Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 17:53

Cet article fait suite à l'article: Les jeunes en France. Partie 1: la "montée des jeunes"

L'allongement de la période de jeunesse

La tendance est à l'allongement de la période de la jeunesse s’effectue par le retardement du franchissement des seuils d’entrée dans la vie adulte. Ce phénomène s’explique par plusieurs causes : le chômage et la difficulté à trouver un premier emploi et à assurer son indépendance financière ;  la volonté de la société d’allongement des études.

On constate un net allongement de l’âge médian de sortie des études qui passe de un peu plus de 17 ans à plus de 20 ans. La démocratisation du bac illustre cette évolution. Il est obtenu par 15 % d'une classe d’âge au lendemain de la guerre, 20 % à la fin des années 1970, 35 % au milieu des années 1980 et 69 % en 2002. Le nombre d’étudiants passe de 8509 000 en 1980 à 1 368 000 en 1986, 2 169 000 en 1996 et 2 209 000 en 2002/2003. La moitié d'une génération poursuit ses études après le bac.

 

Une insertion professionnelle difficile

L’âge médian d’accès au premier emploi est nettement retardé sur les vingt ans. Il est retardé de 6 ans, passant de 19 à près de 25 ans. L’allongement de la durée des études peut expliquer en partie ce phénomène mais pas seulement le chômage est aussi un facteur d’explication l’allongement des durées d'étude.

Les jeunes sont frappés par deux problèmes : le chômage et la difficulté d’accéder au premier emploi. L’allongement de la durée des études en constitue un facteur déterminant mais le chômage y est aussi pour beaucoup ; il peut d’ailleurs expliquer en partie l’allongement des durées d'étude.

Le chômage frappe durement les jeunes. En 2007, le taux de chômage des jeunes s’élève à 19,1 % (cela signifie que les moins de 25 ans  représentent 19,1 % de tous les chômeurs recensés).

 

Taux de chômage selon l’âge et le sexe

Ensemble

8,3 %

Moins de 25 ans

19,1 %

De 25 à 49 ans

7,8 %

Plus de 49 ans

5,4 %

Source : Insee - enquête Emploi - 3ème trimestre 2007.

 

Les jeunes occupent souvent des emplois précaires (contrats à durée déterminée). Si l’on observe uniquement le premier emploi occupé, pour la génération qui est sortie de l’école en 2001, on retrouve le même phénomène. Le diplôme, même élevé, n’empêche pas la précarité : 40 % des diplômés du troisième cycle ont commencé par un emploi temporaire. Mais les non qualifiés sont 63 % à être dans ce cas. La longueur des études n’est pas le seul paramètre qui joue : certaines filières professionnelles recherchées par les employeurs débouchent sur une insertion rapide. Certains contrats temporaires fonctionnent comme des périodes d’essais qui servent de tremplin vers un emploi durable. D’autres en revanche, souvent ceux occupés par les moins diplômés, installent durablement les jeunes dans l’insécurité de l’emploi, notamment par le biais de CDD renouvelés de façon contraire au droit du travail, mais dans l’indifférence générale. L’Etat a mis en place de nombreux dispositifs destinés à aider les jeunes à accéder au premier emploi. En 2000, sur les 7 558 000 jeunes de 15 à 24 ans, 67 % sont scolarisés, 23 % exercent un emploi, 6 % sont chômeurs et 3 % sont inactifs. Ces difficultés d’insertion professionnelle ont deux conséquences : l’accès au logement indépendant est retardé (plus de 23 ans) ; la vie en couple et le premier enfant sont également retardés.

 

Une jeunesse conformiste ?

Une étude menée en novembre 2003 par l’institut TNS-SOFRES auprès des 15-24 ans permet de dresse le portrait moral de la jeunesse.

Les jeunes d’aujourd’hui semblent bien loin de l’esprit contestataire de ceux des années 1960. Les enquêtes  révèlent un certain conformisme moral.  Leur système de valeurs est organisé autour de la sphère privée et relationnelle. Les priorités des jeunes : famille, travail, amis. Interrogés sur les choses qui comptent le plus pour eux dans la vie aujourd'hui, les 15-24 ans répondent dans l'ordre : la famille (52%), trouver un métier intéressant (38%) et les amis (37%), avant le fait de se développer intellectuellement (18%), la liberté (10%), ou le fait d'avoir des responsabilités (10%).

L'importance de la sociabilité amicale, du groupe des « pairs » reste forte. Interrogés sur leurs loisirs préférés, les jeunes mettent à nouveau les amis en tête de la hiérarchie (52%), même si les loisirs amicaux comptent davantage pour les filles (56%), que pour les garçons (47%), et plus entre 15 et 20 ans (54%), qu'après 20 ans (47%). L'importance de cette sociabilité amicale trouve ses fondements dans le partage d'une expérience commune, plus que dans celui d'un idéal ou d'idées communes : ainsi les jeunes déclarent que ce qui les rapproche le plus de leurs amis, c'est d'abord le fait d'avoir fait ses études ensemble (43%) ou de " bien s'amuser ensemble " (41%).

Les 15-24 ans paraissent peu politisés et rejettent les mots de politique, de partis politiques, et mettent en dernière position de leurs personnalités préférées, les hommes politiques. Pour autant, ils ne sont pas indifférents à la dimension collective des choses, à la condition que le collectif soit compatible avec leur subjectivité personnelle.

Les jeunes  respectent certains interdits. Les 15-24 ans ont fortement intégré un certain nombre de normes, tout en se construisant leurs propres tabous au premier rang duquel on trouve le racket (83% le jugent inadmissible), mais également la vente de drogue ou la prise d'ecstasy et l'irrespect sous toutes ses formes. En revanche, les jeunes semblent avoir pris leur distance avec certaines normes sociales en contradiction avec leur idéal individualiste. Ainis, le travail au noir ne leur paraît pas grave, ni le fait de ne pas payer les transports en commun. De la même façon, et génération du portable oblige, qui demande à réinventer toute une sociabilité et un nouveau rapport au temps, entre 40 et 50% des jeunes estiment qu'il n'est pas grave, ni d'arriver en retard à un rendez-vous, ni de ne pas débrancher son portable au cinéma ou au restaurant.[1]

On peut compléter ce portrait par les données  issues de l’enquête « Conditions de vie et aspirations des Français » de janvier 2006.

Les jeunes bénéficient d’un réseau social particulièrement étendu. Ils fréquentent régulièrement des membres de leur famille et les solidarités familiales sont particulièrement fortes dans cette tranche d’âge, les jeunes recevant beaucoup d’aides financières, de services en nature ou de soutien moral de la part de leurs parents ou grands-parents.
Ils sont très investis dans leur réseau amical
: 63 % d’entre eux reçoivent au moins une fois par mois des amis ou des relations chez eux (soit +22 points par rapport à l’ensemble de la population).
Ils sont très familiers des nouvelles technologies
: 94 % disposent d’un téléphone mobile (+19 points par rapport à l’ensemble de la population), 56 % sont équipés d’un appareil photo numérique (+15 %), près des trois quarts utilisent un ordinateur à leur domicile (+14 %) et plus d’un sur deux (51 % exactement, contre 43 % dans l’ensemble de la population) sont connectés à Internet.
Les jeunes font face à des contraintes financières fortes
: 25 % des 18-29 ans recherchent un emploi (+10 points), 44 % (+14 points) ont été au chômage au moins une fois au cours des dix dernières années, 50 % estiment que les dépenses de logement représentent un poste très lourd dans leur budget (+7 points).
En matière de mœurs, les jeunes font preuve d’un certain modernisme
: Près des trois quarts (73 %, contre 62 %) estiment que les femmes devraient travailler dans tous les cas où elles le désirent. Et, même s’ils sont nombreux à penser que le mariage correspond à un engagement profond (62 %), ils sont plus nombreux à penser que cette union peut être dissoute par simple accord des deux parties (61 %), contrairement à ceux qui pensent que le mariage est une union indissoluble (12 %)[2].

 



Sources :
- Régis Bigot, « Évolution des valeurs des jeunes entre 1979 et 2006 », Horizons stratégiques, n° 4, avril 2007 (revue du Centre d’analyse stratégique)
- Laurent Bonelli
, « Révolte des banlieues. Les raisons d’une colère », Le Monde Diplomatique, décembre 2006.
http://www.mondediplomatique.fr/2005/12/BONELLI/12993décembre 2005 -  Pages 1, 22 et 23
- Denis Duclos, « Une crise d’intégration des jeunes de milieux populaires. Retour sur la grande révolte des banlieues françaises », Le Monde Diplomatique, août 2006.
http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/DUCLOS/13741août 2006 -  Pages 12 et 13
- Jean-François Hersent, Les pratiques culturelles adolescentes. France, début du troisième millénaire, BBF 2003, n° 3, p. 12-21.
- Observatoire de la Vie Étudiante, La vie étudiante. Repères, Édition 2007.
- Fabienne Rosenwald, « Filles et garçons dans le système éducatif depuis vingt ans », Données sociales. La société française, 2006, p. 87-94.


[1]. http://www.tns-sofres.com/
[2] . Régis Bigot, « Évolution des valeurs des jeunes entre 1979 et 2006 », Revue Horizons stratégiques, Centre d’analyse stratégique, n° 4/avril 2007.

[3] . http://www.inegalites.fr.

[4] Louis Gruel, Béatrice Thiphaine, Des meilleures scolarités féminines aux meilleures carrières masculines, Observatoire national de la Vie Etudiante et Laboratoire d’Economie et de Sciences Sociales de Rennes Université de Rennes 2, mars 2004, p. 10

[5] . Louis Grue, Béatrice Thiphaine, Des meilleures scolarités féminines aux meilleures carrières masculines, Observatoire national de la Vie Etudiante et Laboratoire d’Economie et de Sciences Sociales de Rennes Université de Rennes 2, mars 2004, p. 25.

[6] . http://www.seine-saint-denis.fr/Enquete-sur-les-comportements.html

[7] . Laurent Bérail, Le travail des étudiants, Conseil économique et social, 2007, p. 7.

[8] . Laurent Bérail, Le travail des étudiants, Conseil économique et social, 2007, p. 31.

[9] . Nicolas Réhany, « Jeunesse rurale : quel avenir pour les « gars du coin »? », Sciences Humaines, Grands Dossiers N° 4, Septembre - Octobre - Novembre 2006. http://www.scienceshumaines.com/index.php?id_article=14771&lg=fr

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

Rubriques