruction du thé était nécessaire. Je crois très fermement qu'elle l'était ; elle était indispensable. Il ne pouvait pas être réexpédié : le gouverneur, l'amiral, la douane ne l'auraient pas accepté. Ils avaient le pouvoir de garder le thé, mais il ne pouvait pas dépasser le fort ni quitter les bateaux de guerre. Il fallait trancher l'alternative : le détruire ou le débarquer. Le laisser débarquer, c'était se soumettre au principe de l'imposition par le Parlement, contre lequel le continent lutte depuis dix ans. C'était renoncer à dix ans d'efforts. C'était nous soumettre, nous et notre postérité, pour toujours aux contremaîtres égyptiens - aux exactions, aux indignités, aux reproches et au mépris, à la désolation et à l'oppression, à la pauvreté et à la servitude."
Lettre du 17 décembre 1773


1773 : le Tea Act ("loi sur le thé") qui exempte la Compagnie des Indes orientales de toute taxe sur thé provenant d'Inde. La compagnie de commerce britannique dispose donc d'un privilège qui semble insupportable aux colons. Un groupe déguisé en Indiens s'en prend alors à la cargaison d'un navire britannique en décembre 1773 : la partie de thé de Boston (Boston Tea Party) est l'un des épisodes les plus célèbres de la rébellion américaine.

La réaction du Parlement ne se fait pas attendre : il passe les Coercive Acts ("Lois coercitives") que les colons rebaptisent "lois intolérables" (Intolerable Acts). C’est la rutpture définitve entre une partie des colons et l’Angleterre.

Sept ans de guerre

1775 : série de défaites des insurgés.

1776 : George Washington conquiert Boston.

1775 : victoire anglaise de Bunker Hill.

4 juillet 1776 : Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique, rédigée par Thomas Jefferson marque la rupture définitive avec la métropole.

1777 : victoire des insurgés à Saratoga (1777)

1778 : la France intervient aux côtés des insurgés (Lafayette, Rochambeau et une foule d'autres officiers français s'illustrent).

1781 : capitulation de l’armée anglaise.

1783 : traité de Paris par lequel la Grande-Bretagne reconnaît l’indépendance des 13 colonies d’Amérique.

1789 : Constitution des Etats-Unis.

 

 

Analyse de scènes


Plusieurs scènes présentent un intérêt historique car elles montrent certains aspects de la Guerre d'Indépendance.

  

L'embuscade
 

 

Cette scène, très réaliste et très violente, et qui valorise à l'excès le personnel de Benjamin Martin, illustre une des formes de la guerre menée par les insurgés contre l'armée britannique. Utilisant un terrain favorable - la forêt -, l'insurgé mène une attaque rapide, comptant sur la surprise et l'affolement pour le désorganiser la colonne anglaise. Face à une armée très entraînée, bien équipée et composée de professionnels, les insurgés reprennent à leur compte les techniques de combat des Indiens. Ces techniques de combat ont été mises en oeuvre pendant la "guerre des Français et des Indiens", entrre 1754 et 1760. le films Le Dernier des Mohicans a pour cadre cette guerre terrible. Colons et Anglais cherchaient en effet à s'emparer des territoires occupés par les colons français. Il s'agissait alors d'une "guerre de postes" dans laquelle de petites unités de soldats menaient de escarmouches, des embuscades et des coups de main. Dans le film, Benjamin Martin prend la tête d'une unité irrégulière utilisant ces méthodes.


 La guerre au XVIIIème siècle


Cette scène montre la manière dont on faisait la guerre au XVIIIème siècle. En bleu, les soldats de l'armée régulière américaine affrontent les "habits rouges" anglais. Sur un terrain plat, les soldats s'avancent en ligne paralèlles, à découvert. cette formation de comabt, aparu à la fin du XVIIè siècle, est nommé "l'ordre mince". La cannonade, peu précise, précède le véritable affrontement. Une fois à distance de tirs, les soldats ouvrent le feux selon un ordre précis: la première ligne d'abord, puis la seconde, etc, de sorte que chaque soldat ait le temps de recharger son fusils (environ 1 minute est nécessaire). Les soldats tués ou bléssés de la première ligne  sont remplacés par ceux des autres lignes. Il faut aux soldats un entrainement très important et beaucoup de sang-froid pour supporter cette technique de combat. Si la ligne se rompt, c'est la débandade que la cavalerie vient accroître. L'armée britannique est mieux entrainée car elle est composée de professionnels de la guerre, ce qui n'est pas le cas des colons. L'aide de la France sera très utile pour équiper, entraîner et encadrer les volontaires américains.

La victoire des insurgés

La bataille finale du film suggère une explication de la victoire des insurgés contre la puissance britannique. L'armée britannique est en effet battue par la ruse des volontaires non réguliers (miliciens) qui parviennent à disloquer les lignes anglaises. C'est au cours de cette dernière bataille que Benjamin Martin affronte l'assassin de son fils dans un duel épique. A ce moment, destin individuel et destin collectif se rejoignent. Comme souvent dans le cinéma américain, c'est d'abord l'individu qui s'inscrit, parfois malgrè lui, dans l'histoire. Il en est le moteur. L'image ce-dessous exprime cette idée: le personnage central portant le drapeau des 13 colonies se détache nettement de la confusion de la bataille.
1. Tous les colons n'étaient pas favorables à la rupture avec la Grande-Bretagne. Environ seulement 1/3 des colons ont rejoint les insurgés. Les autres sont restés neutres (envion 1/3), le tiers restant étant favorable à la Grande-Bretagne. cet aspect est largement gommé. Il est esquissé au début du film lorsque le personnage principal refuse de s'engager dans l'armée des volontaire.
2. Le problème de l'esclavage est totalement absent du film. Or, une partie des colons étaient des propriétaires de grandes plantations utilisant des esclaves noirs. Le commerce triangulaire a d'ailleurs été une des sources du développement économique des colonies. Le personnage principal joué par Mel Gibson en est un exemple. Il est à la tête d'une plantation.
3. Les Indiens n'apparaissent pas dans le film, sauf de manière très elliptique. En effet, on comprend dans la première partie du film que le personage de Benjamin Martin a combattu contre les Français avec les Indiens. La manière dont il organise une embuscade avec deux de ses enfants pour libérer son fils aîné prisonnier des Anglais en est le rappel. Il utilise des armes des Indiens: le couteau et le tomahawk.

4. Le rôle de la France est ébauché au travers du personnage d'un officier Français et d'une bataille navale.

Filmographie sur la colonisation de l’Amérique du Nord et la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis:

 

1924

Pour l'indépendance

David Wark Griffith

1926

La lettre écarlate

Victor Sjöström

1939

Sur la piste des Mohawks

John Ford

1940

Howard le révolté

Frank Llyod

1947

Les conquérants d'un nouveau monde

Cecil B. De Mille

1986 Révolution Hugh Hudson
1991

Le Dernier Des Mohicans

Michael Mann
2005

Le nouveau monde

Terence Malick
















Sources:
- Bernard Cottret, La Révolution américaine, Perrin, 2003, Collection Tempus, 2004.

- Guy Chaussinand-Nogaret, "La Fayette nous volià !", L'Histoire, Les Collections de l'Histoire, n° 25.
- Michel Howard, La guerre dans l'histoire de l'Occident, Fayard, 1988.
- André Kaspi, Les Américains. I Naissance et essor des États-UNis (1607-1945), Point Seuil, 1986.
- Jacques Portes, Histoire et cinéma aux États-Unis, Documentation photographique, n° 8028, La Documentation Française, 2002.



Le film "Le Patriote" comporte certaines limites. Il évacue en effet certains aspects de la guerre d'indépendance:

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