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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 12:30

Le gouvernement a lancé lundi une concertation devant déboucher sur la présentation avant l'été d'une "politique globale de la jeunesse" afin de  répondre au "vif malaise économique et social des 16-25 ans".

Selon une récente comparaison internationale, les jeunes Français sont, après les Japonais, ceux qui ont le moins confiance en leur avenir: 27% sont certains d'avoir un bon travail dans l'avenir contre 60% au Danemark ou aux Etats-Unis. Quels éléments permettent un tel constat ? [ Le gouvernement lance le débat en vue d'une politique globale de la jeunesse Par AFP, publié le 09/03/2009 à 20:56 - mis à jour le 09/03/2009 à 20:58]


Vincenzo Cicchelli : "Les conditions de passage à la vie adulte se sont beaucoup durcies"



L'analyse d'un sociologue


Pour le sociologue Vincenzo Cicchelli (1),  maître de conférences en sociologie à l’université Paris-Descartes, nombre de jeunes redoutent aujourd’hui un déclassement

Publié dans La Croix, 08/03/2009 19:14

 

La Croix : Peut-on aujourd’hui parler d’un malaise de la jeunesse ?

Vincenzo Cicchelli : D’un point de vue individuel, les jeunes Français sont plutôt en bonne santé, mieux formés que par le passé, ils ont accès à la consommation, aux voyages… Mais les conditions de passage à la vie adulte se sont considérablement durcies, et ce, de manière paradoxale. Dans le passé, on devenait adulte en s’opposant à ses parents. Aujourd’hui, ce processus se fait avec un accompagnement ou une médiation des parents.
Du point de vue des goûts, de la vie sentimentale, les jeunes n’ont jamais été aussi rapidement autonomes, mais ils n’ont jamais été aussi longtemps dépendants, socialement et économiquement, des adultes et de la société. À preuve, la multiplication des dispositifs d’insertion qui leur sont destinés, le financement par la famille des études, l’âge tardif auquel, souvent, ils quittent le domicile de papa-maman.


Pourquoi parler de durcissement ?

Du point de vue du sociologue, qui se borne à constater des phénomènes, il n’y a là rien de négatif. Cette évolution, cependant, peut être perçue comme un problème politique ou économique – un coût supplémentaire pour l’État providence. Et elle est surtout mal vécue par les jeunes. Ces derniers ont une culture forte de l’autonomie individuelle, ils y aspirent mais ne peuvent y accéder. La France, contrairement à la plupart des pays du sud de l’Europe, possède une culture nordique de l’autonomie des jeunes mais n’a pas les moyens de se la payer.


Quels en sont les freins ?

Il y a, entre autres, la difficulté de trouver un toit, même si en France, les jeunes peuvent bénéficier d’une allocation logement. Il y a bien sûr aussi un marché de l’emploi peu porteur. Et ce, dans le contexte d’une inflation de diplômes : on raisonne en volume de capital scolaire (bac + 3, bac + 5…), au lieu de se poser la question des capacités.


D’aucuns évoquent un traitement scolaire du chômage : on maintiendrait le plus longtemps possible les jeunes dans le circuit scolaire ou universitaire pour éviter qu’ils ne deviennent demandeurs d’emploi…

Pour beaucoup de familles, y compris au sein des classes populaires, qui se sont mises à penser ainsi à partir de la fin des années 1980, être bardé de diplômes constitue la garantie d’une insertion professionnelle. Or, s’il est vrai que les diplômés trouvent plus facilement un emploi que les autres, en particulier en période de crise, beaucoup de jeunes redoutent aujourd’hui un déclassement. Malgré un niveau d’études supérieur, ils craignent de se trouver socialement et économiquement moins bien lotis que leurs propres parents. Une inquiétude que les Français partagent avec les jeunes Grecs, Italiens, Espagnols…


La crise va-t-elle fragiliser davantage la jeunesse ?

C’est possible. En tout cas, si elle s’avère dure et durable, il faudra y apporter des réponses en profondeur, y compris en repensant l’offre de formation pour promouvoir l’apprentissage et les diplômes davantage professionnalisants.

Recueilli par Denis PEIRON

(1) Auteur notamment, avec Olivier Galland, de l’ouvrage Les Nouvelles Jeunesses, paru en 2008 à la Documentation française



Une enquête du quotidien Le Monde. Les jeunes Français face à l'avenir


Les 16-25 ans, génération qui a perdu foi en l'avenir

 

LE MONDE | 09.03.09 | 13h53  •  Mis à jour le 09.03.09 | 18h40



Chômage, pauvreté, perte de confiance en l'avenir : la situation des 16-25 ans interpelle. Le haut-commissaire à la jeunesse, Martin Hirsch, lance lundi 9 mars la concertation qui doit aboutir à une nouvelle politique de la jeunesse, favorisant l'autonomie : insertion professionnelle, logement, santé, participation à la vie sociale seront les thèmes abordés.

"Il est urgent d'agir", prévient l'un des participants, le sociologue de la jeunesse Olivier Galland, dont les travaux nourrissent largement le diagnostic gouvernemental. Directeur de recherches au CNRS et président du comité scientifique de l'Observatoire de la vie étudiante, ce dernier met en évidence, dans un livre à paraître en avril, Les jeunes Français ont-ils raison d'avoir peur ? (Armand Colin), la cause majeure du malaise : le modèle d'"élitisme républicain" sur lequel se fonde le système éducatif est "en crise" profonde.

"Toutes les enquêtes montrent que la jeunesse française va mal, dit-il. Les jeunes Français sont les plus pessimistes de tous les Européens. Ils n'ont confiance ni dans les autres, ni dans la société. Ils apparaissent repliés sur leur classe d'âge et fatalistes. Pour une société, surtout en période de crise, c'est un handicap énorme."

Certes, reconnaît le sociologue, l'école n'est pas seule en cause. Le marché de l'emploi fait peu de place aux jeunes, et leurs problèmes sont par ailleurs mal pris en compte dans les politiques publiques.

Mais surtout, regrette M. Galland, les causes du malaise liées à la manière dont la nation forme ses jeunes sont trop négligées. Le modèle méritocratique de l'école de la République était efficace quand nombre d'élèves n'avaient pas accès à l'enseignement secondaire. "Il ne fonctionne plus dans une école de masse qui doit gérer des talents et des aspirations scolaires de plus en plus diverses, constate-t-il. Ainsi, "l'obsession du classement scolaire, qui est à la base de l'élitisme républicain, la vision dichotomique de la réussite qui sépare les vainqueurs et les vaincus de la sélection scolaire, mais également la faillite de l'orientation, aboutissent à un système qui élimine plutôt que de promouvoir le plus grand nombre", explique le chercheur.

Les vaincus, parfois écartés sans ménagement, sont découragés et atteints dans leur estime de soi. Une étude du ministère de l'éducation nationale, reprise dans l'ouvrage, montre que le découragement s'amplifie au fur et à mesure que les élèves avancent dans leur scolarité. Fondée sur le suivi d'une cohorte de 8 000 jeunes pendant leurs années de collège, elle révèle une chute de la motivation scolaire, une montée du stress et un accroissement des attitudes de fatalisme. "Beaucoup, rappelle M. Galland, adoptent des attitudes de repli ou d'abandon ("je cesse d'écouter", "je ne fais pas l'exercice")". Les formes radicales d'abandon sont préoccupantes : les "décrocheurs", sortant du secondaire sans diplôme, sont estimés à 120 000 tous les ans.

C'est un des points que Martin Hirsch entend traiter. Des propositions sont attendues pour prendre en charge les jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire, aujourd'hui trop peu suivis et souvent "perdus" par les institutions.

Olivier Galland souligne le manque de courage de responsables politiques "qui ont peur de la jeunesse". En témoignent les multiples reculades du pouvoir, de 1986, lors du mouvement contre la réforme Devaquet instaurant la sélection à l'entrée de l'université, à 2006, lors de la contestation du contrat première embauche. Cette peur provoque selon lui un "jeu pervers" : "Les responsables politiques font leurs réformes à la sauvette, sans tout dire de leurs intentions ni convaincre de la nécessité d'agir, ce qui provoque défiance et échec. La dernière réforme du lycée en est un bon exemple", assure le chercheur.

Les enseignants - et "le conservatisme des syndicats" - ont leur part de responsabilité, mais le sociologue se défend de les stigmatiser. Car "c'est un modèle que tout le monde partage dans la société". Les jeunes eux-mêmes défendent paradoxalement cette "égalité formelle", bien qu'ils en soient les premières victimes.

Le chercheur estime qu'il faut établir un nouveau pacte républicain entre l'école et la nation. Le haut-commissariat n'a pas la main sur les contenus et l'organisation de l'enseignement. "C'est un risque d'échec, reconnaît M. Galland. Si M. Hirsch conçoit sa mission comme l'instauration d'une politique transversale de la jeunesse, c'est intéressant, à condition qu'il ait les moyens de la mettre en oeuvre."

L'un des sujets les plus sensibles est la réorganisation annoncée du système d'information et d'orientation des élèves, réforme que plusieurs gouvernements ont tentée en vain. "C'est un enjeu absolument central, poursuit le chercheur. Dans un système éducatif aussi complexe que le nôtre, l'information est une ressource fondamentale. Les inégalités entre les jeunes sont ici énormes, et elles s'accroissent."

 

Benoît Floc'h

Article paru dans l'édition du 10.03.09

 

 


 

À quelles difficultés sont confrontés les jeunes ? (Le Point et AFP)

 

 Publié le 09/03/2009 à 17:42 Le Point.fr


Pauvreté, logement, chômage : les difficultés sont plus fortes pour les jeunes que pour les autres catégories de la population, rappellent les données publiées lundi par le Haut Commissariat à la Jeunesse.

En 2008, 8,18 millions de jeunes de 16 à 25 ans vivaient en France et représentaient 12,7 % de la population.


Pauvreté:

La pauvreté, très liée à la situation des parents vis-à-vis de l'emploi, affecte plus les jeunes : 20,2 % d'entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté (880 euros par mois), contre 13 % de l'ensemble de la population, et 15,5 % sont en situation de pauvreté en termes de conditions de vie, contre 12,2 % de l'ensemble de la population.


Logement:

- La majorité des 16-25 ans (57 %) vivent encore avec leurs parents, 18 % ont constitué une famille et 13 % vivent seuls.

- Les jeunes ayant quitté le foyer familial sont généralement locataires dans de grandes villes et occupent de petits logements, plus souvent de statut atypique (meublés, sous-locations, etc).


Scolarité:

- Plus de 40 % d'une génération obtiennent un diplôme du supérieur, près de 62 % d'une classe d'âge obtiennent le bac depuis 1995 et plus de 80 % des moins de 18 ans sont en cours d'étude depuis le début des années 1990, contre moins de la moitié une décennie plus tôt.

- La part de jeunes sans diplôme du secondaire, qui avait fortement baissé, s'est "stabilisée" depuis la fin des années 1990 autour de 17 %, soit 130.000 personnes. Et quelque 10 %, soit 75.000 jeunes, sortent du système scolaire sans diplôme.


Emploi:

- Le taux d'emploi des 16-25 ans (28,5 % au 4e trimestre 2008), est l'"un des plus faibles d'Europe" en raison de la durée de la scolarité, d'un moindre cumul études-emploi qu'ailleurs et des difficultés d'insertion professionnelle des moins diplômés.

- Plus d'un tiers des emplois occupés par les moins de 30 ans (35 %) sont des contrats temporaires ou aidés par l'État, contre moins de 15 % pour l'ensemble des salariés.


Chômage:






















- Le taux de chômage des actifs de 15-24 ans est l'"un des plus élevés d'Europe" (21,2 % au 4e trimestre 2008), notamment car les moins de 25 ans présents sur le marché du travail sont souvent peu ou pas diplômés et peinent à s'insérer.

- Moins de la moitié des jeunes au chômage perçoivent une indemnisation, contre 60 % des demandeurs d'emploi.

 

 


 

Lire en ligne    La politique en faveur de la jeunesse en France, InfoSynthèse, Ministère des Affaires étrangères et européennes, 2008.

 

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