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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 14:34

AppelGalDeGaulle18juin40-9cb58Point de vue

De Gaulle appartient à toutes et à tous

LEMONDE.FR | 17.06.10 | 18h17  •  Mis à jour le 18.06.10 | 19h33


Soixante-dix ans déjà. Seuls les plus anciens se souviennent de cet instant où une voix s'adressait à la France. Les manifestations de cette année doivent appeler l'attention des jeunes générations sur cette date qui doit rester dans l'histoire.

Parlant à la BBC ce 18 juin 1940, de Gaulle accomplit là un geste exceptionnel, affirmant que la France vaincue ne doit pas perdre l'honneur et appelant les Français à le suivre.

Certes depuis les victoires sur la Somme, le Général avait pris la décision de poursuivre le combat dans un réduit breton, dans l'Empire si nécessaire. Mais qu'est-il cet ancien sous-secrétaire d'Etat à la défense apprenant le 16 juin au soir à Bordeaux la démission du gouvernement Reynaud, l'arrivée de Pétain, défaitiste et déjà collaborateur ? Il n'est rien, il est seul.

Pourtant, doté d'une volonté d'autant plus surhumaine que les circonstances sont dramatiques, servi par une intuition qui ne lui fera jamais défaut, il décide de continuer la lutte, regrettant en lui-même que les états-majors l'aient toujours rejeté alors qu'il avait raison. La percée dans les Ardennes des chars de Guderian venait d'en apporter la preuve.

Ce geste de refus, dire "non", c'est affirmer que l'honneur doit être le seul mobile, que l'homme ne doit s'appuyer que sur ses convictions, même avec intransigeance.

Ce premier discours, cet appel du 18 juin avec le seul soutien de Churchill, va conduire à la France libre, à la Résistance, finalement au 8 mai 1945, la victoire, donc le maintien de notre pays dans l'honneur.

Cette victoire, de Gaulle y croyait. Il le savait. Déjà, fin juin 1940, préconisait-il l'entrée des Etats-Unis dans le conflit, l'inévitable fin de l'alliance entre Staline et Hitler. Cette force de conviction, ce rejet de toute résignation est la marque fondamentale de l'Appel.

C'est un geste révolutionnaire, c'est la certitude de ne voir qu'espérance dans l'avenir, c'est le sursaut de Valmy, quel que soit le lourd tribut, même en vies humaines, comme ce fut hélas le cas en France, en Libye, en Tunisie, en Italie et ce jusqu'en Allemagne.

 

IL ÉTAIT PROFONDÉMENT RÉPUBLICAIN

Il est sans doute encore des nostalgiques de Vichy, même quelques historiens pour nous dire qu'en 1940 de Gaulle n'avait aucune légitimité, ou encore quelques enseignants pour refuser l'étude des Mémoires de Guerre. Mais cette légitimité ne l'a-t-il pas gagnée avec le refus de la défaite, de l'armistice, de la trahison et par cette épopée que conduiront aussi bien Leclerc, de Lattre que Moulin, jusqu'à être reconnu par l'ensemble des nations opposées au nazisme ?

Seul, en effet, il ne l'était plus au lendemain du 18 juin ; il avait su rassembler sous la croix de Lorraine tous les volontaires épris de liberté. Cohorte au début, ses tous premiers compagnons qui surent comme lui dire "non" et le rejoignirent à Londres, bientôt véritable armée dont l'héroïsme, de Koufra à Strasbourg, conduira notre pays à la signature de la fin du conflit à Berlin aux côtés des Alliés.

Laissons ceux qui, tout en reconnaissant l'intervention de Londres comme élément essentiel de l'Histoire, rejettent cependant l'écrivain des Mémoires de Guerre alors qu'il est en réalité l'un des grands auteurs classiques, un mémorialiste soucieux avant tout de la langue, de la phrase la plus élaborée pour ne dire que l'essentiel.

Ce que je retiens de cet appel c'est avant tout l'espérance, dans la volonté de ne jamais renoncer quelles que soient les difficultés présentes. Et l'exemple du Général est bien de ne jamais perdre espoir dans la fidélité à ses seules convictions, même si l'on est seul.

Puissent les jeunes générations retenir cet exemple.

Puissent ceux qui ont des responsabilités et particulièrement les hommes politiques ne voir dans leurs décisions que l'intérêt général, celui des valeurs de la République, puissent-ils toujours faire preuve d'indépendance, et savoir eux aussi dire "non".

De Gaulle appartient à toutes et à tous ; entré dans l'histoire, il a démontré combien l'honneur était le seul idéal, combien la liberté devait être défendue envers et contre tout. Il était profondément républicain.

 

Pierre Mazeaud, président de la Fondation Charles de Gaulle

 

 


 

 

AppelGalDeGaulle18juin40-9cb58Le gaullisme sans de Gaulle ou l'impossible héritage

LE MONDE | 16.06.10 | 13h44  •  Mis à jour le 18.06.10 | 12h28



 

« Chaque Français fut, est et sera "gaulliste"", disait Charles de Gaulle en 1952. Fut, c'est à voir. En 1940, les Français étaient plutôt pétainites. Est ? Qui dirait le contraire ? Sûrement pas le président Sarkozy qui sera à Londres le 18 juin pour commémorer l'appel lancé ce jour-là par le Général à la "résistance".

Ce soixante-dixième anniversaire est propice aux hommages, sincères ou intéressés. Aux protestations de fidélité sinon à la captation d'héritage. Il coïncide avec le quarantième anniversaire de la disparition du grand homme, le 9 novembre 1970, qui, lui aussi, incite à poser la question : "Qu'est-ce que le gaullisme aujourd'hui ?"

Ceux qui se réclament du Général sont légion : archéo-gaullistes, gaulliens, néo-gaullistes... Antigaullistes repentis aussi, souvent les plus éloquents : Régis Debray, Max Gallo, Jean-Pierre Chevènement... Un oeil sur Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin se veut le plus orthodoxe. Le 19 juin, il lance à Paris un "mouvement", un "rassemblement", deux termes tirés de la vulgate gaulliste. Entendre : au-dessus des partis. Habileté ou conviction, l'ex-premier ministre pousse loin le mimétisme. Il entend "dépasser les divisions habituelles entre la gauche et la droite", quand de Gaulle disait : "Ce n'est pas la gauche, la France, ce n'est pas la droite..."

Le gaullisme de parti a rendu l'âme en 2002 lorsque l'UMP, voulue par Jacques Chirac et... Dominique de Villepin, a succédé au RPR. Rejointe par des centristes et des libéraux, la nouvelle Union - un grand parti de droite - officialisait une réalité devenue indéniable : le gaullisme comme doctrine n'était plus un repère.

Aux marges de l'UMP ou en dehors d'elle subsiste ce qu'il en reste, Le Chêne par exemple, une association que préside Michèle Alliot-Marie, ci-devant présidente du RPR, aujourd'hui garde des sceaux ; gardienne, au sein de cette petite structure de "gaullistes du renouveau", d'une flamme vacillante.

Comme Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie croit à l'actualité du gaullisme. Pour d'autres, il est un simple ornement, une référence obligée. Et pour la plupart une nostalgie. Bien en peine de répondre à la question : "Qu'est-ce qu'être gaulliste aujourd'hui ?", ils s'en tirent avec des formules passe-partout. Alain Juppé, maire (UMP) de Bordeaux, dans Le Monde du 12 avril : "Mon gaullisme à moi, c'est une pensée politique qui allie patriotisme et humanisme." François Fillon, premier ministre, dans Le Journal du dimanche du 27 mars: "Le gaullisme est une éthique, ce n'est pas un programme clé en main pour répondre à la crise que rencontre le pays aujourd'hui." Une éthique, un patriotisme mêlé d'humanisme... Tout le monde, à ce compte, aujourd'hui est gaulliste, autrement dit personne.

Vu de droite, et parfois de gauche, le gaullisme ressemble à une boîte à outils où les élus puisent pour enrubanner leurs propos, se mettre sous la protection de, se prévaloir du lignage. Personne n'est dupe mais comme de Gaulle est le dernier de nos grands hommes, il sert à tout. "Le gaullisme, pour moi, déclarait Nicolas Sarkozy en octobre 2008, c'est la rupture. Le Général n'a cessé toute sa vie de rompre..."

Le mythe est malléable, le président de la République le sait, il en a usé et parfois abusé. Il l'invoque aujourd'hui pour justifier la "rupture" tant attendue comme Dominique de Villepin pour en appeler au "sursaut".

Quand ils n'instrumentalisent pas l'homme du 18-Juin, les politiques concèdent que le gaullisme appartient au passé. Nicolas Sarkozy à Colombey-les-Deux-Eglises, là où est inhumé le héros, en octobre 2008 : "Au fond, le gaullisme est une histoire qui a commencé avec le général de Gaulle et s'est achevée avec lui." Dans Laissons de Gaulle en paix ! (Fayard, 2006), l'ancien premier ministre Edouard Balladur n'avait pas dit autre chose : le gaullisme est mort avec le Général en 1970.

Quarante ans ont passé qui ont métamorphosé la France. De Gaulle ne la reconnaîtrait plus. Ni son verbe ni sa Weltanschauung, sa métaphysique du monde, n'auraient prise sur celui qu'il appelait son "cher et vieux pays". Sacrilège : l'euro a remplacé le franc. A l'exaltation de la nation version Jeanne d'Arc a succédé un débat sur l'identité nationale version Barrès. Le secteur public, bras armé du Plan, n'a plus d'influence sur l'économie. La France a réintégré pleinement l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Aux deux "blocs", l'américain et le soviétique, s'est substitué un monde multipolaire façonné par la mondialisation des échanges. L'argent, partout, est roi. Là, de Gaulle ne serait pas surpris : "Mon seul adversaire, celui de la France, n'a jamais cessé d'être l'argent."

Ceux qui continuent à se disputer la vraie croix de Lorraine sont des nains comparés à ce géant. Peut-être se rappellent-ils ce que disait de Gaulle avant qu'il ne devienne de Gaulle, en 1932, dans Le Fil de l'épée (Berger-Levrault) : "L'action, ce sont les hommes au milieu des circonstances." Les circonstances changent. Les hommes se hissent ou non à leur hauteur. C'est cela être gaulliste aujourd'hui. On est curieux de savoir ce qu'en dira le chef de l'Etat le 18 juin à Londres, lui qui affirmait avant son élection : "Le gaullisme ne se commémore pas, il se vit !"

 

Bertrand Le Gendre (Editorialiste)

 

Article paru dans l'édition du 17.06.10

 


 

 

 AppelGalDeGaulle18juin40-9cb58"Les Questions du mercredi" - France Inter/"Le Monde" avec Dailymotion

Jean-Louis Debré : "Il y a eu un gaullisme mitterrandien"

LE MONDE | 17.06.10 | 14h31  •  Mis à jour le 24.06.10 | 11h08

 

Qu'est-ce que le gaullisme aujourd'hui ?

 

Une passion. La passion de la France, de l'Etat, de la République.

N'importe quel homme politique pourrait répondre la même chose que vous.

Soyons clair. Le vrai gaullisme, c'est celui de De Gaulle et de ses compagnons, celles et ceux qui ont fait le chemin de la Résistance, de la reconquête, de la reconstruction, de la traversée du désert et qui - on l'oublie trop - ont remis la France en marche.

Après, il y a eu un gaullisme pompidolien, un gaullisme mitterrandien, un gaullisme chiraquien.

 

Vous vous arrêtez là ?

Je suis président du Conseil constitutionnel, et par conséquent je n'ai pas l'intention de commenter la vie politique actuelle. Pour juger un homme, un régime politique ou une action, il faut prendre un peu de recul. C'est ce que je fais.

 

Vous évoquez un gaullisme mitterrandien. François Mitterrand était pourtant le principal opposant du général de Gaulle...

Naturellement, il a été l'adversaire de De Gaulle. Mais je constate qu'il a parfaitement respecté la Constitution de la Ve République, qu'il avait une certaine idée de la France et du rôle de la France dans le monde et qu'il a essayé de construire un Etat centré sur ses missions régaliennes. Il y avait chez Mitterrand une conception de la France qui m'intéresse.

 

Quels sont vos souvenirs personnels du général de Gaulle ?

J'avais 14 ans. Une fois par an, on allait déjeuner chez le Général. C'était pour moi une épreuve, car le Général se renseignait sur nos carnets scolaires, et le mien n'était pas particulièrement bon. Donc j'avais droit à : "Il faut que tu fasses un effort en histoire"... "Sois plus attentif à l'école, et quand tu reviendras, tu me rendras compte." Ce qui me mettait dans des situations impossibles. J'avais très peur.

 

Et du 18-Juin ?

Chaque année à cette date, mon père emmenait ses enfants au Mont-Valérien. Avant 1956, ça se passait dans la crypte des fusillés. C'était la traversée du désert. Il y avait peu de monde. Et de Gaulle passait de rang en rang, serrant les mains. J'avais 10 ou 12 ans, il me tapait sur la joue. C'était une cérémonie des compagnons, des fidèles.

Et puis 1958 arrive, et tout d'un coup on trouve beaucoup de monde, des préfets, des hommes en uniforme, des officiels, les mêmes qui probablement avaient critiqué de Gaulle avant, les mêmes qui avaient servi ceux qui s'étaient opposés à lui. J'ai eu le sentiment ce jour-là qu'on m'avait volé mon 18-Juin.

 

Le général de Gaulle payait ses factures d'électricité à l'Elysée... Ne faudrait-il pas remettre un peu d'éthique dans la politique ?

La génération des gaullistes historiques avait des valeurs et les défendait. Ils avaient vu leurs camarades tomber au combat et avaient la volonté d'être respectueux de leur mémoire. La façon de faire de la politique a changé. Ce n'est pas un jugement, c'est une constatation.

 

Le président du Conseil constitutionnel cumule-t-il les revenus de sa fonction avec sa retraite de parlementaire ?

Tous les membres du Conseil constitutionnel ont plus de 60 ans. Les anciens politiques, les anciens fonctionnaires, ceux qui viennent du privé ou des professions libérales touchent la rémunération du Conseil, qui est fixée par la loi, ainsi que leur retraite, dans la limite d'un plafond. Mais, au Conseil constitutionnel, ils ne cotisent évidemment pas pour une nouvelle retraite. Les choses sont claires et transparentes.

 

 

Jean-Louis Debré est président du Conseil constitutionnel.

 

Françoise Fressoz et Thomas Legrand ("Les Questions du mercredi")

Article paru dans l'édition du 18.06.10

 


 

 

 AppelGalDeGaulle18juin40-9cb58De Gaulle et le positivisme du "non"

LEMONDE.FR | 17.06.10 | 18h16  •  Mis à jour le 17.06.10 | 18h46


 

Les rédacteurs en chef de magazines américains ou britanniques auraient été exceptionnellement perspicaces s'ils avaient choisi en couverture un certain Charles de Gaulle il y a soixante-dix ans. Le Général, dont la haute taille donnait l'air plutôt godiche, était partout pratiquement inconnu au bataillon à son arrivée à Londres le 17 juin 1940 – tout ce que Sir Alexander Cadogan, le haut fonctionnaire au ministère des affaires étrangères, trouva à dire sur lui à ses collègues, c'est que sa tête ressemblait à un ananas et qu'il avait des hanches de femme. Son appel aux français, sur la BBC le lendemain, à ne pas capituler devant l'Allemagne alors que le blitzkrieg nazi déferlait sur le pays, fut peu écouté sur le continent et la BBC ne prit même pas la peine de garder l'enregistrement.

Néanmoins, cette diffusion, commémorée par des cérémonies à Londres ce vendredi en présence du président Sarkozy, marqua l'émergence d'un homme et d'un style qui allaient ajouter un "ism" à ceux du XXe siecle et dont l'à-propos persiste dans le climat d'incertitude que nous vivons aujourd'hui.

Définir le gaullisme est une tâche notoirement ardue. Son essence se trouve dans la personnalité de son fondateur, un homme plus complexe que son image d'icône impénétrable pourrait suggérer. Pour son successeur, Georges Pompidou, le gaullisme est le refus par des fidèles qui adoptent des critères astreignants et qui possèdent un concept historique des événements, d'accepter les revers de fortune. Le nationalisme, la foi en soi et la proclamation de la grandeur de la France, en sont le credo.

Un credo que beaucoup hors de France ont trouvé vaniteux et ancré dans le désir égotiste de Paris de se donner plus d'importance qu'elle n'en a réellement – particulièrement blessant fut le coup porté par l'administration de Lyndon Johnson quand elle décida de tout simplement ignorer les attaques de l'Elysée sur sa politique au Vietnam. Mais, malgré les critiques acerbes d'opposants tels que Mitterrand, le modèle du Général est le leitmotiv de la politique française depuis un demi-siècle, et se montrer à la hauteur de son imposant personnage est devenu le test des politiciens de gauche comme de droite.

Un modèle pas facile à suivre. De Gaulle voyait la vie comme une lutte constante, exultant dans ses difficultés et traitant ses compatriotes de veaux qui préféraient la facilité aux défis. Ce qui lui valut de passer dans la postérité comme "l'homme qui a dit non", en raison de l'appel du 18 juin pour ses admirateurs, mais que ses critiques voyaient comme un obstructionniste persistant et irascible qui se devait de provoquer des querelles avec ses alliés et rendre la vie aussi difficile que possible pour les autres. Pour preuve du second point de vue : son contentieux avec Churchill pendant la guerre, son véto en 1963 à l'entrée de la Grande-Bretagne dans ce qui était alors le marché commun, son retrait de la structure militaire intégrée de l'OTAN en 1966, et ses attaques contre Israël pour ne pas avoir suivi son conseil de ne pas faire la guerre des Six Jours l'année d'après.

LE "NON" PEUT SERVIR UN OBJECTIF À LONG TERME

Cette aptitude à dire non a toujours été centrale à la façon qu'avait de Gaulle de faire de la politique, mais de ne voir le général qu'en nationaliste négatif est réducteur. Pour la plupart, ses "nons" avaient un objectif plus élevé. En 1940, il s'agissait de maintenir l'honneur de la France, et d'assurer que son pays serait du côté des vainqueurs. En vrai visionnaire, il n'avait pas le moindre doute de la défaite d'Hitler ; il valait donc mieux faire partie des gagnants plutôt que des collaborateurs vaincus. Dans les quatre années qui ont suivi, ses fréquents refus de faire ce qu'auraient souhaité les Britanniques avaient aussi un objectif clair, celui d'assurer qu'il ne serait pas la marionnette de Londres et que la France reprendrait son état d'indépendance à la fin du conflit plutôt qu'endurer une occupation militaire comme l'envisageait Roosevelt.

De même, la longue campagne contre la quatrième République qui a eu pour résultat le retour au pouvoir, superbement manœuvré, de De Gaulle en 1958 a été fondée sur son appréhension de la faiblesse du régime parlementaire, incapable de faire face aux défis fondamentaux qui menaçaient la France, tels que l'économie ou l'Algérie. Le dépit d'un vieil homme pourrait expliquer en partie les coups portés à Israël en 1967, mais le véto à l'entrée du Royaume-Uni dans le marché commun était parfaitement logique si, comme le général, l'on considérait la construction de l'Europe comme un projet qu'il valait mieux mener séparément des Etats-Unis et baser sur la coopération franco-allemande (avec, bien entendu, Paris aux commandes). Etant donné l'écheveau d'artifice qui a été tissé pour préserver l'entreprise depuis sa mort en 1970, et la menace actuelle de son implosion, qui peut dire qu'il avait tort ?

Le rejet systématique est d'une utilité limitée, que ce soit parmi les enthousiastes du Tea Party aux Etats Unis ou les eurosceptiques rustres chez les conservateurs britanniques. Mais dans les mains d'un maitre, le "non" peut servir un objectif à long terme. Naturellement, comme de Gaulle s'en rendit compte pendant ses années de guerre à Londres, le "non" offense les bien-nés. Mais dans la dure réalité qui nous attend, une touche d'amour vache gaulliste semble de rigueur.

 

Jonathan Fenby est l'auteur d'une nouvelle biographie du général de Gaulle qui parait à Londres cette semaine : The General, Charles de Gaulle and the France he saved (Simon&Schuster).

 

Jonathan Fenby, journaliste

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