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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 18:05

football-Video-Football.gif"L'équipe de France n'est qu'un reflet" des différentes vagues d'immigration

LEMONDE.FR | 02.06.10 | 17h19


 

Actualité footballistique oblige, la Cité nationale de l'histoire de l'immigration se met elle aussi au diapason. Depuis le 26 mai, et jusqu'au 17 octobre prochain, la Cité accueille l'exposition "Allez la France ! Football et immigration, histoires croisées". Dans une ambiance et une scénographie résolument "football", chants de supporteurs et Marseillaise accompagnant le visiteur sur son chemin, l'exposition met en scène les apports des joueurs d'origine étrangère au sein des clubs français et de l'équipe de France. L'occasion pour Fabrice Grognet, commissaire de l'exposition, d'aborder également les rôles sociaux du football, réels ou proclamés.

 

Comment est née cette idée d'aborder la thématique de l'immigration à travers l'histoire du football ?

Fabrice Grognet : Il y a un peu plus d'un an, alors que nous étions en pleine réflexion sur la programmation de la Cité, nous nous sommes dit que cette Coupe du monde 2010 pouvait être une belle opportunité pour nous de traiter d'une manière thématique le rapport entre football et immigration. L'occasion de parler de l'immigration d'une manière originale et de comprendre cette thématique très complexe à travers la pratique du foot.

 

Pour cela, vous remontez aux origines mêmes de la discipline...

La première partie de l'exposition revient en effet sur l'origine anglaise du foot et sur sa diffusion progressive en France. Le football traverse la Manche avec les Britanniques, de passage ou définitivement installés en France. Il ne faut pas oublier que c'est l'immigration anglaise qui est à l'origine du premier club de foot en France. Ce sont les pionniers. L'élite française, partie étudier en Grande-Bretagne, poursuit ensuite le processus. En fait, c'est un double mouvement.

 

Cette première partie s'articule autour de dates clés, avec 1932 comme point final, pourquoi ?

Nous sommes à cette époque dans le débat entre amateurisme et professionnalisme. Nous voulions justement mettre en exergue la place de l'étranger dans ce débat, car il n'est pas envisagé en tant que tel mais en tant que porteur du professionnalisme. Les joueurs recrutés à l'étranger étaient des professionnels déguisés, des "amateurs marrons" comme on disait. Toute l'ambiguïté était de savoir combien il en fallait ? Jusqu'à quel point fallait-il les inclure dans les effectifs ? A cette époque, il s'agissait essentiellement de joueurs anglais et suisses.

 

De Pauleta à Pedro Duhart en passant par Juninho, onze portraits de joueurs étrangers trônent au milieu d'un terrain reconstitué. Pour quelles raisons ?

Parce que le championnat de France est le reflet de la société française. L'objectif de cette scénographie était de comprendre cette immigration à la logique sportive liée à la professionnalisation du championnat. Mettre en avant les ouvertures et fermetures successives de ce championnat. Ces onze "totems", comme nous les appelons, reprennent les parcours de vie de onze joueurs étrangers qui ont évolué en France. Mais nous voulions aller au-delà de leur carrière sportive et montrer ce qu'ils ont pu apporter à notre pays. On revient par exemple sur un certain Guomundsson, qui a connu dans les années 1950 une carrière au Racing Club de Paris et qui va continuer dans la vie politique après en devenant ambassadeur d'Islande à Paris.

 

Et après le championnat de France, l'équipe de France...

L'exposition revient sur les différentes générations de l'équipe de France, toutes marquées par des figures emblématiques issues de l'immigration. On y retrouve notamment la génération Kopa, emblématique de l'immigration polonaise des années 1950. A travers cette génération, mais aussi celle de Jordan, de Platini et de Zidane, on est sur l'analyse de la composition de l'équipe de France. On rejoint, par le biais de cette composition, l'immigration industrielle. Finalement, l'équipe de France n'est qu'un reflet en décalage des différentes vagues d'immigration, avec les Italiens, les Polonais...

 

Un écran géant diffuse également des images du match France-Brésil de 1998. Vous ne pouviez pas passer à côté ?

Qu'on le veuille ou non, avec cette victoire des Bleus, le football a créé un moment historique, un moment emblématique pour la société française. On n'avait pas connu un telle ivresse populaire depuis la libération de Paris. Mais elle a également été l'objet d'une récupération politique avec l'effet "Black, Blanc, Beur".

Ce que vous essayez justement de dénoncer...

Nous donnons la paroles aux acteurs mêmes, c'est-à-dire aux joueurs, qui ne se sont finalement jamais reconnus dans ce modèle-là. Ce mouvement "Black, Blanc, Beur", ils ne le revendiquaient pas mais le vivaient de fait. C'était avant tout ce que la société voulait faire dire au football. Une époque où on a voulu mettre en exemple le modèle français d'intégration de l'immigration.

 

Ce que vous essayez de dire, c'est qu'on devrait finalement laisser le foot, et le sport en général, à sa place ?

On ne devrait pas faire dire au football ce qu'il ne devrait pas dire. Dès les années 1930, on avait cette diversité au sein même de l'équipe de France. Mais à cette époque, on ne s'en servait pas comme d'un message politique. Au lieu d'envisager l'immigration comme un problème, on pourrait la voir comme un apport, comme quelque chose qui a nourri la France. C'est ce que nous voulons montrer à travers cette exposition. Essayer de faire prendre conscience aux gens que l'on n'a pas qu'une identité mais plusieurs, et que ces identités peuvent être compatibles, à l'image d'une équipe de foot.

 

Propos recueillis par Thomas Héteau

 



Allez la France ! Football et immigration, histoires croisées
Du mercredi 26 mai au dimanche 17 octobre à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration.
Palais de la Porte, 293 avenue Daumesnil, Paris. Téléphone : 01 53 59 58 60 / site internet : www.histoire-immigration.fr


 

Sur le même sujet
Pour en savoir plus, voir également le dossier de Xavier Béal,
"Venus d'ailleurs, Football et immigration", publié par le site de l'association "We are football".

 

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