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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 11:55

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La guerre de Vendée : est-ce un génocide ?

Magazine L’HISTOIRE

Articles soumis le 13/11/2011 par Jean-Clément Martin


Vendée. Du Génocide au mémoricide. Mécanique d’un crime légal (Les Éditions du Cerf, 2011), le récent livre de Reynald Sécher revient sur la question du génocide vendéen. La mise au point de Jean-Clément Martin.

« Il est impossible de qualifier de génocide la guerre de Vendée ? Pour plusieurs raisons. 1) La Vendée est née dans la guerre. Il n’existe pas d’identité « vendéenne » avant la guerre de 1793. Du coup, cela n’a pas de sens d’affirmer que c’est contre une entité particulière (religieuse, sociale… raciale) que la Révolution s’est acharnée. La « guerre » de Vendée est apparue dans un contexte de luttes politiques partisanes, si bien que « la Vendée » n’a aucune existence hors des invocations, rendant même inexistantes les limites territoriales dans lesquelles la répression doit s’abattre ! La logique d’exclusion dans la France révolutionnaire vise d’innombrables opposants, compris comme appartenant à des catégories définies dans l’héritage de la culture de la violence venues de l’Ancien Régime, et radicalisées par la recherche de la volonté générale.

2) On ne trouve pas trace dans les archives ni dans les sources d’histoire de la Révolution ni d’un corps de doctrine organisé autour d’un projet idéologique d’exclusion, ni d’aucune organisation matérielle systématique, ni d’une planification des tueries : même les tribunaux d’exception ont respecté les termes de la loi. Le silence de la Convention, du Comité de Salut public et de Robespierre sont assurément à juger, mais sans oublier également leur ignorance de la réalité régionale.

3) Les violences de guerre, incontestablement d’une grande ampleur, ne relèvent pas d’une politique « génocidaire » mais s’apparentent à d’autres luttes qui existèrent dans l’histoire du monde entre État et paysanneries, celles-ci traitées comme des rebelles par celui-là.

4) Il n’y a pas d’exception vendéenne : si le mot est inadéquat, il est aussi fallacieux, parce qu’il crée une exception vendéenne en gommant les violences identiques commises ailleurs (notamment en Italie dans les années 1797-1815) parce qu’il fige la réflexion historique dans une fascination des massacres et des exactions, contraire au projet même de l’analyse scientifique. L’avantage incontestable de l’usage de la notion est cependant de donner une réponse simple et rapide pour tous les esprits pressés de comprendre le monde en noir et en blanc. » (d’après La Vendée et la Révolution. Accepter la mémoire pour écrire l’histoire, Perrin, « tempus », 2007, p. 76)

Pour en savoir plus

"Reynald Sécher, le retour", Carte blanche de Pierre Assouline, L’Histoire n°369, novembre 2011.

"Vendée : Les crimes des colonnes infernales", François Lebrun, L’Histoire n°176, avril 1994.

"Turreau, criminel de guerre", Jean-Clément Martin, L’Histoire n°176, avril 1994.

"La Révolution a coupé la France en deux", entretien avec Jean-Clément Martin, L’Histoire n°311, juillet-août 2006.

http://ihrf.univ-paris1.fr/spip.php?article616

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commentaires

Louis dechassin 14/03/2017 23:14

L'argumentation de M. Martin présente un défaut essentiel : elle n'est pas conforme au Droit applicable au crime de génocide. Que les Vendéens n'aient pas constitué "objectivement" un peuple en 1793 n'est pas la question. Il n'existait pas davantage de "peuple tutsi" au Rwanda en 1993 (les Tutsis ne sont d'ailleurs même pas une ethnie, ils se rapprochent d'une "caste" : c'étaient des éleveurs alors que les Hutus étaient des cultivateurs". Une étude juridique vient de paraître à ce sujet : "Vendée 1793-94 : crimes de guerre, crime contre l'humanité ? génocide" par Jacques Villemain aux éditions du Cerf, qui analyse les faits de l'époque au regard de la jurisprudence internationale sur le crime de génocide : ses conclusions sont intéressantes et surtout elles se fondent sur le droit international en la matière. SI "génocide" est le nom d'un crime, ce n'est pas aux historiens à dire ce qui en constitue un ou pas, mais aux juristes. Les historiens, eux, ont seulement pour compétence l'établissement de faits, pas leur qualification juridique.

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