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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 10:42

1368053_3_f6f3_une-ecole-au-burkina-faso-en-juin-2009.jpgLes effets de la crise sur la scolarisation des enfants

LEMONDE.FR | 04.06.10 | 20h58  •  Mis à jour le 06.06.10 | 11h41

 

Une école au Burkina Faso en juin 2009.AFP/AHMED OUOBA

Quand l'économie mondiale est en crise, l'éducation est "en sursis". Le diagnostic, peu optimiste, est signé de l'ONG française Aide et action, présente dans 22 pays, qui, dans un rapport publié à la fin mai et intitulé "Education, les cours chutent !", évalue les dégâts des crises – économique et alimentaire – sur la scolarisation des enfants.

Ces données, recueillies à travers des enquêtes menées entre décembre 2009 et janvier 2010 dans huit pays (Inde, Madagascar, Togo, Mali, Sénégal, Bénin, Niger et Burkina Faso), auxquelles Aide et action a ajouté les faits compilés dans le rapport Education pour tous de l'Unesco, paru en janvier dernier, montrent les risques énormes de déscolarisation dans les familles, un risque multiplié par deux pour les 20% les plus plus pauvres.

Alors qu'il reste encore 72 millions d'enfants non scolarisés dans le monde dont la moitié vivent en Afrique subsaharienne, les progrès engrangés année après année depuis la mise en place des objectifs du Millénaire – huit objectifs que les Etats membres de l'ONU ont convenu d'atteindre d'ici à 2015, dont celui d'"offrir à tous les enfants un enseignement primaire gratuit et de qualité" – sont lourdement menacés sous le triple effet de la baisse des aides au développement, des transferts financiers et du ralentissement des échanges commerciaux.

Ces vagues de déscolarisation sont par exemple à l'œuvre au Bangladesh, où la hausse de la nourriture en 2007 et en 2008 "a forcé la moitié des ménages pauvres à retirer leurs enfants de l'école, afin de réduire les dépenses". Car l'école, dans la plupart des pays pauvres, même si elle est officiellement gratuite, suppose des frais importants, comme ceux liés aux fournitures et aux uniformes. Au Togo, "les trois quarts des parents dépensent au moins un tiers de leurs revenus pour les frais liés à l'éducation", et ce malgré l'instauration de la gratuité depuis la rentrée 2008.

VENDEUR DE MOUCHOIRS EN PAPIER

Quand l'argent manque, le travail des enfants redevient vital pour les familles. Au Burkina, l'ONG note une augmentation de la "débrouillardise", en particulier pour les jeunes qui étaient scolarisés dans l'enseignement secondaire. Ils sont déscolarisés pour exercer de petits métiers comme apprenti mécanicien, soudeur ou vendeur de mouchoirs en papier, complétant ainsi un revenu familial singulièrement écorné par le chômage qui s'est envolé à la faveur de la crise.

Comme l'indiquait l'Organisation internationale du travail dans son rapport 2009, 20 millions d'emplois ont été perdu depuis le début de la crise, le nombre de chômeurs passant de 190 à 210 millions. Parallèlement, le nombre de travailleurs pauvres – ceux dont le revenu est inférieur à deux dollars – pourrait atteindre 1,4 milliard, dont 60 % de femmes.

Sans aller jusqu'au tout ou rien, nombre d'enfants, comme le montre les enquêtes menées dans les Etats du Tamil Nadu et de l'Andhra Pradesh en Inde, où "40 % des parents mentionnent le travail ponctuel de leurs enfants dans l'agriculture, 55 % d'entre eux déclarent que cet apport est essentiel pour subvenir aux besoins de la famille" tandis que "24 % expliquent ne pas avoir assez d'argent pour payer les frais de scolarité". Souvent, ces familles "choisissent" de faire travailler un enfant pour permettre aux autres de continuer leur scolarité. Ces "stratégies" mises en place par les familles jouent en défaveur des filles, qui représentent 54 % des enfants non scolarisés.

Quand la crise sévit, elle ne dérobe pas seulement l'emploi, ne réduit pas seulement les moyens de subsistance. Elle provoque aussi un effet sur les esprits : celui de réduire à néant les espoirs que fondent les parents sur les études. Pourquoi s'acharner à scolariser ses enfants quand "les retours attendus en termes de travail et de revenus s'amoindrissent" ? Les témoignages recueillis en Afrique de l'Ouest par Aide et action vont bien souvent dans le sens de celui d'un père de famille burkinabé : "Imaginez-vous un chef de famille qui se débrouille, qui a plusieurs enfants à l'école, et dont les premiers n'ont pas glané un seul Franc... Pensez-vous qu'au rythme actuel de la vie, où tout est cher, il aura les moyens pour inscrire celui qui se laisse renvoyer ? Je pense que ce monde est fait pour les riches. Gardez votre école et laissez nous notre rue pour nous débrouiller."

Brigitte Perucca

 


 

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La crise économique mondiale met en péril l’éducation dans le monde (25 mai 2010)


Education, les cours chutent !
 
Seul un enfant sur trois scolarisé à Madagascar, près d’un enfant sur deux au travail dans certains Etats de l’Inde, chez les populations les plus démunies, l’éducation est directement frappée par la crise. Dix ans après les engagements de Dakar pour l’éducation et à quelques mois du Sommet du Millénaire + 10 à New York (septembre 2010), Aide et Action tire le signal d’alarme. L’ONG publie un nouveau rapport pour mettre en lumière les impacts de la crise économique sur l’éducation dans le monde et proposer des pistes face à l’urgence. 
A Madagascar, un tiers des enfants déclare ne plus aller à l’école depuis cette année, essentiellement parce qu’ils doivent travailler pour aider leur famille. En Inde, dans les Etats du Tamil Nadu et du Madhya Pradesh, 40% des parents interrogés indiquent que leurs enfants travaillent, rapportant des revenus indispensables pour subvenir aux besoins de la famille. Dans 8 pays du monde, à travers plus de 600 interviews, l’étude d’Aide et Action montre une augmentation des abandons scolaires, un recours accru à la scolarisation partielle et une recrudescence du travail des enfants.


En 2009, 30 millions de personnes ont perdu leur emploi à cause de la crise économique et financière. Le nombre de travailleurs pauvres (dont le revenu est inférieur à 2 dollars par jour) a augmenté de 200 millions. Dans son rapport de 2009, la Banque mondiale annonçait ainsi que 44 millions de personnes supplémentaires étaient touchées par la malnutrition. Les familles interrogées par Aide et Action déclarent dépenser plus de la moitié de leur revenu pour la nourriture : la hausse des prix de l’alimentation et la baisse de leur revenu les placent dans une situation inextricable. Au Togo par exemple un tiers des parents interrogés déclarent avoir diminué la quantité de nourriture achetée.


Partout, les budgets nationaux consacrés à l’éducation sont en baisse. Les Etats privilégient l’enseignement supérieur et de grandes réformes concernant la gratuité de l’éducation ont été annulées. Les enquêtes menées par Aide et Action auprès des enseignants révèlent par exemple que nombre d’entre eux cumulent deux emplois ce qui renforce un absentéisme déjà problématique dans de nombreux pays en développement.

Ces derniers ont été touchés de plein fouet par la crise. La croissance s’est effondrée dans toutes les régions. Les envois de fonds des migrants ont diminué de 21 milliards de dollars US en 2009, l’aide publique au développement enregistre un déficit de 30 milliards de dollars US par an.


Claire Calosci, Directrice Générale Internationale de l’organisation Aide et Action International, souhaite tout mettre en œuvre pour alerter l’opinion et les décideurs : « Aujourd’hui, c’est l’éducation et la survie de  millions d’enfants, d’hommes et de femmes qui sont en jeu. Le temps presse. La responsabilité nous incombe et justifie une mobilisation générale. Pour que l’avenir des futures générations soit préservé ».

Dans son rapport l’ONG internationale, présente dans 22 pays depuis près de 30 ans, fait des propositions concrètes :
  • alléger les contraintes économiques : réduire ou subventionner les frais de scolarité et les coûts indirects liés à l’éducation (transport, fournitures scolaires, etc.), favoriser la création de coopératives parentales, subventionner la mise en place de cantines scolaires,
  • mettre en œuvre des dispositifs adaptés aux enfants contraints de travailler afin de favoriser leur retour à l’école à moyen terme : écoles passerelles, cours du soir, sensibilisation des parents,
  • accorder une attention accrue aux filles et aux enfants de migrants à travers le développement de programmes adaptés,
  • protéger les dépenses liées aux secteurs sociaux, notamment en ce qui concerne l’éducation,
  • permettre la prise en charge des enfants des familles les plus vulnérables durant le temps scolaire et extrascolaire…

Pour accompagner au mieux la sortie de la crise, Aide et Action développe des actions visant à :
  • renforcer les capacités économiques des femmes,
  • développer la formation professionnelle pour accroître le revenu familial,
  • renforcer les capacités des communautés et des acteurs de l’éducation à rebondir,
  • repenser l’organisation et les finalités des systèmes d’éducation…

Partout où elle intervient, l’ONG Aide et Action travaille dans le respect des contextes culturels spécifiques. En temps de crise, l’association demeure à l’écoute des individus et des communautés et encourage la participation des citoyens à la définition des politiques éducatives en lien avec les finalités de l’éducation.


Claire Calosci engage l’association et les acteurs de l’éducation dans le monde à penser leur action sur le long terme : « Il ne s’agit pas seulement de colmater les brèches mais bien de tirer les leçons de la crise actuelle, pour mieux préparer le futur et répondre aux enjeux qui apparaissent déjà ».

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commentaires

golden age cheese 05/08/2014 13:51

Well! What can I say! I don’t think it was something people would like to remember. Most of them had to withdraw their children from school in order to reduce expenses. The NGO had made an excellent survey regarding this matter.

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