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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 11:48

AppelGalDeGaulle18juin40-9cb58Denis Peschanski: le 18 juin 1940 au-delà du grand bataclan mémoriel

18 Juin 2010 Par

Antoine Perraud

 

 Le 70e anniversaire de l'Appel du 18 juin 1940 donne lieu à un bataclan mémoriel, dont le foisonnement baroque (son et lumière à tous les étages), aux antipodes des cérémonies hiératiques d'autrefois au mont Valérien, pimente l'amnésie sous couvert d'entretenir le souvenir.

La fantaisie commémorative ayant ses limites, l'un des tout derniers témoins mais l'un des tout premiers historiens de l'époque, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, s'est refusé à cautionner une nef qui dégénéra en galère à ses yeux: le téléfilm diffusé sur France 2 à 20h35 ce 18 juin 2010:

 

 

 

 

 

 

Grigri du gaullisme, l'appel du 18 juin 1940 se résume à une phrase, en forme de tautologie chère au général: «Cette guerre est une guerre mondiale.» Aux partisans de l'amputation (imposer un régime anti-démocratique en régénérant la patrie à partir de son cœur préservé, comme le fit la Prusse en 1806), Charles de Gaulle opposa l'abandon (transporter la légitimité nationale et la démocratie ailleurs, en un monde en voie de globalisation). Alors qu'il semblait illustrer le vers de Corneille (Sertorius, acte III, scène 1): «Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis», l'homme du 18 juin percevait la mondialisation, là où Pétain ne pensait qu'en termes de Première Guerre mondiale, elle-même reflet des campagnes napoléoniennes.

 

Un rituel ambitionnant le chevaleresque

Rétrospectivement, Charles de Gaulle s'est appliqué à définir son pari en forme de prophétie autoréalisatrice, comme l'acte d'un stratège rationnel, à l'opposé du haut-le-corps éthique et romantique perdu d'avance. Il a de surcroît ajusté le sursaut patriotique de la France Libre en épopée de la conscience universelle antinazie, mêlant à égalité l'amour de la nation et la passion de la liberté.

Autre maquillage, l'enregistrement de son discours n'ayant opportunément pu se faire, les propos édulcorés qu'il avait dû tenir au micro, sur pression du cabinet britannique, le 18 juin 1940 au soir, disparurent de la version imprimée dans la presse britannique le lendemain, dans le premier Bulletin officiel des Forces françaises libres (15 août 1940), ainsi que de l'édition des Discours et messages à partir de 1941.

Même si ce n'est pas son principal apport, ce général de brigade à titre temporaire est entré dans l'Histoire en faisant mentir l'adage: «La plume est serve mais la parole est libre.»

L'exhortation devenue fondatrice, voici comment l'analyse pour Mediapart Denis Peschanski, directeur de recherches au CNRS, membre du laboratoire d'histoire sociale du XXe siècle (CNRS-Paris I):

 

 

 

 

Le discours sera, de bout en bout, un fil rouge érigé en mythe. Célébré dès l'occasion de son premier anniversaire, le 18 juin 1941 au Caire, par l'auteur soi-même, il deviendra finalement l'occasion des seules manifestations semi-publiques de l'ex-président de Gaulle, réfugié à La Boisserie après avoir quitté l'Élysée (Irlande le 18 juin 1969, Espagne le 18 juin 1970).

Acte fondateur et source d'une légitimité trouvant ses racines dans l'Ancien Régime (le microphone de la BBC devenant l'équivalent de la sainte ampoule du sacre des rois de France à Reims!), l'appel du 18 juin donna lieu à un rituel ambitionnant le chevaleresque au mont Valérien. Charles de Gaulle signa en novembre 1945 le décret établissant un mémorial de la France combattante sur cette colline dominant Paris, où plus de mille résistants et otages furent fusillés par l'occupant nazi. Le 18 juin 1960, en une pompe quasi féodale, le général inaugura le lieu. La veille, dans la nuit, à la lueur des flambeaux, les cercueils de seize combattants symboliques de toutes les formes de résistance avaient été transférés au sein d'une crypte et ensevelis dans des sépulcres entaillés. Au centre, une urne renferme des cendres recueillies dans différents camps de concentration. Un caveau demeure vide, le n° 9, dans l'attente de l'ultime compagnon de la Libération (quarante et un survivent aujourd'hui).

Le 18 juin 1940 a hanté la IVe République. C'était en quelque sorte l'imam caché de la Ve... Et quand vint le 13 mai 1958, ce ne pouvait être un coup d'État dans la légende et la logique gaullistes, puisque les pouvoirs politiques quasiment magiques du 18 juin métamorphosaient en «retour aux affaires», ce qui n'eût été qu'un putsch de la part de tout autre:

 

 

 

 

 

Un grand clone fougueux aux initiales d'aéroport

Pierre angulaire de la geste gaullienne, le 18 juin 1940 s'avère apanage, sinon sceptre, du président-monarque de la Ve République. Et à ce titre, un tel symbole est récupéré par François Mitterrand, qui se révèle coucou d'un régime dont il s'était fait le contempteur.

 

 

 

 

 

 

Discours d'un anticonformiste qui se prévaut du volontarisme en politique, le 18 juin n'inspire guère, de Georges Pompidou à Nicolas Sarkozy, les chefs d'État issus d'une droite si sensible aux lois irrésistibles du marché.

Mais voici, aujourd'hui, que de cette droite surgit un grand clone fougueux aux initiales d'aéroport, DDV (Dominique de Villepin), qui choisit le 19 juin 2010 pour lancer son cri d'espoir, tel CDG (Charles de Gaulle) le 19 juin 1940, face aux maigres troupes des premiers volontaires français rassemblés à Seymour Place: «À l'heure où nous sommes, tous les Français comprennent que les formes ordinaires du pouvoir ont disparu. Devant la confusion des âmes françaises, devant la liquéfaction d'un gouvernement tombé sous la servitude ennemie, devant l'im­possibilité de faire jouer nos institutions, moi, Général de Gaulle, soldat et chef français, j'ai conscience de parler au nom de la France.»

 

 

 

 

 

 

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