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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 22:31

Les évolutions politiques en France (1974-1995). [Inde, avril 2006]

Dossier documentaire
1. Allocution de Valéry Giscard d'Estaing à Verdun-sur-le Doubs en 1978.
2. Le programme électoral de François Mitterrand en 1981.
3. L'analyse de la situation politique par un journaliste en 1988.
4. Déclaration de Jacques Chirac au soir de son élection en 1995.
5. Les résultats des élections présidentielles de 1974 à 1995.



• Document 1 : Allocution de Valéry Giscard d'Estaing à Verdun-sur-le Doubs en 1978.

Ce discours est prononcé alors qu'approchent les élections législatives.

Le moment s'approche où vous allez faire un choix capital pour l'avenir de notre pays, mais aussi un choix capital pour vous. Je suis venu vous demander de faire le bon choix pour la France. [...] Quatre grandes tendances se partagent aujourd'hui les électeurs, deux dans la majorité, deux dans l'opposition. Aucune de ces tendances ne recueillera plus de 30 % des voix. Aucune d'elle n'est capable de gouverner seule. [...] Deux alliances se présentent à vous :
L'une est l'alliance de la majorité actuelle. Elle a démontré qu'elle pouvait fonctionner, malgré des tiraillements regrettables. [...] Elle comprend, à l'heure actuelle, deux tendances principales, ce qui est naturel dans un aussi vaste ensemble, et ce qui répond au tempérament politique des Français. [...] Dans chacune de ces tendances, des hommes ont soutenu l'action du général de Gaulle. Dans chacune de ces tendances, des hommes ont soutenu ma propre action de réforme. [...]
L'autre alliance est celle qui propose le Programme commun. Les partis qui la composent se sont apparemment déchirés depuis six mois. Aujourd'hui, voici qu'ils indiquent à nouveau leur intention de gouverner ensemble. Quelle est la vérité ? L'équivoque sur les alliances ne peut pas être acceptée, car elle dissimule un débat de fond sur lequel l'électeur a le droit d'être informé au moment de choisir. Il y a, en effet, deux questions fondamentales :
- Y aura-t-il ou non une participation communiste au gouvernement ?
- Le gouvernement appliquera-t-il ou non le Programme commun ? [...] L'application d'un programme collectiviste aggraverait la coupure de la France, en déclenchant de profondes divisions et en suscitant des rancunes durables.

Valéry GISCARD D'ESTAING, allocution de Verdun-sur-le-Doubs, 27 janvier 1978,
cité dans Valéry GISCARD D'ESTAING, Le Pouvoir et la Vie, Livre de Poche, 1989, tome 1.


• Document 2 : Le programme électoral de François Mitterrand en 1981.

II. L'emploi : la croissance sociale par la maîtrise de l'économie 18) 150 000 emplois seront créés dans les services publics et sociaux en vue d'améliorer les conditions de travail et les capacités d'accueil au public (santé, éducation, P. et T., etc.). 60 000 emplois d'utilité collective seront mis à la disposition des associations et des collectivités locales. [...]
21) Le secteur public sera élargi par la nationalisation des neuf groupes industriels prévus dans le Programme commun et le programme socialiste, de la sidérurgie et des activités de l'armement et de l'espace financées sur fonds publics. La nationalisation du crédit et des assurances sera achevée.
22) Le contrat de travail à durée indéterminée redeviendra la base des relations du travail ; les capacités d'intervention du syndicat dans l'entreprise seront étendues et affermies : moyens et protection des délégués élus, temps consacré à l'information et à l'expression collective. [...] 31) Le SMIC sera relevé. Son montant sera fixé après négociations avec les organisations syndicales. La nouvelle hiérarchie des salaires inscrite dans les conventions collectives sera respectée. Les prestations pour handicapés et le minimum vieillesse seront portés au niveau des 2/3 du revenu moyen. Les prestations familiales seront revalorisées de 50 % en deux étapes. Les indemnités de chômage seront fortement augmentées. [...]

« Les 110 propositions » de François MITTERRAND (extraits)
Source : www.psinfo.net

 

  • Document 3 : L'analyse de la situation politique par un journaliste en 1988.

Un journaliste écrit au lendemain du 2e tour des élections présidentielles.

Mitterrand, dès le 20 mars, s'est présenté en architecte aguerri par une double alternance, - dont la période cohabitation - et susceptible à ce titre de promouvoir un nouveau fonctionnement de la démocratie politique. Sa candidature était celle d'un Président de « centre gauche », plaidant inlassablement, y compris contre certaines inclinaisons de son opinion militante, pour une union entre le parti socialiste et la droite modérée. Aujourd'hui, il est aussi l'élu de cette droite. Tout ce qui pourrait évoquer la revanche de la gauche sur la droite, compromettrait l'avenir. Les valeurs de la victoire sont bien la tolérance et le respect des autres et le refus des exclusions. [...]
Ce qui divise la société française ce n'est plus prioritairement l'affrontement droite-gauche, même si cette division garde de sa vigueur, mais le développement d'une société à deux vitesses, entre celle qui participe, accompagne bon gré mal gré, la modernisation économique et européenne qui se fait à grande vitesse et celle qui la vit comme un déclin cauchemardesque et qui s'est exprimée au premier tour à travers le vote lepéniste. [...] Mitterrand parce qu'il n'a cessé de défendre depuis 1984 un « social libéralisme », une modernisation et une européanisation « tempérée », accompagnée de garde-fous sociaux, a rassuré la partie la plus tourmentée de l'électoral. Le vote de désespérance « sociale » qui aura dominé le premier tour aura sans doute été décisif dans les reports de voix du second tour. A charge pour le Président et son futur Premier ministre d'en tenir compte. Ils y seront contraints, de toutes les manières, par la réalité qui promet d'être turbulente. La fatalité de la crise a cessé d'être le credo social et de justifier les politiques de rigueur successives : elle est devenue insupportable.
Face à cette situation qui affecte peu ou prou un tiers de la société française, Mitterrand défend une « union des compétences » qui permette d'y faire face au-delà des frontières politiques antérieures.

Serge JULY, « Civiliser la démocratie », Libération, 9 mai 1988.


• Document 4 : Déclaration de Jacques Chirac au soir de son élection en 1995.

Mes chers compatriotes,
À l'heure où je parle, les résultats connus montrent que vous avez décidé de me confier la plus haute charge de l'État. J'exprime ma profonde gratitude à toutes celles et à tous ceux qui m'ont accordé leur confiance. Et je salue tous les autres avec respect.
Mes chers compatriotes, je serai le Président de tous les Français. Je mesure la gravité des responsabilités qui vont être les miennes, je mesure la difficulté de la tâche qui nous attend. Comme vous, je veux un État vigoureux, impartial, exigeant pour lui-même et soucieux de la bonne utilisation des deniers publics, un État qui n'isole pas ceux qui gouvernent du peuple qui les a choisis. Notre bataille principale a un nom : la lutte contre le chômage. Les remèdes classiques ont fait long feu, il faut une nouvelle approche, de nouvelles méthodes, il faut, avant de prendre quelque décision que ce soit, se poser la question : est-ce que c'est bon pour l'emploi ? Toutes les initiatives seront soutenues, toutes les énergies seront mobilisées, toutes les réussites seront encouragées. Et il en sera de même pour la lutte contre l'exclusion.

Jacques CHIRAC, dimanche 7 mai 1995
Source : www.elysee.fr

 

  • Document 5 : Les résultats des élections présidentielles de 1974 à 1995.

(En pourcentage des suffrages exprimés au premier et au second tour ; les résultats au second tour sont en caractères













PREMIERE PARTIE

1. Repérez les éléments qui permettent d'identifier la "droite" et la "gauche" dans la vie politique française à travers les documents 1, 2 et 5.
2. Montrez que ces distinctions ne sont pas aussi tranchées (documents 3 et 4).
3. Quelles autres forces politiques se sont affirmées pendant cette période (documents 3 et 5) ?
4. Définissez les termes d' "alternance" et de "cohabitation" (document 3).

DEUXIEME PARTIE
A l'aide des réponses aux questions, des informations contenues dans les documents et de vos connaissances personnelles, rédigez une réponse organisée au sujet : "les évolutions politiques en France (1974-1995)".

1. Repérez les éléments qui permettent de distinguer la « droite » et la « gauche » dans la vie politique française à travers les documents 1,2 et 5.

Valéry Giscard d'Estaing oppose sa tendance politique qui a soutenu l'action du général de Gaulle et promeut des réformes et les tenants du programme commun de gouvernement, un programme « collectiviste » avec une participation communiste.

Le programme électoral de François Mitterrand en 1981 se caractérise par un vaste programme de nationalisations, un renforcement de l'État providence (augmentation des prestations sociales), du droit syndical dans l'entreprise, des congés.

La classification du tableau (document 5) montre que François Mitterrand appartient au parti socialiste, traditionnellement classé à gauche tandis que Valéry Giscard d'Estaing se rattache à la tendance libérale, traditionnellement classée à droite.

 

2. Montrez que ces distinctions ne sont pas aussi tranchées (documents 3 et 4).

Pour Serge July, ce qui divise la France, « ce n'est plus prioritairement l'affrontement droite-gauche ». Il évoque (en 1988) une union entre le parti socialiste et la droite modérée. Le problème nouveau est la « désespérance sociale » qui fragilise les partis au pouvoir qui ne parviennent pas à résoudre la question du chômage.

En 1995, Monsieur Chirac, au soir de son élection, fait de la lutte contre le chômage une priorité et parle d'un État vigoureux, thématiques qui appartiennent plutôt, dans une vision traditionnelle de l'opposition droite-gauche, à la gauche.

 

3. Quelles autres forces politiques se sont affirmées pendant cette période (documents 3 et 5) ?

D'une part, on note un éparpillement croissant des voix au premier tour, d'autre part une croissance des résultats de Jean-Marie Le Pen (15% en 1995 au premier tour) et d'Ariette Laguiller (5% en 1995) tandis que diminue le score électoral du parti communiste.

 

4. Définissez les termes d' « alternance » et de « cohabitation » (document 3).

L'alternance est la succession au pouvoir, normale en démocratie, de responsables politiques de tendances différentes, voire opposées. La première alternance de la Ve République a lieu en 1981. Il y a cohabitation à la tête de l'exécutif lorsque le Premier ministre n'est pas issu de la même majorité politique que le président de la République. La première cohabitation a lieu en 1986 sous la présidence de François Mitterrand.

 

La réponse organisée au sujet :

Les années 1974-1981 correspondent à la présidence de Valéry Giscard d'Estaing soutenu par la droite libérale et gaulliste (documents 1 et 5). Ces années marquent l'apogée de la bipolarisation de la vie politique française avec quatre partis principaux, l'UDF et les gaullistes (RPR à partir de 1976) opposés aux partis socialiste et communiste. Après les années de Gaulle, la présidence de Valéry Giscard d'Estaing est marquée par l'introduction, dans la loi, des évolutions sociales

(IVG...).

1981 est l'année de la première alternance : François Mitterrand, élu sur un programme de nationalisations et de renforcement de l'État providence (document 2) veut appliquer un programme de gauche et la participation de ministres communistes au gouvernement atteste de cette volonté. Il dissout l'Assemblée et bénéficie ainsi d'une majorité parlementaire. Dès 1983, les difficultés budgétaires incitent à ralentir les réformes.

À partir de 1986, le pays entre dans une ère d'alternances et de cohabitations, les électeurs provoquant des changements de majorité à chaque élection. Après les élections législatives de 1986, la droite privatise les entreprises nationalisées par la gauche. En 1988, François Mitterrand est réélu mais les communistes ont perdu leur électoral traditionnel tandis que Jean-Marie Le Pen fait une poussée spectaculaire (document 5). Droite et gauche au gouvernement tentent surtout de lutter contre le chômage (document 4), provoquant un certain brouillage des clivages politiques traditionnels, accéléré par la fin des idéologies héritées de la guerre froide. Le déplacement des enjeux au niveau européen (cf. Maastricht) et mondial, le chômage, de nouvelles questions de société comme les problèmes des liens familiaux provoquent des recompositions au sein des partis selon des clivages qui n'obéissent plus à la classique opposition droite / gauche.

 

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