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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 13:17

020377861638_web.jpgPourquoi l'industrie a perdu 2 millions d'emplois en trente ans

[ 22/02/10  ]

Un document de travail du ministère de l'Economie analyse l'impact de l'externalisation, des gains de productivité et de la mondialisation sur l'emploi industriel. La concurrence étrangère explique une part grandissante des destructions de postes.

45 % des suppressions d'emplois seraient, en réalité, imputables au commerce international.

 

Sauf changement de dernière minute, c'est la semaine prochaine que  Nicolas Sarkozy présentera sa « nouvelle politique industrielle », fruit des propositions des Etats généraux de l'industrie lancés en octobre dernier. Le président de la République répétant son refus d'une « France sans usines », l'objectif est connu : mettre un terme à une désindustrialisation engagée de longue date et que la crise n'a fait qu'amplifier. Depuis le premier choc pétrolier, en 1974, l'emploi industriel s'est contracté de près de 40 %, selon les données de l'Insee.

Un document de travail que vient de publier la Direction générale du Trésor et de la politique économique (DGTPE) du ministère de l'Economie analyse les raisons qui ont abouti à la perte de près de deux millions d'emplois industriels entre 1980 et 2007.

Il en ressort d'abord qu' « une partie non négligeable de la baisse de l'emploi industriel observée dans les statistiques apparaît artificielle », indique Lilas Demmou. Selon l'auteur de l'étude, les industriels ont cherché à renforcer leur efficacité en externalisant une partie de leurs activités vers le secteur des services. Et cela en recourant notamment à l'intérim, dont les employés sont comptabilisés dans le secteur tertiaire même si leur activité reste industrielle. « Ces transferts d'emplois peuvent être estimés à 25 % des pertes d'emplois industriels de 1980 à 2007 », calcule-t-elle.

Concernant la destruction des 1,5 million de postes restants, le progrès technique a, logiquement, fortement pesé : les gains de productivité réalisés au cours des trente dernières années seraient à l'origine de 30 % des pertes d'emplois. D'une part car ils ont réduit le besoin de main-d'oeuvre, d'autre part car ils ont entraîné une hausse, des revenus et ainsi modifié la structure des dépenses des ménages vers les services. Reste enfin à mesurer les effets de la mondialisation. L'industrie française s'est ouverte vers l'extérieur : son déficit commercial est passé de 15 milliards d'euros en 1980 à 54 milliards en 2007. Mais l'impact sur l'emploi « apparaît plus difficile à évaluer compte tenu de la relation complexe qui existe entre importations et production domestique », précise l'étude. Selon une stricte approche comptable, fondée sur le contenu en emploi des échanges, la concurrence étrangère expliquerait 13 % des destructions de postes. Mais cette méthode minorerait la réalité. Selon l'économiste, 45 % des suppressions d'emplois seraient, en réalité, imputables au commerce international. Quelle que soit la méthode utilisée, un fait est acquis : l'impact de la concurrence étrangère s'est amplifié depuis 2000.

Délocalisation

Au sein de cette mondialisation, l'étude tente de distinguer l'impact des pays émergents et des délocalisations. Si les échanges commerciaux entre la France et les pays émergents sont en forte croissance, les montants concernés restent très faibles (moins de 2 % du PIB). Selon le document, ils seraient tout de même à l'origine de la destruction de 330.000 emplois entre 1980  et 2007, soit 17 % de l'emploi industriel, à mettre en regard des 45 %  d'emplois détruits en raison de la mondialisation. Lilas Demmou estime par ailleurs qu'environ 15.000 emplois ont été délocalisés en moyenne par an entre 2000 et 2003.  Ces délocalisations expliqueraient ainsi entre 10 %  et 20 % des diminutions d'effectifs industriels.  «  La concurrence en provenance des pays à bas salaires n'explique donc qu'une part limitée de la détérioration de l'emploi industriel », estime-t-elle. 

FRÉDÉRIC SCHAEFFER, Les Echos


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Soixante ans d'économie française : des mutations structurelles profondes (17/07/2008 publié dans : La France de 1945 à nos jours )
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