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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 18:00

La diversité de la jeunesse


Les jeunes partagent aujourd’hui un certain nombre d’expériences ou de points communs : la prolongation des études ; les difficultés d’insertion professionnelle ; les pratiques culturelles centrées sur la consommation ; l’acceptation des normes sociales telle que la famille ou la société de consommation. Cependant, on peut relever une série de phénomènes qui expriment des tensions et des oppositions au sein de la jeunesse.

 

1) Des inégalités scolaires


A mesure que le niveau d’études augmente, la proportion d’élèves des couches sociales les moins favorisées diminue. Alors que les enfants d’ouvriers, d’inactifs et d’employés représentent la majorité des élèves de sixième (56 % pour les deux catégories cumulées), ils ne constituent qu’une faible part (16 %) des élèves de classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). A l’inverse, les enfants, dont les parents sont cadres ou exercent une profession libérale, ne représentent que 16 % des élèves de sixième, tandis qu’ils constituent plus de la moitié (55 %) des élèves de classes préparatoires. Si les inégalités sont présentes dès l’école maternelle, elles s’accentuent au fur et à mesure que le niveau d’études augmente, du fait d’une moins bonne réussite des enfants issus de milieux défavorisés ou, tout simplement, de choix d’orientation influencés par le milieu social. Mais le "handicap" du milieu social n’est pas insurmontable : même s’ils sont peu nombreux, et même s’ils doivent redoubler d’efforts, des enfants d’ouvriers et d’employés sont présents dans les filières de prestige.
[3]

 

L'origine sociale des élèves de la 6ème aux classes préparatoires - Unité : %

 

Elèves de 6ème

Ensemble bacheliers

Bacheliers généraux

Bacheliers généraux avec mention

Inscrits en classe préparatoire aux grandes écoles

Ouvriers, inactifs*

38

29

19

15

9

Employés

18

16

14

11

7

Agriculteurs, artisans, commerçants

11

11

10

9

9

Professions intermédiaires

17

21

24

23

20

Cadres supérieurs, professions libérales

16

23

33

42

55

Source : Ministère de l'éducation nationale - Direction de l'évaluation de la prospective et de la performance, suivi après le baccalauréat des élèves entrés en sixième en 1995

 

Les enfants d’origine sociale populaire (enfants d’employés, d’ouvriers ou d’agriculteurs) sont sous représentés dans l’ensemble de l’enseignement supérieur et dans tous les types d’études à l’exception des STS et IUT où ils représentent respectivement 53 % et 42% des effectifs.

 

2) La persistance des inégalités garçons/filles


Des inégalités persistent entre hommes et femmes dans la société. Malgré l’égalité de droit et la mixité, notamment scolaire, on peut observer que les filles ne connaissent  toujours pas la même situation ni le même destin social que les garçons.  On retiendra ici deux exemples.


Des disparités sexuelles dans les études

On peut reprendre le titre d’une étude intitulée « des meilleures scolarités féminines aux meilleures carrières masculines ou comment s'amorce  dans l'enseignement supérieur l'inversion des excellences ». En effet, Les filles apparaissent défavorisées à trois niveaux : 
1) elles sont proportionnellement moins nombreuses à se doter du meilleur ticket d'entrée dans l'enseignement supérieur (le baccalauréat S option mathématiques); 2) elles choisissent moins fréquemment que les garçons les types d'études les plus prestigieux ; 3) dans un type d'études donné, elles sont proportionnellement moins nombreuses à s'inscrire en 3ème cycle (au niveau le plus élevé du cursus).[4] Les filles sont plus nombreuses que les garçons dans les études supérieures : 55% contre 45%. Cependant, la féminisation est très inégale selon les filières : les filles restent minoritaires en UFR sciences ainsi que dans les IUT et CPGE dont les formations secondaires ou scientifiques sont plus nombreuses que les formations tertiaires ou littéraires. La féminisation est aussi inégale selon le niveau d’études : les filles restent minoritaires en Doctorat toutes filières confondues (46%).

La meilleure scolarité des filles se confirme, dans la plupart des types d'études, au cours des premières années d'enseignement supérieur mais ne s'étend pas aux filières et niveaux d'excellence : classes préparatoires aux écoles supérieures, Médecine (a fortiori formation des spécialistes), 3ème cycle d'UFR typiquement universitaires (Lettres, Sciences, Droit et

Sciences économiques).

Les auteurs de cette étude propose l’explication suivante :

« Les difficultés d'accès des filles aux formations d'excellence renvoient pour une part aux inégalités matérielles de charges domestiques et aux inégalités symboliques de valorisation des activités professionnelles masculines et féminines. Mais il considère que la façon dont les filles envisagent leur avenir (en privilégiant par exemple les emplois d'enseignant et de salarié du secteur public) est irréductible aux effets d'une domination ou d'une aliénation. Ce modèle peut admettre que la préférence accordée aux emplois les plus conciliables avec les charges parentales comporte un aspect de "reproduction" de rôles féminins précocement intériorisés en cours de socialisation. Mais il introduit l'hypothèse que cette "reproduction" n'épuise pas les raisons des arbitrages opérés et des décisions adoptées. Il considère qu'il est envisageable qu'une fois atteints certains seuils dans l'acquisition de l' autonomie économique et de ressources culturelles, les filles puissent, à compétences scolaires égales à celles de l'élite des garçons, se désintéresser plus fréquemment qu'eux de la compétition pour les emplois associés aux plus hauts niveaux de rémunération, de prestige et de pouvoir, désirer autre chose qu'occuper les sommets des entreprises ou de l'Etat. »[5]

 

Des filles victimes de comportements sexistes

Dans un tout autre domaine, les filles semblent encore victimes de comportements sexistes et violents. Une enquête menée en 2007 auprès 1600 jeunes filles de 18 à 21 ans résidant, étudiant ou travaillant en Seine-Saint-Denis apporte des éléments troublants. Dans cette enquête,  23% des jeunes filles, âgées de 18 à 21 ans, rapportent avoir subi des violences physiques au cours de leur vie (excluant les 12 derniers mois) et 14% des agressions sexuelles. Au cours des douze derniers mois, 30% des jeunes filles interrogées ont relaté avoir été victimes de violences physiques et 5% de violences sexuelles[6].

Le travail croissant des étudiants
Le phénomène du travail étudiant ne peut plus aujourd’hui être considéré comme minoritaire ou marginal. On estime que trois quarts des étudiants travaillent en cours d’année en incluant la période d’été ; plus de 40 % exercent une activité rémunérée pendant l’année universitaire ; 15 à 20 % des étudiants, soit environ 400 000 personnes, travaillent de façon régulière pendant leurs études[7].

Le travail étudiant répond à deux types de motivations : des nécessités financières ou une volonté d’autonomie.
On peut distinguer trois groupes parmi les étudiants qui exercent une activité rémunérée pendant leurs études.
1. certains étudiants doivent faire face à l’ensemble de leurs dépenses de subsistance et d’études ; ils se trouvent ainsi dans l’obligation de travailler régulièrement pour compléter le versement des aides publiques (bourse sur critères sociaux et allocation pour le logement). Il s’agit d’étudiants issus de familles plutôt défavorisées socio-économiquement et, pour une part non négligeable, d’étudiants étrangers. Leurs salaires, oscillant entre 350 et 700 euros par mois, sont juste suffisants pour vivre et laissent peu de place aux dépenses de loisirs.
2. d’autres étudiants travaillent pour améliorer leurs conditions de vie. Ils n’ont pas à prendre en charge la question financière de leur logement, soit qu’ils habitent chez leurs parents, soit que ceux-ci les aident financièrement pour payer l’intégralité des frais inhérents au logement. Ils doivent néanmoins travailler pour couvrir un certain nombre de besoins tels que frais d’inscription, livres... Mais ils peuvent compter sur l’aide de leurs parents en cas de difficultés ponctuelles. Certains ne travaillent que l’été quand d’autres le font de manière plus régulière, mais un faible nombre d’heures, avec des horaires flexibles pour ne pas compromettre leur réussite universitaire.
3. le troisième groupe perçoit des aides financières parentales importantes et se trouve dans une situation socio-économique plutôt favorable. Travailler est plus un revenu d’appoint destiné essentiellement à financer les loisirs. Ces étudiants arbitrent le plus souvent entre le fait d’avoir une activité rémunérée pour un complément financier et celui de faire des stages pour acquérir une expérience professionnelle. Ils acceptent d’occuper un emploi de manière régulière s’il est en lien avec ses études[8].

 

3) Des jeunesses en crise : banlieues et milieu rural
Moins médiatisée, la situation des jeunes vivant en milieu rural mérite d’être soulignée.  Plusieurs différences existent entre jeunes ruraux et jeunes urbains : à la fin des années 1990, 42 % des actifs ruraux sont ouvriers, contre 27 % des urbains. Les jeunes ruraux  sont moins diplômés que les urbains : les premiers majoritairement titulaires de BEPC, CAP ou BEP, les seconds davantage titulaires d’un bac général et accédant plus à l’enseignement supérieur.  L’isolement géographique pèse sur leur insertion sociale : distance culturelle et éducative par rapport à la ville, ses lieux de formation et de culture, ses opportunités d’ascension sociale.  Comme les jeunes des banlieues urbaines, ils connaissent des difficultés d’insertion professionnelle. Dans les régions rurales,  Trouver du travail nécessite de plus en plus de devoir s’éloigner de son lieu de vie [Entre 1982, 1990 et 1999, le taux d’actifs français travaillant dans leur commune de résidence est passé de 54 % à 48 %, puis 39 %].

 


Le parcours d’un jeune rural
"D’origine populaire, bien souvent en échec scolaire et peu qualifiée, la jeunesse de Foulange a cherché à utiliser les ressources de son « capital d’autochtonie », à savoir les opportunités offertes par la détention de réseaux relationnels dans le village et ses environs. Prenons l’exemple de Christophe, élevé dans un bourg voisin de Foulange. Son père, licencié de l’ancienne usine de cuisinières, connut trois ans de chômage avant d’être embauché par une nouvelle PME de Foulange. Après une scolarité plutôt réussie au collège, Christophe intègre un lycée technique. Il échoue aux épreuves du bac professionnel, mais a auparavant obtenu CAP et BEP de comptabilité. Il a 20 ans en 1990 lorsqu’il quitte la région en quête d’une situation professionnelle qui corresponde aux espoirs hérités de sa scolarité. Mais ses pérégrinations dans l’est de la France ne lui permettront jamais de trouver un travail stable à hauteur de ses qualifications. Il cumulera différents emplois d’ouvrier, et la rancœur croissante de s’être « fait exploiter ». A 27 ans, il revient dans sa région d’origine où le statut d’ouvrier d’usine de son père lui permet de valoriser localement son BEP de comptabilité. Il entre à l’usine dans laquelle travaille son père, comme employé de bureau. Face à la difficulté à s’insérer sur le marché du travail et à la précarisation des statuts de salarié, il a ainsi pu mobiliser son appartenance au « pays » et, en 2003, à 33 ans, il fait construire un pavillon à Foulange, dans lequel il s’installe avec sa compagne, enceinte.[9]

Les principaux éléments
- la prolongation des études (lycée et supérieur) a suscité une déception car elle ne s’est pas concrétisée par une d’ascension sociale.
le chômage a fortement  réduit les possibilités d’emploi
un accès difficile à l’indépendance a de nombreuses causes : accès chaotique au monde du travail (accès toujours structuré par l’espoir d’obtenir un emploi stable et pas trop « dur ») ; difficulté à accéder à un logement indépendant (liée à la pénurie des offres sur le marché locatif) ; difficulté, pour certains jeunes hommes, à trouver une compagne.
Ces difficultés sociales conduisent au resserrement des liens tissés au sein du groupe des pairs :
 « ce n’est que dans l’appartenance élective à un groupe d’amis que la plupart ont trouvé une manière d’accéder à une relative autonomie. Jusqu’à l’âge de 25-30 ans, les relations de bande établies dans l’enfance et l’adolescence perdurent, et constituent une forme de rempart ultime contre les crises d’appartenances familiales et professionnelles. Et comme cette appartenance élective s’établit en partie contre les parents, elle engendre une forte incompréhension entre générations, cristallisée autour de la consommation de stupéfiants. » 

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