Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 17:12

 

« Née dans l'équivoque d'une révolution manquée et d'une victoire douteuse, la IVe République avait reçu en héritage les manies et les travers de la IIIe, morte six ans plus tôt dans la ruine et l'opprobre. Elle collectionna les crises ministérielles et jongla avec ses présidents du Conseil, vedettes d'un jour. Les crises firent se succéder à la direction du gouvernement des présidents bons pour un mois, trois mois, six mois. M. Guy Mollet battit un record de durée déjà vieux en demeurant à l'Hôtel Matignon plus d'une année et demie. (...) L'Assemblée nationale se lassait-elle des hommes à ce point qu'elle ne pouvait les supporter plus longtemps qu'un modeste bail ? (...) Rarement dynamique, souvent peureuse, toujours prudente, la IVe République assura sa permanence par des méthodes de gouvernement qui laissèrent croire que la France de la deuxième après-guerre avait choisi d'ignorer le monde bouillonnant et désordonné d'alentour. (...)

Dans une société universelle où il ne se serait rien passé, où il n'y aurait eu ni Amérique, ni Russie, ni ouvriers, ni patrons, ni colonies, ni émancipation, ni bombe atomique, ni rampe de lancement, ni monnaie, ni prix, ni air, ni eau, ni feu, notre politique eût été admirable. On l'eût offerte en exemple au monde puisque rien ne pouvait la surprendre. Mais de l'événement, que faire ? Indochine, Tunisie, Maroc, Algérie, salaires, franc, cela bougeait, menaçait, corrompait l'équilibre le plus savant. (...) Ainsi furent anéanties les chances du régime qui avait pansé les plaies de la deuxième guerre mondiale avec une rare intelligence et donné pour vingt ans un vigoureux élan au développement économique et social de la France. « Les ministres de la Ve République n'ont pas assez de dimanches pour inaugurer les réalisations de la IVe », ajustement observé Félix Gaillard (1). Mais la toute-puissance d'un clan appuyée sur des lois électorales suspectes avait bloqué les rouages du système qui régissait la France, pays où les opinions sont si diverses et si nuancées qu'aucune d'entre elles ne peut espérer l'emporter assez nettement par le suffrage universel pour gouverner par ses seuls moyens. Tout fut donc coalition, conciliation, compromis. De ce compromis naquit l'étrange, l'extraordinaire, l'équivoque stabilité qui condamna la République parlementaire à dépérir lentement avant de disparaître, d'un coup et sans fracas.

 

François Mitterrand, « Le Coup d'État permanent », Plon, 1964.

 

(1) Félix Gaillard, président du Conseil de novembre 1957 avril 1958.

 

Questions :

 

1. Présentez l'auteur et sa position politique en 1964 ;

2. Quelles sont les critiques formulées par François Mitterrand sur le fonctionnement des institutions de la IVe République ?

3. Montrez que  la  politique  extérieure  de  la  France  s'est  ajoutée  aux difficultés  internes  de  la IVe République ?

4. Le bilan que dresse François Mitterrand de la IVe République est-il seulement négatif ? Justifiez votre réponse

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

Rubriques