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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 18:25

Le Monde publie en ligne deux articles qui apportent des éléments d'informations sur la siaution des jeunes:
- le premier article  tord le coup à certaines idées-reçues véhiculées avec plus ou moins de bonnes intentions tant par des ministres que par des journalistes.
- le second apporte un éclairage comparatif européen sur la situation des jeunes.

 



Dix idées reçues sur le chômage des jeunes

 

1) "En France, un jeune sur quatre est au chômage"

Depuis 1980, le taux de chômage des jeunes de 15 ans à 24 ans varie de 16 % à plus de 25 %, en fonction de la conjoncture. Le pic de 25 % a été dépassé en 1984 et 1997, l'a presque été en 2006 (23,9 %) et pourrait l'être à nouveau en 2009.

D'où l'affirmation selon laquelle "un quart des jeunes Français sont au chômage". En fait, le taux de chômage désigne le nombre de jeunes au chômage divisé par le nombre de ceux qui sont en emploi ou en recherche d'emploi. Or, 60 % des 15-24 ans sont élèves ou étudiants et 6 % sont inactifs. Si l'on rapporte le nombre de chômeurs à la totalité de la génération, et non aux seuls actifs, la part des jeunes au chômage varie alors de 7 % à 10 %.

Cela dit, le taux de chômage des jeunes est supérieur à la moyenne. D'une part parce qu'il frappe fortement les milliers de jeunes sans diplôme et sans expérience, contrairement à leurs aînés, même non diplômés. D'autre part parce qu'il surréagit aux aléas de la conjoncture. Alors que 40 % seulement des jeunes sortis du système éducatif en 1993 (la "génération 1993"), en pleine récession, ont trouvé un emploi dans l'année qui suivait, ils étaient 60 % dans ce cas dans la génération 2000, au début du boum Internet. Ils sont en effet les premières victimes du gel des recrutements en période creuse et sont plus que la moyenne en contrats précaires, qui servent de variable d'ajustement.

2) "La situation des jeunes sur le marché du travail est pire en France que dans les autres pays"

En 2008, le taux de chômage des 15-24 ans était en France de 18 % et la part des emplois précaires (CDD, intérim, contrats aidés) dans les emplois qu'ils occupent était de 49 %, la moyenne de l'Union européenne étant respectivement de 15,5 % et 37 %. Sept pays de l'Union faisaient pire que la France pour le taux de chômage et six en matière de précarité. Mais attention : les jeunes en apprentissage, nombreux dans la plupart des pays du nord et de l'est de l'Europe, y sont classés parmi les actifs, ce qui n'est pas le cas des Français suivant une formation professionnelle sous statut scolaire (sans contrat de travail). La base de calcul étant différente, la comparaison est délicate.

3) "Le diplôme ne sert plus à rien sur le marché de l'emploi"

Pour trouver un emploi, mieux vaut avoir un CAP de plombier qu'un doctorat, entend-on parfois. En fait, la qualité de l'insertion est proportionnelle au niveau de diplôme. En 2007, la proportion de jeunes au chômage dans la génération 2004 était cinq fois plus importante pour les non-diplômés que pour les titulaires de masters. Cette hiérarchie se retrouve dans les autres caractéristiques de la transition entre école et emploi : durée du chômage, précarité.

L'impression d'inutilité du diplôme provient plus du contraste avec la situation de plein emploi immédiat que connaissaient les diplômés de l'enseignement supérieur lorsqu'ils arrivaient en petit nombre sur le marché du travail, dans les années 1970. Aujourd'hui, tous les diplômés peuvent connaître des situations de chômage ou de précarité lors de leur parcours d'insertion, mais de façon plus ou moins répétée et durable selon leur niveau d'étude. Selon le Centre d'études et de recherche sur les qualifications (Céreq), les inégalités d'accès à l'emploi tiennent plutôt à l'origine : les jeunes issus de l'immigration maghrébine connaissent, à chaque niveau de diplôme, une trajectoire plus difficile que la moyenne.

4) "Les jeunes ne trouvent que des emplois précaires"

Le premier emploi occupé par les jeunes de la génération 2004 était à 78 % à durée déterminée et un sur cinq était à temps partiel. Seulement 50 % de la génération 2000 a connu cette précarité, et 25 % de la génération 1984. C'est le résultat des innombrables "plans jeunes" qui, considérant les formations inadéquates aux besoins des entreprises, ont voulu donner aux jeunes une "première expérience" en incitant les employeurs à les embaucher par un abaissement du coût de leur travail... limité dans le temps, eu égard à l'état des finances publiques, et donc... pour une durée déterminée. L'effet d'aubaine a joué à plein, faisant de la trajectoire d'insertion des jeunes une succession de séquences alternant emploi, chômage et passages en "dispositif d'insertion".

Pourtant, trois ans après la sortie de l'école, les deux tiers de la génération 2004 travaillaient en CDI, et 87 % à temps complet. Mais l'entrée directe dans l'emploi et la formation sur le tas par l'entreprise qui, pour récupérer cet investissement, s'applique à conserver sa main-d'oeuvre, ne sont plus qu'un lointain souvenir des années 1970.

5) "Les diplômés ont des emplois déqualifiés"

Selon une enquête menée en 2005 par le Céreq auprès de 4 000 entreprises, 28 % des débutants recrutés sur un poste d'ouvrier non qualifié avaient le niveau bac ; 46 % des employés et des ouvriers qualifiés avaient un diplôme de l'enseignement supérieur. La très forte hausse du nombre de diplômés aurait submergé les capacités de l'économie à offrir les emplois correspondants.

Mais au bout de trois ans, montre le Céreq, le niveau d'emploi (cadre, ouvrier, employé) finit par correspondre au diplôme. En revanche, le métier ou la branche ne correspond pas toujours à la filière de formation suivie. Autrement dit, les compétences générales, plutôt que la "compétence immédiatement exploitable" tant réclamée par les entreprises, sont, à la longue, valorisées par le marché du travail.

6) "Il n'y a pas de formation professionnelle à l'université"

La situation des universitaires, trois ans après l'obtention d'un master, est un peu moins favorable que celle des diplômés des grandes écoles : 90 % des titulaires de masters lettres-sciences humaines (LSH), gestion et droit, sont en emploi, dont 73 % en CDI, contre 93 % et 91 % pour les diplômés d'écoles de commerce ; 89 % et 72 % pour les titulaires de masters en sciences et techniques, contre 94 % et 89 % pour les ingénieurs. Les lycéens préfèrent donc les filières sélectives aux universités, soupçonnées de ne pas offrir de débouchés. Historiquement, les universités ont été créées au Moyen Age pour préparer à trois professions : médecine, droit et théologie.

Elles possèdent toujours le monopole des deux premières, et la troisième a été remplacée, sous Napoléon Ier, par la préparation au métier d'enseignant, qu'elles assument toujours. En 2005, 43 % des diplômés sortis de l'enseignement supérieur en 2000 travaillaient dans la fonction publique. Les effectifs des formations de médecins, juristes, enseignants, plus des masters et licences professionnels, représentent plus de la moitié des étudiants des universités.

7) "Il y a trop d'étudiants dans les filières qui ne débouchent sur rien (lettres, sciences humaines), pas assez dans celles où l'on recrute (sciences, techniques)"

Jusqu'au niveau de la licence, les indicateurs d'insertion des filières tertiaires, LSH, droit et gestion, sont moins favorables que ceux des filières industrielles, technologiques et scientifiques. Au niveau master, en revanche, ils sont équivalents. Par ailleurs, le différentiel d'insertion entre "littéraires" et "scientifiques" est étroitement lié aux cycles économiques... et politiques. Les premiers bénéficient des vagues de recrutement d'enseignants, mais souffrent des périodes de restriction budgétaire. Les seconds bénéficient de la hausse de la croissance et souffrent de son ralentissement.

Un rapport de l'Académie des sciences de 2004 relativise la supposée "désaffection" pour les études scientifiques. Celles-ci représentaient 36 % des effectifs du supérieur en 1996, 35 % en 2000 et 34 % en 2004. En revanche, les transferts ont été importants, aux dépens des sciences et filières fondamentales et au bénéfice des sciences appliquées et des filières à vocation professionnelle. Ce n'est donc pas l'intérêt pour la science qui fléchit, mais plutôt la conviction qui augmente que les emplois d'ingénieurs dans le privé sont mieux payés que ceux de chercheurs à l'université...

8) "Il n'y a plus d'emploi dans les grandes entreprises ; seules les PME recrutent"

Alors que les jeunes ont tendance à rechercher le confort de l'emploi dans une grande entreprise, ce serait en réalité les PME qui auraient le plus besoin de recruter. Mais l'Insee a montré que les PME indépendantes ont, comme les grandes entreprises, détruit plus d'emplois qu'elles n'en ont créés dans les années 1990. Ce sont les PME dépendantes des grands groupes - filiales, sous-traitantes, PME indépendantes rachetées par un groupe - qui en ont créé le plus. Ce qui rend l'emploi global très dépendant, en définitive, de la santé des grandes entreprises.

9) "Le système éducatif est incapable de fournir les compétences dont les entreprises ont besoin"

Les employeurs critiquent volontiers la faible connaissance des réalités de l'entreprise dont font preuve les jeunes sortant de l'école. L'alternance serait le meilleur mode d'acclimatation des jeunes à la réalité du travail.

Mais la mise au point de formations "collant" étroitement aux besoins des entreprises présente une difficulté majeure : ces besoins évoluent rapidement, tant qualitativement - arrivée de nouvelles technologies, évolution de la demande sur le marché - que quantitativement - aléas de la conjoncture économique, sort incertain de l'entreprise (restructurée, rachetée, fusionnée...). Or, il faut de quatre à dix ans (selon le niveau) entre le moment où une demande précise est adressée à l'appareil de formation, et celui où une première promotion peut sortir sur le marché du travail.

Surtout, la réponse à cette assertion exige un débat politique sur les missions de l'école. Doit-elle former des citoyens cultivés et exercés à pratiquer la raison critique, au risque, selon ses détracteurs, de perpétuer des savoirs ankylosés incapables de répondre à la demande économique et sociale ? Ou doit-elle dispenser un savoir tourné vers des applications nécessaires à la performance économique, au risque, disent les opposants à cette idée, de vouloir former des salariés disciplinés au service d'intérêts particuliers, au détriment de la connaissance scientifique et de l'intérêt général ?

10) "Les départs massifs à la retraite vont régler le problème du chômage des jeunes"

La démographie française est ainsi faite que les classes d'âge les plus nombreuses, qui ont bénéficié du plein emploi des "trente glorieuses" (1945-1975), commencent à partir en retraite au moment où les classes d'âge les moins nombreuses, nées dans les années 1980, arrivent sur le marché du travail. D'où une pénurie de main d'oeuvre qui frapperait les entreprises... et soulagerait les statistiques du chômage.

Mais ce raisonnement arithmétique ne tient pas compte du fait que la situation n'est pas la même d'un secteur, voire d'une entreprise à l'autre : l'industrie automobile a certes un effectif vieillissant, mais elle recrutera moins que l'informatique, dont la pyramide des âges est plus jeune. De plus, nombre de secteurs peuvent pallier les départs par le recours aux technologies, aux délocalisations ou à l'immigration.

La nécessité d'élever le plus possible de jeunes à un niveau de formation suffisamment élevé pour qu'ils puissent s'adapter au monde mouvant du marché du travail restera encore, et pour longtemps, à l'ordre du jour.

 

Antoine Reverchon

Article paru dans l'édition du 19.05.09

LE MONDE ECONOMIE | 18.05.09 | 15h39  •  Mis à jour le 19.05.09 | 12h08


 

Emploi des jeunes : comment font nos voisins européens

 

Au Royaume-Uni, un chômeur sur trois est âgé de 18 ans à 25 ans

Les jeunes sont les premières victimes de la montée du chômage au Royaume-Uni. Selon les dernières données publiées par l'Office national des statistiques (ONS) mardi 12 mai, ils étaient 676 000 hommes et femmes de 18 à 25 ans à chercher un emploi au premier trimestre 2009. Soit un taux de chômage de 16,1 % pour cette classe d'âge alors qu'il atteint 7,1 % (2,22 millions d'individus) pour l'ensemble de la population.

Les 18-25 ans représentent donc aujourd'hui plus de 30 % des chômeurs britanniques et ce pourcentage pourrait approcher les 40 % d'ici un an alors que le nombre de demandeurs d'emplois, lui, serait supérieur à 3 millions. Il faut dire que les perspectives sont sombres pour cette nouvelle génération qui arrive sur le marché du travail.

Même ceux qui ont fait des études connaissent des difficultés. Les entreprises, confrontées à une récession sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, ont considérablement revu à la baisse leurs prévisions d'embauche de jeunes diplômés.

Selon l'Association of Graduates Recruiters, qui a interrogé au début de l'année 250 entreprises, les postes qui sont mis à la disposition des promotions 2009 - qui devraient représenter un record de 400 000 jeunes - sont en baisse de 5,4 % sur 2008. Et, pour la première fois depuis trente ans, les salaires proposés (rémunération médiane de 25 000 livres par an, soit environ 28 000 euros) sont stables par rapport à l'année précédente.

La presse britannique parle d'une "génération sacrifiée". Celle que le premier ministre, Tony Blair, a poussée à l'université en lui promettant des emplois rémunérateurs. Celle qui s'est endettée pour se payer des études dont elle pensait qu'elles lui garantiraient un avenir confortable. En 2007, les étudiants qui sortaient de l'université devaient en moyenne rembourser 12 000 livres. Depuis 2006, les droits d'inscription ont augmenté et les experts s'accordent à penser que la promotion 2009 sera plutôt endettée à hauteur de 20 000 livres.

Pour ceux que l'ONS appelle les "Neets" ("not in education, employment or training", c'est-à-dire ceux qui n'étudient pas, ne travaillent pas et ne sont pas en formation continue), l'avenir est encore plus sombre. Ils représentent 13 % de leur classe d'âge et sont promis, d'après toutes les statistiques qui existent à leur sujet, à une vie faite d'incertitudes et de précarité. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en 2007, soit avant que la récession ne survienne, seuls 45 % des jeunes britanniques sans qualification avaient trouvé un emploi un an après avoir quitté l'école.

Les travaillistes, lorsqu'ils sont arrivés au pouvoir en juin 1997, avaient fait du recul du chômage des jeunes, qui s'était massifié dans les années 1980 de Margaret Thatcher, une de leurs priorités. M. Blair avait mis au point un "New Deal" fait de formation, d'apprentissage et d'emplois subventionnés, qui devait permettre de résoudre le problème. Les résultats ont été décevants, et ce malgré la forte croissance que la Grande-Bretagne a connue dans les dix années qui ont suivi.

Le taux de chômage des 18-25 ans, de 13,6 % en juin 1997, a baissé régulièrement jusqu'en 2004 pour atteindre 10,4 %, avant de remonter. Mais il a toujours représenté plus du double du taux de chômage national.

Qui plus est, le New Labour, malgré sa volonté d'accroître les effectifs universitaires, n'est pas parvenu à réduire la place des "Neets" dans la population. Au contraire : ils représentaient 11,6 % de la classe d'âge en 1997, c'est-à-dire moins qu'aujourd'hui.

Le seul domaine où M. Blair soit parvenu à un résultat en matière de lutte contre le chômage des jeunes est le chômage longue durée, de plus d'un an. En 1997, 23,3 % des moins de 25 ans sans emploi l'étaient depuis plus d'un an. Au premier trimestre 2009, ce taux était de 17,8 %.

Gordon Brown, qui a pris la succession de M. Blair en juin 2007, sait à quel point une jeunesse sans avenir peut être dangereuse. Il se souvient des émeutes de Brixton et de Toxteth et a en tête les mouvements de jeunes en Grèce fin 2008.

Alors qu'il est donné largement perdant pour l'élection qui doit se tenir d'ici à la mi-2010, le premier ministre tente d'éviter le pire. Son budget pour 2009-2010, pourtant restreint par une dette qui explose, consacre près de 1 milliard de livres à l'emploi des jeunes : l'idée est de subventionner toute embauche, fût-elle à durée déterminée, d'un moins de 25 ans sans emploi depuis plus d'un an, par une collectivité locale ou par une entreprise privée oeuvrant dans le domaine social. Une recette qu'avait également tentée Mme Thatcher en son temps. Sans grand succès.

Virginie Malingre (Londres)

 

 

Le "modèle suédois" peine à intégrer les moins qualifiés

Ce sont des chiffres qui choquent les Suédois : alors que le taux de chômage est relativement bas en Suède, non seulement celui des jeunes augmente deux fois plus vite que pour le reste de la population, mais il est proche des records européens : 24,4 % pour les 15-24 ans au 1er trimestre 2009, avec une augmentation de 3,9 % par rapport à l'année précédente (contre 7,8 % en moyenne, + 1,5 % par rapport au 1er trimestre 2008).

SCB, l'Institut des statistiques suédois qui vient de publier son dernier rapport le 7 mai, note toutefois que 70 % des 15-19 ans et 25 % des 20-24 ans sont étudiants à temps plein, et que 88 % des étudiants inscrits au chômage se considèrent avant tout comme étudiants. Mais ils ne sont que 73 % dans ce cas chez les 20-24 ans.

Au cours des vingt années passées, l'âge d'établissement dans la vie professionnelle, celui auquel 75 % d'une génération est au travail, est passé de 21 à 26 ans. L'exigence de diplôme a augmenté, ce qui met en difficulté les jeunes, encore relativement nombreux, qui ne terminent pas le lycée. Ils sont deux fois plus qu'il y a vingt ans à n'obtenir que des emplois précaires. Les périodes d'essai de six mois sont devenues la norme, durant lesquelles les salariés peuvent être licenciés du jour au lendemain.

Les jeunes sont bien moins syndiqués que leurs aînés. Parmi ceux qui le sont, environ 40 % des adhérents de moins de 30 ans à la principale Confédération syndicale LO ont un contrat précaire. Dans les milieux patronaux, on questionne aussi l'attitude de nombreux jeunes qui ne veulent pas accepter des petits boulots peu valorisants et préfèrent bénéficier d'allocations chômage plutôt généreuses.

Pour le ministre du marché du travail, Sven-Otto Littorin (conservateur), ces chiffres élevés sont en partie un malentendu. "Il suffit qu'un étudiant dise qu'il cherche un petit boulot, ne serait-ce qu'une heure par semaine, pour qu'il soit enregistré comme chômeur dans les statistiques, déclare-t-il. Si vous enlevez les jeunes qui n'étudient pas ou n'ont pas de petit boulot, vous tombez à 6 % de chômage chez les moins de 25 ans. Ce sont ceux-là qui m'intéressent, ce sont eux qui risquent de tomber dans le cercle infernal du chômage longue durée." Per Isling, directeur de l'information de Svenskt Näringsliv, l'organisation patronale suédoise, est sceptique. "Le problème est que le chômage des jeunes reste élevé, que nous soyons dans une période de croissance ou non."

Pour le patronat, il y a trois raisons au problème. D'abord la rigidité de la législation, qui adopte le principe du dernier embauché premier viré. Elle contribue, selon l'organisation patronale, à maintenir les jeunes dans la précarité, car il est plus coûteux de licencier quelqu'un en CDI.

Ensuite, les salaires d'embauche sont trop élevés. Cet argument patronal était aussi celui de l'actuelle ministre de l'économie, Maud Olofsson qui, début 2006, alors qu'elle était encore dans l'opposition, prônait de copier feu le modèle français de CPE pour éradiquer le chômage des jeunes. "Dans l'industrie manufacturière, disait-elle, une personne de 25 ans gagne 86 % du salaire moyen de la branche tandis qu'une personne de 45 ans gagne 106 % de ce salaire moyen. En d'autres termes, il est proportionnellement plus cher d'employer un jeune sans expérience et meilleur marché d'employer une personne d'âge moyen avec une longue expérience." Elle proposait de réformer le droit du travail afin d'étendre la période d'essai des moins de 26 ans, pendant laquelle l'entreprise peut s'en séparer du jour au lendemain, de six mois à deux ans. La réaction des syndicats l'a incité à plus de prudence une fois au gouvernement. Toutefois, depuis le 1er janvier, les charges patronales ont été réduites de moitié pour les salariés de moins de 25 ans.

Enfin, l'entrée en contact des jeunes avec la vie professionnelle intervient trop tard. La Suède est l'un des rares pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), avec le Japon, la Corée du Sud et l'Espagne, à ne pas être doté d'un vrai système d'apprentissage. Celui-ci se fait dans le cadre scolaire. Sur les dix-sept filières de trois ans proposées au niveau du lycée, la plupart sont très spécialisées. Certaines ont aussi une orientation plus locale, axée sur les industries régionales.

Les programmes doivent inclure au moins quinze semaines de pratique sur un lieu de travail en dehors de l'école, soit environ 15 % du temps d'étude. Les critiques estiment que la part théorique est trop importante pour des élèves qui n'ont pas un profil académique. Résultat, environ la moitié des élèves ne vont pas au bout de leur formation. "Nous avons actuellement un projet de loi qui va être discuté au Parlement pour créer des lycées professionnels", déclare Sven-Otto Littorin. L'objectif de ces filières renforcées sera de déboucher sur un emploi.

Olivier Truc (Stockholm)

 

 

En Espagne, les trentenaires rentrent chez papa-maman

Dans un pays qui a franchi en mars le seuil de quatre millions de demandeurs d'emploi, un chômeur sur cinq a moins de 25 ans. Chez les jeunes Espagnols, le taux de chômage atteint 35,7 %, selon l'enquête sur la population active (EPA) publiée en avril. Sur les 808 500 jeunes entre 16 et 25 ans qui sont sans travail, 308 000 ont perdu leur emploi au cours des douze derniers mois. Le chiffre illustre la brutalité de la crise qui frappe l'économie espagnole, mais aussi la précarité des emplois créés par centaines de milliers dans les dix ans de croissance qu'a connus le pays. En quelques mois, le taux de chômage des moins de 25 ans a quasiment retrouvé son niveau de 1998 (37 %).

Cette parenthèse d'expansion a été marquée par la systématisation des contrats à durée déterminée pour les jeunes entrant sur le marché du travail et les cinq millions d'immigrés venus répondre aux besoins de main-d'oeuvre dans le bâtiment et les services. La timide émancipation dont avait fait preuve la jeunesse espagnole au cours de ces années est terminée : les trentenaires, sans emploi et parfois avec un crédit immobilier sur le dos, doivent retourner chez papa-maman. Entre 2002 et 2007, le pourcentage d'Espagnols prenant leur indépendance avant l'âge de 30 ans était passé de 35,1 % à 44,9 %. Aujourd'hui, la courbe a repris la pente qui était la sienne avant l'embellie économique des années 2000 : le nombre des "Tanguy" n'avait cessé de croître de 1977 à 2001.

En Espagne, comme au Portugal et en Italie, la famille sert traditionnellement d'amortisseur social. Malheureusement, le nid que les jeunes retrouvent n'est pas toujours aussi douillet qu'à leur départ. Le chômage frappe aussi la tranche d'âge de leurs pères : 22 % des chômeurs sont des hommes entre 45 et 64 ans. Et dans plus d'un million de foyers, aucun membre de la famille n'a de travail. De plus en plus, les enfants doivent non seulement contribuer, mais parfois subvenir entièrement aux besoins de la famille avec leurs salaires de "mileuristas" (néologisme désignant ceux qui gagnent moins de 1 000 euros).

Les bas salaires ne concernent pas seulement les "petits boulots", car la période d'euphorie économique n'a pas profité aux diplômés. Selon l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), plus de 40 % des travailleurs espagnols de 16 à 30 ans ont un emploi sous-qualifié par rapport à leur niveau de formation. Pour le syndicat Comisiones Obreras (CC.OO.), 1,3 million de diplômés de l'enseignement supérieur ont un emploi sans rapport avec leurs études. Une étude récente de la banque catalane La Caixa révèle que l'écart de rémunération entre les jeunes issus de l'université et ceux qui ont arrêté leurs études à la fin du secondaire a diminué de 40 % entre 1997 et 2004.

Jean-Jacques Bozonnet (Madrid)

 

L'apprentissage à l'allemande mis à mal

A l'automne 2008, le groupe Würth a accueilli une centaine de nouveaux apprentis. Répartis dans presque tous les services et métiers de la société, ces jeunes "azubis" (abréviation de Auszubildende, apprenti en allemand), passeront trois ans chez le fabricant allemand de vis et boulons, établi dans la riche région du Bade-Wurtemberg (sud-ouest). A la fin de leur formation en alternance, près de 90 % d'entre eux se verront proposer un contrat de travail à durée indéterminée.

"Cela fait six décennies que Würth fonctionne ainsi, explique Thomas Wagner, responsable du service formation. Nous recrutons presque exclusivement notre personnel parmi nos apprentis, car ils sont exactement formés au métier qu'ils doivent exercer chez nous, et nous savons ce qu'ils valent."

Würth incarne ce que l'apprentissage à l'allemande peut offrir de meilleur. Outre-Rhin, près des deux tiers d'une classe d'âge passe encore aujourd'hui par ce système "dual" : la moitié du temps en entreprise, l'autre moitié sur les bancs d'une école professionnelle, pendant environ trois ans. Loin d'être considérées comme un pis-aller réservé aux élèves en échec scolaire, les études en alternance constituent le premier pont vers l'emploi et un rempart efficace contre le chômage des jeunes. De fait, l'Allemagne affiche toujours l'un des taux les plus bas d'Europe.

Cette résistance est-elle à toute épreuve ? Pas sûr. Dans le sillage de la crise, le nombre de sans-emploi parmi les 15-25 ans a déjà amorcé une nette remontée : en hausse de 14,2 % en avril sur un an, le taux brut se situe désormais à 8,1 %... et grimpe même à 9,9 % pour la tranche des 20-25 ans. "Moins ils sont qualifiés, plus ils sont menacés", précise Brigitte Schels, de l'institut de recherche sur le marché du travail IAB. "Mais on ne remarque pas encore de gros décrochage entre l'ensemble des jeunes et le reste de la population active", note l'experte.

Du côté des syndicats, l'efficacité de l'apprentissage en temps de crise économique est mise en doute. D'autant que de plus en plus d'entreprises se sont désengagées du système de gestion paritaire voilà déjà plusieurs années. Motif invoqué : des coûts trop élevés et un niveau souvent insuffisant chez les jeunes. Résultat, plusieurs dizaines de milliers de candidats restent chaque rentrée sur le carreau. Parallèlement, des places sont non pourvues, faute de profils adaptés.

Comme lors de chaque période de ralentissement économique, les entreprises risquent de temporiser encore davantage. Pour l'année écoulée, 600 000 contrats de formation ont été signés. Selon une estimation de la chambre de commerce et d'industrie (DIHK), ce nombre devrait diminuer de 5 % à 10 % à la rentrée prochaine. Würth, par exemple, envisage de diviser par deux son offre. "Cela ne sert à rien de sélectionner trop de jeunes si nous n'avons pas de proposition d'embauche à leur faire ensuite", fait valoir M. Wagner.

En outre, la transition apprentissage-recrutement ne va pas toujours de soi, contrairement à ce qui se passe chez le fabricant de boulons : en moyenne, seulement la moitié des "azubis" ayant réussi à obtenir leur diplôme se voit offrir un contrat à durée indéterminée. Et les disparités restent fortes entre l'ouest du pays et l'ex-République démocratique allemande, toujours à la traîne près de vingt ans après la réunification.

"Avec la crise, il y a fort à parier qu'encore plus d'entreprises se sépareront de leurs apprentis dès la fin de la formation", redoute Alexander Herzog-Stein, expert à la Fondation Hans-Böckler, un centre de recherche proche des syndicats. Face à ce risque, quelques pistes de réflexion sont ouvertes. La confédération syndicale DGB voudrait, par exemple, imposer que les jeunes sous contrat temporaire puissent profiter des mesures de chômage partiel, au même titre que n'importe quel salarié. Autre suggestion : s'engager à ce que tout jeune chômeur se voit proposer, dans un délai de trois mois, une offre de qualification.

La prise en charge des moins de 25 ans a déjà été renforcée à l'époque des réformes du marché du travail du chancelier Gerhard Schröder. Dans les "jobs centres", guichets uniques d'indemnisation et d'accompagnement, un conseiller est chargé du suivi de 70 chômeurs maximum pour cette tranche d'âge, contre 150 pour les demandeurs d'emploi plus âgés.

Malgré les mauvais chiffres, le débat reste embryonnaire et porte plus sur la situation du marché du travail en général que sur la problématique des jeunes. "A partir de l'été, nous aurons une meilleure évaluation des dégâts sur le marché de l'apprentissage, indique Wilhelm Adamy, expert au DGB. D'ici là, il ne faut pas donner l'impression aux entreprises que nous gérons le problème à leur place et qu'elles peuvent s'exonérer de leur responsabilité." En attendant, le gouvernement essaie de faire monter la pression sur les fédérations patronales. "Il serait immoral de ne proposer aucune place d'apprentis aux jeunes, seulement parce qu'ils ont eu la malchance de finir l'école la mauvaise année", a déclaré le ministre du travail Olaf Scholz début mai.

Marie de Vergès (Berlin)

 

 

Les Pays-Bas ont instauré une "obligation de travailler"

Work First" ou "Travaillez d'abord". C'est devenu le mot d'ordre aux Pays-Bas. Depuis 2008, les jeunes ne peuvent pas introduire une demande d'allocation de chômage s'ils n'ont jamais eu d'emploi. Les autorités les obligent à reprendre des études ou à accepter un travail, voire à combiner les deux. Les communes sont tenues de leur faire des propositions. Et si les jeunes demandeurs refusent ce système dit de "confrontation directe" avec le marché de l'emploi, ils n'auront pas droit aux indemnités légales.

La ville de Groningue (au nord des Pays-Bas) a poussé l'expérience. Elle oblige le jeune demandeur à accepter un travail manuel à vocation sociale durant six semaines. Et elle estime son bilan plus que positif : 24 % de jeunes chômeurs en moins depuis l'entrée en vigueur de la mesure, pour - 15 % dans le reste du pays, en moyenne. Au bout des six semaines, 60 % des jeunes de Groningue renoncent à demander une allocation et plus de la moitié d'entre eux décrochent rapidement un travail.

Dans l'esprit des pouvoirs publics, la pratique du "Work First" doit décourager la "dépendance" des jeunes aux indemnités. Selon un premier bilan, elle a entraîné une diminution du nombre de demandeurs d'emploi, mais aussi le retrait d'une partie des jeunes du marché du travail. Au total, 50 000 jeunes ne seraient, aujourd'hui, ni à l'école ni au travail.

Les - rares - critiques du travail obligatoire parlent d'une "mise à l'emploi hypothétique", sans réelle médiation entre le jeune et l'employeur. Mais, confrontée à une pénurie de main-d'oeuvre, l'économie néerlandaise s'est bien accommodée de telles pratiques.

En juillet 2008, le gouvernement décidait, par ailleurs, de limiter à une année au maximum la période de chômage. Au bout de ce délai, le demandeur d'emploi est contraint d'accepter toute proposition qui lui est faite. En compensation d'une éventuelle déqualification, il bénéficie d'un complément salarial versé par les pouvoirs publics.

Objectif affiché par le gouvernement comme par le parti libéral, dans l'opposition : remettre 100 000 personnes au travail et remédier à la carence de main- d'oeuvre dans les services et l'industrie, où plus de 250 000 postes sont vacants.

Jusqu'ici, la crise économique n'entraîne pas de remise en cause de cette politique. Si elle sévit aux Pays-Bas comme ailleurs en Europe, elle n'a, en effet, pas encore entraîné d'effet vraiment dommageable sur l'emploi.

Au premier trimestre, le taux de chômage s'est élevé à 4,4 % et est resté globalement stable depuis un an. Les hommes (+ 0,5 %) et les jeunes (+ 1 %) sont cependant les deux groupes qui connaissent un peu plus de difficultés. Au total, 10 % des Néerlandais de moins de 25 ans sont aujourd'hui au chômage.

Un chiffre qui laissera rêveur plus d'un de leurs voisins mais qui, toutefois, commence à inquiéter les jeunes. Ces derniers sont en particulier victimes de la diminution du nombre de petits boulots, qui permettent à beaucoup d'entre eux de travailler tout en étudiant.

Le gouvernement de Jan Peter Balkenende a transformé l'emploi des jeunes en priorité nationale. Le plan de relance de 6 milliards d'euros annoncé en avril inclut la réédition d'un programme qui a déjà créé 40 000 emplois pour les moins de 25 ans depuis 2003.

Mais cette politique a toutefois quelques aspects que préfèrent dissimuler les pouvoirs publics. Et d'abord le fait que, depuis 2002, le chômage des jeunes d'origine étrangère a doublé. Il atteint 40 % au total, selon les dernières statistiques du Bureau du plan social et culturel (SCP).

Autre caractéristique de l'emploi des jeunes : une très forte flexibilité. Le recours au temps partiel est la règle, notamment pour les jeunes femmes qui, si elles deviennent mères, sont alors confrontées à la pénurie de crèches. En revanche, à 25 ans, 10 % des travailleurs seulement sont en contrat à durée indéterminée.

Très axé sur l'emploi, le système éducatif néerlandais a, quant à lui, engagé un dialogue permanent avec le monde de l'entreprise pour faciliter l'établissement de "passerelles". Les syndicats et les employeurs de certains secteurs d'activité ont signé des accords pour permettre aux jeunes d'approfondir leur formation tout en travaillant. Ils reçoivent quelque 7 000 euros par an pour retourner à l'école quelques heures par semaine.

Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles)

 

LE MONDE ECONOMIE | 18.05.09 | 15h50  •  Mis à jour le 18.05.09 | 15h50

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commentaires

powered sem 15/07/2014 14:45

Wow! The read took me to a different world and I cannot stop myself from saying this as this is wonderfully written. This is not the myths this is true at least some time that the youth unemployment is a common problem nowadays.

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