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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 17:36

La guerre écologique que se livrent l'Argentine et l'Uruguay depuis 2006 se poursuit devant la Cour internationale de justice (CIJ) à La Haye, aux Pays-Bas, depuis le lundi 14 septembre.

La pollution du Rio de la Plata est au coeur de la bataille juridique engagée par les deux Etats voisins. L'Argentine reproche à l'Uruguay d'avoir avalisé, en 2003 et 2004, sans l'avoir informée ou consultée, la construction de deux usines de cellulose sur les rives du fleuve qui sépare les deux pays, en violation d'un traité signé en 1975.

Malgré le dépôt d'une plainte en mai 2006 devant la Cour internationale de justice - une juridiction des Nations unies chargée de régler les différends entre Etats -, une première usine du papetier finlandais Botnia a ouvert ses portes le 9 novembre 2007 dans la ville portuaire de Fray Bentos. L'Argentine, qui avait demandé à la Cour de prendre des mesures d'urgence et de faire cesser la construction des infrastructures avant de rendre sa décision sur le fond, avait été déboutée.

"Algues toxiques"

Au cours de l'audience du 14 septembre, l'ambassadrice argentine, Susana Ruiz Cerutti, a estimé que cette usine "décharge chaque jour d'énormes quantités de polluants dans l'eau et dans l'air" et "provoque des dommages irréversibles pour l'écosystème du fleuve".

Selon l'Argentine, la pollution provoquée par l'usine, qui a nécessité un investissement d'un milliard de dollars (688 millions euros) et a une capacité annuelle de production d'un million de tonnes de pâte à papier, a entraîné "la floraison d'algues toxiques d'une envergure jamais constatée", s'étendant "jusqu'à 25 kilomètres en amont du fleuve", et est constituée de "substances hautement toxiques et largement interdites". Pour Buenos Aires, la construction de tels sites de production, qui menacent la pêche, le tourisme et la santé des riverains, ne pourrait pas être autorisée en Europe.

L'Uruguay, qui présentera ses propres arguments la semaine prochaine, estime, au contraire, que les installations sont conformes aux normes strictes qui sont utilisées au sein de l'Union européenne. Le pays accuse également l'Argentine d'utiliser "des techniques au chlore" dans ses propres usines à papier. La seconde usine est, elle, toujours en projet. Le papetier espagnol Ence, qui, depuis, a revendu le projet au finlandais Stora Enso et au chilien Arauca, avait décidé de déplacer la construction de ses infrastructures vers le sud, à plusieurs dizaines de kilomètres de la frontière argentine.

Près de 300 000 personnes vivent dans la région, et depuis 2006 les habitants de la rive argentine manifestent contre ces installations présente et à venir, dont la production attendue de deux millions de tonnes de cellulose par an est destinée au marché européen. Devant les magistrats de La Haye, Susana Ruiz Cerutti a affirmé que l'usine dégage "des odeurs insupportables qui renouvellent les inquiétudes et les peurs des habitants de la région, qui craignent pour leur santé".

Fin novembre 2006, l'Uruguay avait à son tour déposé plainte devant les juges de la CIJ, arguant que le blocage par les manifestants argentins des ponts et des routes, points stratégiques pour circuler, avaient des conséquences graves sur l'économie de la région, notamment sur le tourisme. Mais Montevideo avait été débouté. Les deux Etats présenteront leurs arguments devant la Cour jusqu'au 2 octobre, mais la décision n'est pas attendue avant plusieurs mois.

 

Stéphanie Maupas

Article paru dans l'édition du 16.09.09

 

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