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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 17:37

Depuis le publication en 1954 de l’ouvrage de René Rémond  Les Droites en France, il est admis que il n'y aurait pas en France une seule droite, mais trois: les droites légitimiste, orléaniste et bonapartiste. Chacune de ces trois familles présentent des caractéristiques propres.

Le légitimisme est le première: il apparaît lors de la Révolution française, à laquelle il s'oppose. C’est un courant réactionnaire, contestant les principes de 1789 et qui n'est au pouvoir que de 1815 à 1830. Il s'enferme ensuite dans l'opposition (sauf lors de courtes périodes: parti de l'Ordre et Ordre moral).

L'orléanisme est lui aussi monarchiste mais il reconnaît la Révolution et assume un héritage libéral et parlementaire. Pendant longtemps il préfére le suffrage censitaire au suffrage universel.

Le bonapartisme met tout particulièrement en avant la personne du souverain, l'exercice solitaire et autoritaire du pouvoir. Il est également marqué par le mépris des hiérarchies naturelles et la recherche permanente du soutien des masses populaires, à travers notamment la pratique du plébiscite. Le bonapartisme reconnaît le suffrage universel même s'il se méfie des partis politiques et du parlementarisme. Initié par Napoléon Ier, c'est toutefois avce Napoléon III qu'il se coneitue un courant politique.
Parmi les droites, le bonapatsime est la tradition politique qui pose le plus de problème à l'historien ou au politologue. Il associe en effet des éléments démocratiques (suffrage universel, rejet des hiérarchies traditionnelles, politique sociale, appel au peuple) mais ausi des éléments très autoritaires (coups d'Etat, recours à l'armée, rejet du parlementarisme et des partis politiques. On utilise pour qualifier ces régimes politiques la notion de "césarisme démocratique".
Cette tradition politique ressurgit régulièrement dans l'histoire politique sous des formes vétriées et avec plus ou moins d'inténbsité. Le boulangisme et la gaullisme s'incrivent en pârtie dans cette tradition.

 


Le bonapartisme en représentation: bonapartisme social et humanitaire de Napoléon III

 

Image d'Epinal, anonyme, 1856. Source: L'Histoire par l'image (Musée d'Orsay)

Cette image d'Epinal met en scène une des dimensions du bonapatisme, le lien avec le peuple. Hostile  aux corps intermédiaires et au parlementarisme, le bonapartisme prétend entretenir un lien direct entre l'emepreur et le peuple. Ce lien est mis en scène: les victimes des inondations côtoient l'Empereur dans une situation plus qu'improbable.

 
   

Lucien Goupil(1834-1890)
La Charité. 1864

 

 

 

 

 Auteur en 1844 de L’Extinction du paupérisme qui connait un très grand succès, le bonapartisme se préoccupe de la réforme sociale en faveur du peuple. Philanthropie et charité comptent parmi les formes d'action sociale.  La famille impériale fonde de nombreuses œuvres: crèches, orphelinats, asile. En 1862est fondée  la société du Prince impérial, organisme de prêts sur l’honneur dont les crédits étaient destinés à aider les familles momentanément dans le besoin ou à permettre à des personnes modestes d’acquérir leurs instruments de travail.

 


 


Le bonapartisme analysé par un historien
« Phénomène spécifiquement français, le bonapartisme rend compte à la fois des pratiques politiques, économiques, sociales, culturelles des règnes de Napoléon Ier ou surtout de Napoléon III et de l'action politique des hommes ou des groupes qui entendent en transmettre l'héritage après 1870. Il s'oppose aux droites légitimistes et orléanistes par son mépris des hiérarchies naturelles, des élites et des notables traditionnels comme par son acceptation des effets socio-économiques de la Révolution et d'un État centralisé né du jacobinisme. Mais il se distingue des gauches républicaines ou socialistes, malgré sa politique en faveur des ouvriers (droit de grève, 1864) et l'ampleur de ses appuis populaires, par l'exercice solitaire et autoritaire du pouvoir, le refus de la libre représentation parlementaire et des partis, le contact direct entre le souverain et le peuple par le plébiscite, la confiscation des libertés publiques. Il constitue donc une situation d'exception dans l'affrontement droite-gauche constitutif de la vie politique française depuis 1789, même si ses oscillations entre des phases libérales et autoritaires, ses divisions chroniques entre « blancs » et « rouges » après 1870 révèlent qu'il ne s'en abstrait jamais totalement. Son originalité, grosse de contradictions fatales, réside dans l'aspiration à fonder une légitimité personnelle et dynastique sur l'adhésion populaire et le suffrage universel ; dans l'usage et la croissance autoritaires de l'État et de ses appareils répressifs ou idéologiques (administration, armée, Université, Église) au service de l'ordre et du progrès ; dans l'arbitrage permanent entre les intérêts de la nouvelle paysannerie propriétaire (Code civil, cadastre), de la bourgeoisie conquérante (grands travaux urbains, intervention de l'État dans la mise en place des moyens de communications modernes, politiques douanières), des ouvriers et de l'aristocratie en mutation (vie de Cour) ; dans une politique de grandeur et de présence au monde fondée sur l'héritage de la « grande nation » de 1792 et sur le soutien apporté aux nationalités, qui donne à l'armée un rôle déterminant dans la conquête du pouvoir (coups d'État), son exercice (campagnes militaires victorieuses ou non) et sa chute (Waterloo, Sedan). Sous la IIIe République, les élus bonapartistes restent influents jusqu'en 1881 puisqu'ils constituent la moitié des élus conservateurs, mais ils ne peuvent pas stopper la dérive de leur électorat vers le radicalisme. À travers le boulangisme et le renouveau nationaliste, le bonapartisme stabilise alors son héritage vers la droite, dont il devient une des familles constitutives et à l'ensemble de laquelle il insuffle ses thèmes de prédilection : antiparlementarisme, appel au peuple, plébiscite, réforme constitutionnelle, arbitrage du chef, grandeur nationale. Il colore nettement le phénomène ligueur des années 1930. »
Jean-Pierre Rioux, Article « Bonapartisme »,




Une mémoire encore présente ?

Faut-il réhabiliter Napoléon III ? « La question du retour des cendres de Napoléon III en France se pose », estime l'historien Pierre Milza. « Mais Londres n'est plus qu'à deux heures de Paris ! » lui répond le prince Napoléon.


Le Figaro Magazine - L'année 2008 est celle du bicentenaire de Napoléon III, né à Paris le 20 avril 1808, mort en exil en Angleterre le 9 janvier 1873. Dès 1871, l'Assemblée nationale votait sa déchéance ainsi que celle de sa dynastie et flétrissait sa mémoire en le rendant responsable de tous les malheurs de la France...

Pierre Milza - Si l'on s'en tient au seul désastre de 1871, la question se pose en effet de la responsabilité de l'empereur, mais aussi de son entourage, de la coterie de l'impératrice et du régime lui-même. Napoléon III avait été, dans les années 1867-1868, le principal défenseur d'une réforme qui aurait modernisé notre armée et fourni des effectifs comparables à ceux des Prussiens ; or le projet de loi Niel fut vivement combattu par toute une partie des partisans de l'Empire, avec l'issue militaire que l'on sait. Sans doute Napoléon III a-t-il déclaré la guerre, mais telle était aussi l'absolue volonté de Bismarck, qui y voyait le moyen de parachever l'unité allemande. Il ne faut pas oublier le nationalisme exacerbé qui prévalait dans toute l'Europe. Cela étant, pour ce qui est de l'ensemble du règne de Napoléon III, il est clair que la condamnation ne tient pas.

Prince Napoléon - Avec le recul du temps, j'observe quant à moi une certaine indifférence des Français à l'égard de Napoléon III. La véritable animosité ne vient que de la part des tenants d'une république étroite, quasi sectaire, ou de ceux qui ne jugent l'Histoire qu'à l'aune de critères politiques ou éthiques de notre époque, ce qui revient à tomber dans le piège des anachronismes. Il faut saisir le rôle global des Bonaparte. Leur action débute au moment de la convocation des états généraux de 1789 et s'achève en 1871 avec la capitulation de Sedan. En moins d'un siècle, la France est passée de l'Ancien Régime absolutiste à la République parlementaire. Les deux empereurs ont donc été des acteurs de la transition. Napoléon Ier a relevé le défi des bouleversements politiques, Napoléon III, les grands défis économiques et sociaux du début du capitalisme. L'un et l'autre ont dû répondre à des situations nouvelles. Quels qu'aient été les aléas de la fin de leur règne, ils ont été des hommes de la modernité et du progrès en France.

Pierre Milza - On a reproché à Napoléon III d'avoir liquidé la IIe République, mais quelle République ? Celle des massacres de juin 1848 ! Lorsque la IIIe République naît, dans un contexte épouvantable - la Commune, la défaite, le remboursement de la dette -, il lui faut se construire contre l'Empire. C'est ainsi que se développera - jusque dans les manuels scolaires - la légende noire de Napoléon III : l'amour de l'argent, la corruption, les guerres inutiles. Plus obscur sera l'Empire, plus lumineuse apparaîtra la République. Napoléon Ier finit-il avec Waterloo ? Victor Hugo rendra cette défaite héroïque. Avec Napoléon III et Sedan, nous avons toujours Hugo, mais opposant farouche. C'est ainsi que Louis Napoléon deviendra Napoléon le Petit avec, à son débit, une honteuse défaite. Or il avait capitulé par pure humanité. Nos 60 000 hommes encerclés étaient voués à l'anéantissement, tout comme à Diên Biên Phu moins d'un siècle plus tard...

Prince Napoléon - Cette humanité que vous évoquez s'est marquée par son constant souci du social. Les Idées napoléoniennes comme L'Extinction du paupérisme en sont la preuve. Sous son règne se développeront les associations de travailleurs, la création de grandes entreprises comme entités économiques mais aussi sociales, le progrès de l'éducation nationale avec Victor Duruy. Ces trois exemples nous montrent une société française qui, au-delà de la couleur du régime, se rapproche de notre époque moderne.

Le Figaro Magazine - Comment expliquez-vous dès lors l'amnésie des Français sur ce plan ?

Prince Napoléon - Je l'explique par la suite des événements. C'est en effet moins à l'empereur qu'à ceux qui ont repris son flambeau que l'on est en droit d'adresser des reproches. Le mouvement bonapartiste, qui représentait aux élections de 1871 la deuxième force d'opposition après les monarchistes, s'est petit à petit délité, tombant du côté des forces réactionnaires en faisant alliance avec les monarchistes, alors qu'il aurait pu et dû, comme le lui recommandait mon arrière-grand-père le prince Napoléon, mort en 1891 - celui que l'on appelait « Plon-Plon » -, soutenir la République nouvelle, fût-ce au prix d'une conception différente du rôle du président de la République. Malheureusement, comme ce ne fut pas l'aile avancée qui l'emporta, la République a perçu le bonapartisme comme un adversaire et nous en portons encore aujourd'hui les traces.

Pierre Milza - Les bonapartistes de gauche, appelons-les comme cela, étaient très minoritaires. Ceux qui ont appuyé le second Empire étaient surtout des orléanistes satisfaits que l'ordre ait été rétabli. Ce sont eux qui, finalement, ont été l'aile marchante du bonapartisme, alors que l'idéal politique de Louis Napoléon était la monarchie anglaise. Il y aspirait pour la France. Dans un premier temps, il lui fallait un régime fort, et ce n'est que dans l'ultime partie de son règne, la fin des années 60, qu'il tentera de promouvoir cette évolution. Mais il était trop tard, il allait être rattrapé par la guerre de 1870 ainsi que par la maladie. Un calcul dans la vessie - qui allait le faire atrocement souffrir. La guerre de 70 sera pour lui un martyre : il a de la peine à marcher. On l'aide pour le faire monter à cheval. En vérité, il cherche la mort. Son médecin le dit... Mais à ce propos, comment voyez-vous un éventuel retour des cendres de Napoléon III en France ?

Prince Napoléon - Le couple impérial et le prince sont enterrés à l'abbaye de Farnborough, parce qu'ils l'ont souhaité. L'impératrice, qui allait elle-même mourir en 1920, a fait construire la basilique pour recevoir les cendres de son mari et de son fils, et le moins que l'on puisse dire est que l'Angleterre les a très bien traités. La question est donc d'abord à poser aux Britanniques pour connaître leur position sur ce sujet. Et quand bien même ils y seraient favorables, où mettrait-on leurs cendres ? J'ai longuement siégé au conseil municipal d'Ajaccio. Je me souviens d'une délibération prise par les bonapartistes - je n'en étais pas -, qui souhaitaient les recevoir dans la chapelle impériale. La ville de Nice aimerait également accueillir Napoléon III en vertu du rattachement, grâce à lui, de la ville et de la Savoie à la France. Enfin, il y a les chanoines de l'église de Saint-Augustin à Paris, dont la crypte est prête depuis longtemps, et qui me disent : comment voulez-vous qu'il soit ailleurs qu'à Saint-Augustin ?

Pierre Milza - Le fait que Napoléon III ait voulu être enterré en Angleterre s'explique aussi par le contexte de haine qui avait déferlé sur lui-même et sa famille. Mais la question mérite aujourd'hui d'être posée.

Prince Napoléon - Londres n'étant plus qu'à deux heures de Paris, rien de plus facile que d'aller se recueillir sur les tombes impériales. Imaginez que demain les Anglais viennent nous réclamer les cendres de Guillaume le Conquérant, enterré dans la bonne ville de Caen ? Echangerions-nous le Conquérant contre l'empereur ? A l'heure de l'Europe, est-ce bien nécessaire ? Lorsque le prince de Joinville ramena les cendres de Napoléon Ier en 1840, c'était l'époque où l'on construisait les nations. Aujourd'hui, nous sommes dans un monde plus ouvert où les échanges sont plus faciles. Républicain et démocrate - même si d'aucuns me le reprochent -, je considère ma filiation comme un héritage à caractère avant tout moral...

Pierre Milza - Aussi, pour répondre à la question initiale de notre débat, parlerai-je d'une nécessaire réappropriation de Napoléon III par la France, plutôt que d'une réhabilitation.


Lire également: Pierre Milza, "Sarkozy, Napoléon III, même combat ?", Le Monde du 16 Novembre 2008.

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