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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 12:52

Si le constat de l'impasse de l'agriculture productiviste est dressé, l'agriculture de demain n'en est, elle, qu'à ses balbutiements. Dans les laboratoires, les chercheurs dessinent ce qu'ils appellent l'agriculture à haute performance environnementale, qui consiste à modifier les techniques de production en combinant économie, écologie et social. Un colloque de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), mardi 24 février au Salon de l'agriculture de Paris, a permis d'illustrer ce qui devrait changer dans les champs et les étables. Une nouvelle "révolution verte" est en cours. Partout dans le monde, la relation à l'agronomie change, constate l'INRA. "Nous réenrichissons la bibliothèque des outils utilisables", résume Marion Guillou, sa présidente.

Associer ou faire tourner les cultures.

Faire pousser dans un même champ deux cultures, qu'on mélange dans le semoir, peut avoir plusieurs avantages. En associant au blé une légumineuse (pois protéagineux, féverole, etc.), qui fixe l'azote de l'air, il est possible de réduire l'apport en engrais azoté. Le dispositif permet de baisser les émissions de gaz à effet de serre et l'utilisation d'énergie fossile. Il aide aussi les deux plantes à mieux résister aux maladies. On évite ou on limite le recours aux pesticides, ce qui autorise également la rotation des cultures dans un champ d'une année sur l'autre. L'effet est le même en faisant pousser des haies au bord des vergers, car les insectes prédateurs qu'elles abritent s'attaquent aux pucerons. En grandes cultures, les chercheurs étudient aussi la piste qui consiste à retarder les semis pour réduire l'utilisation des herbicides. En viticulture, on couvre déjà le sol d'herbe dans le même but. Dans toutes ces expériences, la productivité n'est pas forcément amoindrie. Mais les paysages, eux, évoluent.
 
Changer l'alimentation des vaches.

Un des principaux problèmes de l'élevage, ce sont ses émissions de gaz à effet de serre, notamment du fait de l'appareil digestif des bovins, producteur de méthane. Il se forme pendant la fermentation microbienne des aliments dans la panse. Le gaz est rejeté dans l'atmosphère par éructation. La voie la plus rapide pour diminuer ces émissions consiste à modifier l'alimentation des vaches, par exemple en ajoutant du lin dans les rations. La sélection génétique en est une autre, ou encore le transfert dans la panse de la flore bactérienne d'un autre herbivore émettant moins de méthane, le kangourou ! Mais le procédé est complexe, et il faudra des années pour savoir s'il peut être appliqué.

Rendre autonomes les exploitations.
Avant la mécanisation et la chimie de synthèse, les fermes fonctionnaient en circuit quasi fermé. Les boeufs tiraient la charrue et étaient nourris par la production du paysan. Aujourd'hui, les pistes sont multiples pour gagner en autonomie. Ne pas labourer permet de réduire la consommation de carburant puisque le tracteur passe moins dans les champs, et les moutons peuvent servir de désherbant en période d'interculture. On pourrait aussi limiter les achats d'alimentation animale en faisant au maximum pâturer les bêtes. Mieux, on pourrait grouper les vêlages en fin d'hiver pour avoir le gros du bétail à nourrir en mai, lors du pic de production d'herbe. Mais les chercheurs ont constaté que cette idée pose des problèmes d'organisation de la reproduction. Enfin, les déchets des exploitations seront de plus en plus optimisés. En témoigne ce tracteur commercialisé en Autriche qui fonctionne au gaz extrait de lisier et autres déjections animales. Toutes ces pistes ne s'appliqueront pas qu'aux pays riches, mais à l'agriculture industrielle en général, car dans les pays du Sud aussi la monoculture s'est installée et l'intensification a fait des dégâts, par exemple dans les bananeraies. Néanmoins, pour les petits paysans qui n'utilisent pas de produits chimiques, les recherches en cours (sur la rotation des cultures à laquelle ils n'avaient pas renoncé, etc.) pourraient aussi améliorer la productivité. Faut-il en conclure que l'agriculture de demain sera celle du passé ? Pas vraiment, mais elle s'en inspire. Il s'agit plutôt d'un mélange de redécouvertes et d'innovations. "Il y a certes des choses que nous avons eu tort d'oublier. Mais nous n'associons plus les mêmes cultures et nous savons mieux choisir les variétés à mélanger", explique Jean-Marc Meynard, chef du département Sciences pour l'action et le développement à l'INRA. Deux interrogations demeurent. Celle du temps qu'il faudra aux chercheurs pour proposer des solutions applicables à grande échelle, alors que les agriculteurs sont prêts à changer dès maintenant de pratiques si la rentabilité est assurée. Et celle du prix des matières premières agricoles, car, si une légère perte de rendement importe peu lorsque les cours sont bas, il en va tout autrement quand ils flambent. Les agriculteurs pourraient alors de nouveau être tentés d'intensifier leur production grâce aux produits chimiques.

Laetitia Clavreul


Une pollution généralisée des eaux
Le service de l'observation et des statistiques du ministère de l'écologie, qui a absorbé l'ancien Institut français de l'environnement (IFEN), a publié, en janvier, les derniers résultats de la contamination des eaux par les pesticides. En 2006, la présence de pesticides avait été détectée dans 90 % des eaux de surface analysées et dans 53 % des eaux souterraines, avec des niveaux de contamination variables. Pour les eaux superficielles, environ 42 % des points de mesure ont une qualité moyenne à mauvaise. Dans 12 % des cas, celle-ci peut affecter les équilibres écologiques et rend ces eaux impropres à l'approvisionnement en eau potable. Environ 25 % des eaux souterraines mesurées ont une qualité médiocre à mauvaise. Des chiffres stables par rapport aux années précédentes. Plus de 240 substances actives ont été détectées :
- Le glyphosate, principe actif de l'herbicide Round Up, et son principal produit de dégradation sont présents dans 75 % des analyses ;
- L'atrazine, produit interdit en 2003 mais très persistant, est décelé dans 50 % des échantillons.

Agriculture biologique
Elle se passe de produits chimiques de synthèse. Fin 2007, un peu moins de 12 000 exploitations agricoles étaient engagées, soit 2 % de la surface agricole utilisée (SAU) nationale. Agriculture de conservation. Le labour est supprimé. La protection des sols et la rotation des cultures sont les pivots du système, qui vise à diminuer l'usage du fioul, des engrais et des pesticides. Ces techniques seraient utilisées sur environ 10 % de la SAU, selon leurs promoteurs. Agriculture raisonnée. Son cahier des charges compte une centaine de points, dont la moitié correspond au respect de la réglementation. Elle concerne 3 000 exploitations. Agriculture durable. Le réseau regroupe quelque 2 000 exploitants. Ses membres prônent une agriculture liée au sol, économe en produits chimiques.


LE MONDE. Article paru dans l'édition du 26.02.09


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