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La formation des sociétés industrielles au XIXème siècle est accompagnée par l'apparition de nouvelles idéologies qui fournissent des explications globales et contradictoires des évolutions en cours.
Ces idéologies répondent en particulier aux questions suivantes: quelles conceptions de l'économie inspirent les sociétés industrielles ? Pourquoi et comment s'organisent ces sociétés ?

Le libéralisme, idéologie longtemps dominante

Il inspire la plupart des dirigeants politiques et économiques.

Les principes du libéralisme économique
Il ne faut pas le confondre avec le libéralisme politique qui lui est antérieur et dont les principes ont été résumés dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen en 1789. Ses principaux théoriciens ont été J Locke puis J J Rousseau qui se sont peu intéressés à l'économie.
Le libéralisme économique est né dans la deuxième partie du XVIIIème siècle d'abord avec les Français Quesnay et Turgot puis avec l'Anglais Adam Smith dont l'ouvrage Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776) aura un très grand succès. Il inspirera la grande majorité des économistes jusqu'en 1939 autour d'un corps de doctrine dont les principaux aspects sont les suivants: tout comme les organismes vivants ou le mouvement des planètes....., l'économie est régie par des lois naturelles (par exemple l'exercice du droit de propriété). Ces lois naturelles déterminent en particulier l'existence du marché qui est régie par la loi de l'offre et de la demande. Afin que l'économie prospère et assure le bonheur de l'Humanité, ces lois naturelles qui régissent l'économie doivent pouvoir fonctionner librement, sans aucune entrave. De ces principes découlent les conséquences suivantes.
la concurrence est le moteur de l'économie, de ce fait l'individu doit disposer de la plus totale liberté en tant qu'acteur économique.
- l'intérêt individuel est toujours en harmonie avec l'intérêt général.
- l'État, par nature, occupe la sphère politique et ne doit pas intervenir dans le domaine économique qui lui est étranger. Son rôle est au contraire de réprimer les actes qui empêchent le fonctionnement normal des lois économiques, comme par exemple le vol, les grèves....Sa fonction est d'être un État- gendarme.

Applications et nuances du libéralisme
L' application du libéralisme est résumée par la formule "laisser faire, laisser passer". Laisser faire, c'est à dire permettre la pleine liberté d'entreprendre, interdire les associations professionnelles (corporations, syndicats.....). Laisser passer revient à pratiquer le libre échange, c'est à dire la libre circulation des marchandises par la suppression ou l'abaissement des droits de douane.

Les limites du libéralisme
Plusieurs nations développent leur puissance industrielle grâce au rôle décisif joué par l'Etat (Allemagne, Russie, Japon) et en pratiquant le protectionnisme.
Durant les crises économiques, certains principes du libéralisme sont remis en cause: retour du protectionnisme, chaque nation cherchant à protéger son économie de la concurrence étrangère.
du fait de la concentration croissante qui aboutit à la formation de monopole, les Etats- Unis se dotent sous le président Théodore Roosevelt et surtout sous le président Wilson en 1914 d'une législation antitrust justifiée par la formule "trop de concurrence tue la concurrence".
Pendant la Première Guerre Mondiale, l'instauration d'une économie de guerre dans les pays belligérants s'accompagne de l'apparition du dirigisme dont certains aspects se maintiendront la paix une fois revenue.
La grande crise des années 30 voit le rôle de l'Etat se renforcer à nouveau tandis que l'économiste anglais J.M. Keynes critique sévèrement l'organisation de l'économie libérale et propose une modernisation du capitalisme comportant une intervention de l'État dans l'économie. Cette critique se veut aussi une réponse aux partisans du socialisme qui souhaitent l'abolition du capitalisme.


Le socialisme, une condamnation du capitalisme

Les socialismes
Les doctrines socialistes sont très diverses; elles ont cependant 2 points communs: sans rejeter l'héritage des Lumières, elles condamnent l'inégalité sociale et veulent une organisation collective de l'économie. On peut classer les théoriciens du socialisme en 3 groupes:
- les modérés appelés souvent utopistes qui développent leurs idées dans la première moitié du XIXème siècle: Saint Simon, Fourier, Owen, L Blanc.....
- les révolutionnaires qui apparaissent plus tard vers 1850: A Blanqui, K Marx......
l- es anarchistes qui veulent une abolition totale de l'Etat: Proudhon, Bakounine.....
Les idées de K. Marx vont avoir un tel rayonnement qu'elles marqueront profondément la vie intellectuelle et politique du monde pendant plus d'un siècle. Elles joueront en particulier un rôle décisif dans le développement du mouvement ouvrier.

Formation et développement du mouvement ouvrier
Le monde ouvrier donne naissance à deux types d'organisations complémentaires: les syndicats et les partis ouvriers appelés aussi partis socialistes.
Les syndicats sont des organisations de défense des salariés qui agissent surtout dans le cadre des entreprises face aux patrons; ils interviennent donc au niveau social.
Les partis socialistes se donnent un double objectif: obtenir de la part du pouvoir politique des réformes favorables aux ouvriers; s'emparer du pouvoir dès que possible pour réaliser le socialisme; leur action se situe au niveau politique.
Des origines à 1939, le mouvement ouvrier se développe en 3 phases:
1) Des origines aux années 1860-1870, il est marqué par l'éparpillement, les faiblesses, les divisions mais aussi par l'exemple des ouvriers britanniques. L'échec des révoltes ouvrières (luddisme jusqu'en 1820, révolte des Canuts de Lyon en 1831), très durement réprimées, suivies de nombreuses condamnations à mort, entraîne l'apparition des premiers syndicats qui restent longtemps illégaux. En Angleterre, dès 1824, leur existence est autorisée sous le nom de Trades Unions, en 1833 le travail des enfants de moins de 8 ans est interdit et les T.U. obtiennent en 1850 la journée de 10 heures. Ces succès des syndicats anglais encouragent la naissance et le développement du syndicalisme dans le reste de l'Europe. Par exemple, en France la journée de 12 heures est obtenue en 1848. Par contre, les groupes politiques socialistes restent très peu influents. Par exemple, la Ligue des communistes créée en Allemagne par K. Marx en 1847 disparaît au bout de quelques années.
2) Des années 1860-1870 à 1914, le mouvement ouvrier grossit et tend à se structurer, à s'unifier et à prendre une dimension internationale. Dans cette période, le mouvement ouvrier allemand va jouer un rôle moteur.
En 1864 est créée à Londres: l'A.I.T (Association internationale des Travailleurs), la Ière internationale, qui regroupe la majeure partie des syndicats et des organisations socialistes d'Europe. Les idées de K. Marx y deviennent rapidement dominantes mais du fait de ses divisions internes, elle périclite et est dissoute en 1876. Son action aura encouragé la formation de partis socialistes dans chaque nation par le regroupement de petites organisations.
En Allemagne, le Parti ouvrier social-démocrate (SPD) est fondé dès 1869; son développement est rapide; en 1914, très fortement organisé, il compte 1 million de membres, représente 34% des électeurs et restera jusqu'en 1933, le parti socialiste le plus puissant du monde. Le parti encourage la multiplication de syndicats qu'il contrôle étroitement. En 1914, 2,5 millions d'ouvriers allemands sont syndiqués. L'exemple allemand devient le modèle à suivre pour le mouvement ouvrier européen, surtout à partir de 1889 avec la création de la IIème Internationale ou Internationale ouvrière qui réunit et coordonne les organisations socialistes d'Europe.
En 1905, la formation du Labour Party (Parti travailliste) s'effectue surtout à l'initiative des Trades Unions. En 1914, ce parti compte 1,4 millions de membres (avec les syndiqués).
En France, l'unification des socialistes se fait en 1905 avec la création de la S.F.I.O.(Section française de l'Internationale ouvrière) mais le développement du syndicalisme se fait séparément.
3) Dans l'Entre-Deux-Guerres, le mouvement ouvrier devient un phénomène de masse marqué par la division entre socialistes et communistes. Pendant la guerre, les partis membres de la IIème internationale sont divisés entre ceux qui sont favorables à "l'Union sacrée" pour gagner la guerre et ceux qui combattent contre la poursuite du conflit. Ces derniers sont enthousiasmés par la révolution bolchevique de 1917 qui négocie la paix avec l'Allemagne. Après la guerre, la plupart des opposants socialistes à la guerre quittent les partis socialistes et créent les partis communistes qui adhèrent à la IIIème Internationale ou Internationale communiste fondée à Moscou en 1919. Les syndicats se divisent eux-aussi; par exemple en France, les communistes organisent la C.G.T.U. Les communistes ont une certaine influence en France, en Italie et surtout en Allemagne.
Malgré cette division, l'influence du mouvement ouvrier augmente fortement dans les années qui suivent la guerre: les effectifs des syndicats et des partis socialistes et communistes progressent de manière spectaculaire, de même que l'influence électorale. Ces succès sont surtout nets pour les socialistes qui parviennent au pouvoir dans plusieurs pays: en Allemagne de 1919 à 1925, au Royaume Uni en 1923 et en 1929, en Suède et au Danemark sans interruption à partir du début des années 20, en France et en Espagne en 1936-1937..... Dans tous ces pays, des réformes plus ou moins profondes selon les cas permettent une nette amélioration des conditions de vie de la population. Mais cette progression du mouvement ouvrier se heurte à une montée de l'extrême- droite, surtout dans les années 30.

 

 

Théorie libérale

Théorie marxiste

Vision de la société

société individuelle

société collective (dite communiste )

Vision de l'économie

liberté économique .respect de la propriété privée . Capitalisme

Collectivisation des moyens de production (c'est le socialisme)

Vision de l'Etat

Etat doit favoriser les libertés individuelles et ne doit pas intervenir : démocratie

Dictature du prolétariat

Rôle essentiel de l' Etat dans tous les secteurs

 

Traditionalisme et réaction (1850-1914)

Les traditionalistes sont des réactionnaires 
Ils refusent la société industrielle et urbaine ainsi que le libéralisme politique, considéré comme l'héritage des Lumières et de la Révolution française.
Ils veulent une société de type Ancien Régime. Leur influence est importante surtout en France et en Allemagne dans l'aristocratie, l' Eglise, chez les officiers et les notables.
Ils refusent l'individualisme car ils considèrent que l'Homme, fondamentalement mauvais, doit être solidement intégré dans un ensemble très hiérarchisé qui l'encadre et lui permet d'occuper la place qui lui revient dans la société. Par conséquent, les traditionalistes sont en général très attachés au principe de la monarchie autoritaire, à la religion et à la puissance de l'Eglise, à la famille placée sous l'autorité du chef de famille, aux corporations réunissant patrons et ouvriers, à la prédominance de l'agriculture, et enfin à la nation; de ce fait, ils sont ultra-nationalistes et antisémites.

Le fascisme 1919-1939
Il reprend des thèmes du traditionalisme (ultra-nationalisme, hostilité à la démocratie.......) mais  présente des caractères nouveaux:
- il se veut moderne, tourné vers l'avenir.
- il s'organise en parti de masse qui recrute surtout dans les classes moyennes et pratique le culte du chef.
- il se donne pour objectif l'expansionnisme territorial.

Conclusion: La seconde moitié du XIXème siècle a vu se développer, parallèlement à la montée en puissance de l'industrie, des idéologies nouvelles qui marqueront ensuite profondément toute l'Histoire du XXème siècle. Condamnant ou au contraire faisant l'apologie du capitalisme, elles fournissent des visions opposées de la modernité et de l'avenir de l'Humanité.

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