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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 13:59

Issu du judaïsme, le christianisme se constitue véritablement en religion indépendante à la fin du Ier siècle. Durant les II et IIIè siècle, malgré les persécutions, il se diffuse dans l’ensemble de l’Empire romain et finalement, au IVè siècle, il parvient à supplanter les autres religions. Comment expliquer la diffusion du christianisme ?

 

 

A/ Le christianisme devient religion d’Etat

 


D'abord simple groupe religieux juif, le christianisme devient une religion indépendante à la fin du Ier siècle, à mesure qu'il se tourne de plus en plus vers les paiens. Bien que persécuté durant plus de deux siècles par les autorités romaines, le christianisme se siffuse lentement dans l'ensemble de l'Empire.

 

 

La diffusion du christianisme s'étend sur plusieurs siècles, c'est donc un processus lent qui rencontre des oppositions.

 


Au Ier siècle, ce sont surtout les provinces orientales de l'Empire qui comptent le plus de communautés chrétiennes. Il s'agit notamment de la Judée, de la Syrie, de l'Asie Mineure, de la Grèce et de l'Egypte. En Europe, seule la région de Rome compte alors des chrétiens.

 

Au IIè siècle, le chritsinisme popursuit sa diffusion dans plusieurs direction:

- vers l'Est, en direction de la Mésopotamie et de la Cappadoce;

- vers les Balkans, notamment en Dalmatie et en Thrace;

- vers l'ouest surtout où il s'implante en Italie, en Gaule en espagne et en Afrique du Nord;

Enfin au IIIè siècle, c'est la totalité de l'Empire qui est touché par la christianisme.


La diffusion du christianisme peut s’expliquer par une série de facteurs :


1. La religion romaine  traditionnelle en crise

A la fin du IIè siècle, l’Empire est submergé par les cultes orientaux. La religion romaine traditionnelle est concurrencée par les cultes découverts par les soldats, les marchands et les esclaves.  Ce sont surtout les cultes à mystères qui rencontrent un grand succès à Rome et qui sont les concurrents du christianisme. Les cultes à Isis , Sérapis, Cybèle , Attis, Baal et Mithra s’imposent partout dans l’Empire. Les religions orientales séduisent car elles offrent des rituels comportant des fêtes, des chants et de la musique, des banquets fraternels. Elles proposent une relation plus individuelle et plus intime avec la divinité et reposent en partie sur des communautés choisies car leur accès est parfois conditionnée à une initiations. Elles apportent également l’assurance d’une immortalité bienheureuse en  récompense la piété (abstinence, pèlerinage, confessions publiques).

 

 


 

Christianisme et cultes à mystères : récits d’initiation

Dans l’Âne d’or, Apulée, auteur latin, raconte sous forme de fable la découverte et l’initiation d’un dévot au culte d’Isis. A la fin du récit, le héros, enfin délivré du sort qui l’avait transformé en âne, est initié à tous les degrés de ce culte à mystère.

Enfin le grand prêtre annonce que le moment est venu [de mon initiation] ; et sur-le-champ, suivi de la sainte cohorte, il me conduit au bain le plus proche. Quand je m'y fus plongé selon l'usage, après avoir appelé sur moi la miséricorde divine, il me purifia par une complète ablution[1], et me ramena au temple. Il me fit prosterner aux pieds de la déesse, et me communiqua sous le secret ce que la parole ne saurait rendre. Le grand prêtre écarte ensuite les profanes[2], me fait revêtir d'une robe de lin écru, et, me prenant par la main, m'emmène dans le plus profond du sanctuaire. J'ai touché aux portes du trépas ; mon pied s'est posé sur le seuil de Proserpine. Au retour, j'ai traversé tous les éléments. Dans la profondeur de la nuit, j'ai vu rayonner le soleil. Dieux de l'enfer, tous ont été vus par moi face à face, et adorés de près[3]. Voilà ce que j'ai à vous dire, et vous n'en serez pas plus éclairés. Mais ce que je puis découvrir sans sacrilège, le voici:

« Divinité sainte, source éternelle de salut, protectrice adorable des mortels, qui leur prodigues dans leurs maux l'affection d'une tendre mère; pas un jour, pas une nuit, pas un moment ne s'écoule qui ne soit marqué par un de tes bienfaits. Sur la terre, sur la mer, toujours tu es là pour nous sauver ; pour nous tendre, au milieu des tourmentes de la vie, une main secourable. Vénérée dans le ciel , respectée aux enfers, par toi le globe tourne, le soleil éclaire, l'univers est régi, l'enfer contenu. À ta voix, les sphères se meuvent, les siècles se succèdent, les immortels se réjouissent, les éléments se coordonnent. Un signe de toi fait souffler les vents, gonfler les nuées, germer les semences, éclore les germes. Ton image sacrée restera profondément gravée dans mon âme, et toujours présente à ma pensée. »

Cette invocation terminée, je me jetai au cou du grand prêtre, devenu pour moi un second père. Je le couvris de mes baisers, et le suppliai d'excuser mon impuissance à reconnaître son incomparable bonté.

Apulée, L’âne d’or XI 21-25 (iie siècle)

 


 

 

2. L’unité de l’Empire

L’Empire est un espace commun à de nombreux peuples qui vivent sous la domination romaine. Les soldats, les marchands romains ou étrangers circulent à travers cet Empire qui assure la paix et la stabilité. Les routes commerciales, notamment maritimes, sont des vecteurs de diffusion des religions orientales comme le christianisme. Les premières communautés chrétiennes s’implantent souvent dans des ports.

Carte des routes commerciales dans l'Empire romain au IVè siècle













3. Le facteurs politique

L’attitude des empereurs est déterminante. Longtemps persécuté, le christianisme bénéficie progressivement de la bienveillance puis du soutien de l’Empereur. Le IVè siècle constitue un tournant.
En 313 L’Édit de Milan de l’empereur Constantin entérine une situation de fait : le nombre de chrétiens ne cesse d’augmenter, y compris au sein de l’élite romaine (sénateurs, chevaliers, etc.), Constantin décide de légaliser le culte chrétien mais il coexistence encore avec les autres religions, notamment païennes. C’est avant tout un édit de tolérance. Désormais, l’Eglise bénéficie de la faveur des empereurs (argent, exemption d’impôts). Les lieux de culte se multiplient, Rome se couvre de basiliques ainsi que Constantinople, la nouvelle capitale de l’Empire depuis 330. Sur son lit de mort, Constantin est baptisé.

En 391, sous le règne de Théodose, le christianisme devient religion d’Etat. Le paganisme est interdit et ses temples fermés ou détruits. A son tour, le paganisme devient un délit puni de mort. Des chrétiens accèdent aux plus hautes fonctions impériales. C’est l’époque où le christianisme pénètre fortement dans les campagnes.

L’empereur, personnage déjà sacré et honoré de longue date, devient chrétien et est désormais considéré comme l’image de Dieu sur Terre, responsable devant lui du salut de ses sujets et chargé d’étendre à toute l’humanité la religion chrétienne.


B/ L’organisation de l’Eglise chrétienne

Pour mieux encadrer des fidèles de plus en plus nombreux, l’Eglise s’est organisée de façon pyramidale, et est présente dans tous les échelons de l’Empire.


1. La normalisation des textes sacrés

L’Eglise a d’abord imposé des textes, des règles, des pratiques. A partir du Ier siècle, un nombre très important e textes ont été écrits relatant le message et la vie du Christ. Un tri est fait : certains sont considérés comme authentiques, inspirés par Dieu et sont donc conservés : ils constituent le Canon de l’Eglise. Les autres, jugés douteux sont rejetés et considérés comme apocryphes.


2. La normalisation de la foi et des pratiques

Afin d’unifier les pratiques, des règles sont fixées lors de conciles : les évêques s’y réunissent pour déterminer ce qui est chrétien (orthodoxe : le droit chemin) de ce qui ne l’est pas (hérétique).  Les principales fêtes rappelant la vie du Christ sont également fixées, le dimanche est le jour saint (jour de la Résurrection), remplaçant le shabbat juif…

En 325, le concile de Nicée est une étape importante dans la définition précise de ce qu’est le christianisme : il adopte la profession de foi chrétienne.


3. La religion devient publique

Désormais les Chrétiens ont leur lieu de culte : les églises. L’Etat romain leur fournit même des bâtiments publics, les basiliques . Ces églises suivent toutes le même plan (en croix, rappelant la Passion du Christ) et la même orientation (tête = abside dirigée vers Jérusalem).

 


  Reconstitution d'une basilique

Représentation d'une basilique sur une mosaique du Vè siècle. Musée du Louvre



4. L’Eglise s’organise

L'Eglise chrétienne se structure de façon pyramidale, en se calquant sur les structures de l'empire lui même. On sépare les clercs, chargés d’organiser le culte, d’administrer les sacrements, des laïcs.


Le Pape est l’évêque de Rome, successeur de Saint-Pierre que Jésus avait placé à la tête du collège des apôtres. Il dirige l’ensemble des croyants ; il est entouré de cardinaux qui l’élisent.

Le Pape décide quand il le souhaite, pour éclaircir un point particulier de la doctrine chrétienne, de réunir les évêques dans un concile qu’il préside.

 

 

 



[1] Ablution = bain. Il s’agit dans le second texte du baptême.

[2] Profane = celui qui n’est pas initié.

[3] Lors de l’initiation, le fidèle se voit simuler sa propre mort puis sa résurrection. Proserpine est la déesse des enfers, le séjour des morts.

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