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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 21:10

hine_tenement.jpgLewis Hine, pionnier de la photographie sociale, à la Fondation Cartier-Bresson

Vous ne savez peut-être pas qui est Lewis Hine. Mais vous connaissez forcément ses images. C'est ce photographe américain, né en 1874 et mort en 1940, qui a donné un visage, ou plutôt des visages, au rêve américain : ceux d'immigrants dépenaillés, les yeux pleins d'espoir, gravissant les escaliers d'Ellis Island en 1905. Il a laissé aussi des images d'enfants au travail, minuscules silhouettes perdues au milieu d'immenses machines.

On peut toutes les voir à la Fondation Henri Cartier-Bresson, qui consacre au photographe sa première rétrospective d'ampleur avec 150 tirages. Les images sont fortes, mais les tirages présentés à la fondation ne sont pas d'une qualité exceptionnelle. Et pour cause : Lewis Hine ne cherchait pas être exposé en galerie, il voulait avant tout diffuser ses images dans des conférences, des publications.

"Si je pouvais raconter une histoire avec des mots, écrivait Hine, je ne me baladerais pas avec un appareil photo." Lewis Hine est l'un des premiers à avoir saisi l'incroyable pouvoir de démonstration de la photographie. Formé à la sociologie, cet Américain d'origine modeste est d'abord enseignant. Il passe à la photo pour illustrer ses sujets et défendre des causes : dénoncer l'exploitation des enfants, montrer les conditions de vie terribles des habitants des taudis, des Noirs américains, des réfugiés de guerre. Il se fait engager par le Comité national sur le travail des enfants (NCLC) et par la Croix-Rouge américaine.

Rien ne vaut un portrait

Pour convaincre le public, pensait Hine, rien ne vaut un portrait. A Ellis Island, avec son appareil peu maniable, il s'efforce d'isoler des individus dans la foule. C'est ainsi qu'une mère italienne se voit transformée en madone, symbole universel. Les enfants privés d'enfance lui offrent aussi des tableaux saisissants : pour le NCLC, Hine parcourt des milliers de kilomètres pour montrer dans tout le pays des petits ramasseurs de coton, des cireurs de chaussures ou des distributeurs de journaux, qui regardent l'objectif avec des yeux interrogateurs. Lewis Hine prend ses photos sans pathos, avec un souci documentaire. Mais sans s'interdire pour autant la mise en scène quand elle peut servir "sa" vérité.

Sur le fond, Hine est réformiste, pas révolutionnaire. Et plutôt optimiste. Après la première guerre mondiale, il s'engage sur des sujets moins sombres : son livre Men at Work est un hymne au travail. Il loue l'habileté des ouvriers, fourreurs, pâtissiers. A 57 ans, il grimpe même sur l'Empire State Building avec son gros appareil pour en couvrir la construction : il en tire des images vertigineuses et splendides, inspirées par le modernisme.

Mais, bientôt, l'approche de Hine ne fait plus recette. Il manque de commandes, et le monde de l'art peine à faire une place à cette photo entre art et document. Quand le photographe meurt - dans la misère -, ses archives aboutiront à la Photoleague, une association de photographes, après avoir été refusées par le MoMA. Cent après, ses photos n'ont pourtant pas perdu leur force, et ce sont ses images d'immigrés qui accueillent les touristes au musée d'Ellis Island.


"Lewis Hine", Fondation Henri Cartier-Bresson. 2, impasse Lebouis. Paris 14e. Tél. : 01-56-80-27-00. Du mardi au dimanche, de 13 heures à 18 h 30, le samedi de 11 heures à 18 h 45, nocturne gratuite le mercredi. Mo Gaîté et Edgar-Quinet. 6 € et 4 €. Sur le Web : Henricartierbresson.org. Jusqu'au 18 décembre. Claire Guillot

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