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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 16:53

Qui sont les premiers chrétiens ?
Etre chrétien c’est croire que Jésus est le messie.

Jésus et ses premiers disciples sont juifs. Ce n’est qu’après sa mort que la "secte" donne naissance à une religion nouvelle. Certains apôtres restent fidèles aux pratiques juives mais de plus en plus de païens se convertissent. Les prédicateurs chrétiens rencontrent des difficultés à imposer les pratiques juives, notamment  la circoncision. Très vite, les communautés  établissent leurs propres règles pour intégrer les nouveaux chrétiens.

"Christos" a la même signification en grec que l’hébreu "Machia’h" : "Oint du Seigneur". Pour ses disciples, Jésus-Christ est donc le Messie. Son message est transmis dans l’Evangile (du grec euangèlè : "Bonne nouvelle").

Au début, la prédication de la résurrection de Jésus ne concerne que les Juifs : Juifs vivants en Palestine et parlant araméen (judéo-chrétiens), Juifs de la Diaspora, Hellénistes parlant grec, lors d'un voyage à Jérusalem. Mais très vite, d’autres groupes sont touchés par la prédication chrétienne, notamment les "craignant-Dieu", païens séduits par le judaïsme mais qui n’ont pas fait le pas de la conversion complète (circoncision).

 

Statue de Saint Étienne,  portail central de la façade occidentale de la Cathédrale de Saint-Etienne (fin du XIIe siècle)

L’essor du nombre des chrétiens contrarie l’autorité des grands prêtres du Temple de Jérusalem (les sadducéens). Le premier martyr chrétien est Étienne qui est lapidé vers l’an 34. Certains chrétiens, notamment ceux qui sont nommés Hellénistes parce qu’ils parlaient Grecs,  décident alors de fuir les persécutions.

L’Eglise de Jacques disparaît dès le Ier siècle. La personnalité de l’apôtre Jacques, dit frère de Jésus, illustre les tensions qui agitent alors les églises. Jacques "le Juste" a pris la tête des judéo-chrétiens de Jérusalem après la crucifixion. A ce titre, il préside le concile de Jérusalem (ou concile des Apôtres). Il s’oppose à Paul sur la non circoncision des païens convertis. Pour Jacques en effet, les disciples de Jésus doivent rester fidèles à la Loi mosaïque. Lui-même fréquente le Temple avec assiduité, et est fortement ancré dans le judaïsme de son temps. Le premier Evêque - ou Patriarche - de Jérusalem est pourtant condamné à mort par le Sanhédrin une dizaine d’années plus tard. Il est lapidé dans la période 62-66.


 

Le christianisme déborde la Judée

Les Actes des Apôtres racontent ceci :

« Ceux-là donc qui avaient été dispersés lors de la tribulation survenue à l'occasion d'Étienne poussèrent jusqu'en Phénicie, à Chypre et à Antioche, mais sans prêcher la parole à d'autres qu'aux Juifs. Il y avait toutefois parmi eux quelques Chypriotes et Cyrénéens qui, venus à

Antioche, s'adressaient aussi aux Grecs, leur annonçant la Bonne Nouvelle du Seigneur Jésus. (…) Barnabé partit alors chercher Saul à Tarse. L'ayant trouvé, il l'amena à Antioche. Toute une année durant ils vécurent ensemble dans l'Église et y instruisirent une foule considérable. C'est à Antioche que, pour la première  fois, les disciples reçurent le nom de "chrétiens ". »(Actes des Apôtres, ch.11, v. 19-26)

 Hors de Jérusalem, de petits groupes de chrétiens et des apôtres envoyés en mission, convertissent de plus en plus de Juifs mais aussi de non juifs,  les Gentils. C'est à Antioche , capitale de la Syrie romaine qu'une double mutation décisive se produisit

- des Hellénistes chrétiens prêchent l'évangile directement auprès des païens et établissent avec ces nouveaux convertis une communauté qui s'affranchit des règles de pureté rituelle et des obligations alimentaires juives.

- le nom de "chrétiens" apparaît pour la première fois.

Le christianisme du Ier siècle est traversé de nombreux courants dont on peut dresser un tableau pour ne faciliter la compréhension :

 

Courants et personnages

de références

Lieux

Textes du Nouveau Testament

(et dates de rédaction)

Position par rapport au judaïsme

Jacobiens

(Jacques « frère du seigneur » mort en 62)

 

Jérusalem

Epître de Jacques (80-90)

Epître de Jude (vers 90)

Epître aux Corinthiens (vers 95)

Le christianisme doit rester dans le judaïsme et respecter la Loi

 

 

Pauliniens

(Paul « l’apôtre[1] des Gentils » mort en 64)

Rome

Epîtres pastorales de Paul (85-90)

Epître aux Ephésiens (85-90)

 

 

 

Le christianisme a dépassé la Loi et doit s’ouvrir aux païens (les Gentils ou Nations)

Antioche et

hellénistes palestiniens

Epître aux Romains (vers 50)

Evangile selon Luc, Actes des Apôtres (vers 80-90).

Epître aux Hébreux (86-96)

Pétriniens

(Pierre « l’apôtre du seigneur » ou « le premier des apôtres » mort en 64)

Galilée et Antioche

Evangile selon Marc (avant 70) Evangile selon Matthieu (s’inspire de Marc)

Première et deuxième épîtres de Pierre (la deuxième est datée vers 125)

Courant qui hésite entre Jacobiens et Pauliniens.

Johanniques

(Jean « le disciple bien-aimé » mort vers 90 ?)

Samarie et Asie Mineure

Evangile selon Jean, Epîtres de Jean, Apocalypse

Rédigés à la fin du ier siècle

Rejet des juifs, le christianisme religion pour tous

 

 

L’action de Paul

C’est dans ce cadre d’un christianisme qui déborde le monde Juif qu’apparaît le personnage de Paul. Paul est un des apôtres les plus importants avec Pierre. Luc consacre d’ailleurs la moitié des pages des Actes des Apôtres à ses voyages.

Saul n’a pas connu Jésus. Il est issu d'une famille aisée de la Diaspora Juive, installée en Tarse. Il a reçu une double éducation, juive et grecque. Il est venu se former à Jérusalem. Il a d’abord pris parti contre ses disciples: exerçant lui-même le rabbinat à Jérusalem, il les voit comme des blasphémateurs. Il obtient même du Sanhédrin, le (tribunal rabbinique) la mission de pourchasser les "chrétiens". C’est alors qu’une révélation le terrasse sur le chemin de Damas. Cette conversion reste en grande partie inexpliquée. Il se fait baptiser. Il hellénise son nom à l’intention des Grecs et s’appelle désormais Paul. C'est en effet d'abord en direction des populations héllénisées d'Asir Mineure et de Grèce qu'il mène ses missions évangéliques.

Premier voyage (45 à 49 environ)

C'est un voyage en compagnie de Barnabé et de Jean Marc (cousin de Barnabé). Il visite Chypre, la Pamphylie (Pergé) et prêche autour d'Antioche de Pisidie.

Paul et Barnabé cherchent à convertir des Juifs, prêchent dans les synagogues, mais,ils sont inégalement reçus.

Deuxième voyage (50 à 52 environ)

Paul effectue ce deuxième voyage en compagnie de Silas. Il visite les communautés  créées en Cilicie et Pisidie. À Lystre, il rencontre Timothée qui continue le voyage avec eux. Ils parcourent la Phrygie, la Galatie, la Mysie. À Troie, ils s'embarquent pour la Macédoine. Paul séjourne quelque temps à Athènes puis à Corinthe. Il retourne ensuite à Antioche en passant par Éphèse et Césarée.

 

Troisième voyage (53 à 58 environ)

C'est un voyage de consolidation : Paul retourne voir les communautés qui se sont créées en Galatie, Phrygie, à Éphèse, en Macédoine jusqu'à Corinthe.  En 58, il est arrêté à Jérusalem.

 

La parole messianique de Jésus est selon lui, universelle. Les missions qu'il effectue en sont le symbole: il apparait comme l'apôtre des "Gentils".

Les Actes des Apôtres, l'un des principales sources concernant le rôle de Paul, dont Luc a été l'un des proches,  valorisent son action. Luc écrit les Actes vers 80, c'est-à-dire à une période où le christianisme s'éloigne du judaisme; il lui faut donc insister sur l'universalisme chrétien.


Le concile de Jérusalem

Les conversions de païens se multiplient. Une question se pose : peut-on être chrétien sans suivre la Loi de Moise, c’est-à-dire sans être Juif ?  Suivre la loi de Moise signifie au moins 3 choses : être circoncis ; ne pas prendre ses repas avec des non juifs et respecter les interdits alimentaires ; fréquenter le Temple de Jérusalem (prières et sacrifice).

C’est pour trancher ce débat que se tient le premier concile de Jérusalem.

Ces évènements sont généralement datés des environs de l'an 50, une dizaine d'années avant la mort de Jacques le Juste, le frère de Jésus. Cependant les historiens considèrent qu’il faut diviser ce concile de Jérusalem en deux périodes distinctes :

1. l'une vers 49-50, dominée par Pierre, portant sur la question du salut ;

2. l'autre, après 52 et avant 58 dominé par Jacques qui traite de questions pratiques concernant la communauté, alors que Paul est en Asie mineur, en Grèce et en Macédoine, et en apprend les résultats à son retour en 58.

Le débat peut être ainsi résumé : la foi en Jésus était-elle suffisante pour être sauvé ou devait-on en plus observer les règles traditionnelles du judaïsme ?

Jacques apportera les éléments de solutions en faveur de Pierre et donnera tort aux pharisiens en écartant la nécessité de la circoncision avant le baptême en agréant le baptême opéré par Pierre du centurion romain non circoncis Corneille. Jacques définit cependant trois interdits à conserver pour qu'un païen puisse être reçu dans la communauté avec les membres issus du judaïsme :

1. l'interdit de manger les viandes non-saignées

2. l'interdit de pratiquer l'immoralité sexuelle (la fornication)

3. l'interdit de se rapprocher des idole

Il faut toutefois mentionner qu'en dehors de Corneille, il n'y a pas trace de païens convertis ni à Jérusalem, ni en Judée à cette époque et que Jacques maintient une séparation entre Juifs et païens.

La décision de Jacques, connue sous le nom de Lettre apostolique se trouve dans les Actes des Apôtres (15):

« Les apôtres et les anciens, vos frères, aux frères de la gentilité qui sont à Antioche, en Syrie, et en Cilicie, salut ! Ayant appris que, sans mandat de notre part, certaines gens venus de chez nous ont, par leur propos, jeté le trouble parmi vous et bouleversé vos esprits, nous avons décidé d'un commun accord de choisir des délégués et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabé et Paul, ces hommes qui ont voué leur vie au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous vous avons donc envoyé Jude et Silas, qui vous transmettent de vive voix le même message. L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d'autres charges que celles-ci qui sont indispensables : vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes. Vous ferez bien de vous en garder. Adieu. »

Cette décision ouvre les portes de la conversion aux croyants issus du paganisme. Elle marque dans le même temps une rupture décisive entre juifs et chrétiens.

 


[1] Apostolos = envoyé en grec. Dans le Nouveau Testament, les apôtres sont les douze compagnons de Jésus. Judas en a été exclu et Paul de Tarse devient le douzième apôtre qui n’a pas connu Jésus.

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