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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 11:19

Les flux migratoires ralentissent fortement sous l’effet de la crise

 

Le Monde.fr | 12.07.10 | 14h45 

 

 L'immigration a ralenti à peu près partout dans le monde sous l'effet de la crise. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui présentait lundi 12 juillet son rapport sur les Perspectives des migrations internationales 2010, les entrées de migrants "permanents" – ceux qui bénéficient d'un permis de séjour renouvelable – ont chuté de 7 % en 2008, à 4,18 millions de personnes. Parallèlement, les migrations temporaires – permis de séjour non renouvelables – ont fléchi de 4 %, à 2,31 millions de personnes.

En revanche, l'immigration familiale a progressé de 3 % tout comme celle à caractère humanitaire (+14 % pour les demandeurs d'asile). Ces baisses enregistrées en 2008 sont d'ores et déjà confirmées par les premières tendances notées par l'OCDE pour 2009. Surtout, elles interviennent après cinq ans de hausse continue (11 % depuis 2003).

Ce fléchissement se concentre sur les flux migratoires liés au travail. Il s'explique soit par une chute brutale des demandes des employeurs, comme aux Etats-Unis, soit par l'adoption de politiques restrictives : l'Espagne a ainsi réduit la liste des professions en pénurie tandis que la Corée du Sud a diminué le "quota d'étrangers".

BAISSE DES MIGRATIONS LIÉES AU TRAVAIL

Dans les espaces de libre circulation, comme l'Union européenne, les baisses sont à la fois plus amples mais mieux régulées : un immigrant hésitera moins à renoncer à son projet ou à rentrer au pays, car il sait qu'il pourra partir ou repartir plus aisément. En matière d'immigration permanente, dont 20 % sont des migrations liées au travail, les plus fortes baisses se concentrent en Espagne (–43 %), en République tchèque (–27 %), en Italie (–26 %) et en Irlande (–24 %). A l'opposé, nombre de pays sont restés, en 2008, sur leur lancée, maintenant des flux d'entrée élevés, car touchés plus tardivement par la crise, comme au Portugal (+54 %).

Les variations des grands pays d'immigration européens sont plus faibles : –5 % au Royaume-Uni et –2 % en Allemagne et +4 % en France. Au sein de l'Union, le cas de la Suède est atypique : en dépit de la crise, Stockholm a maintenu une forte politique d'ouverture de ses frontières : les demandes de permis de travail y ont progressé de 30 % de 2008 à 2009, et 85 % d'entre elles ont bénéficié d'un avis favorable. Le territoire américain, lui non plus, n'a pas fermé ses frontières : les Etats-Unis ont accueilli 5 % d'immigrés de plus de 2007 à 2008 et le Canada +4 %.

Certaines de ces baisses ou de ces hausses doivent être, cependant, relativisées, indique l'OCDE. Dans plusieurs pays, les chiffres sont un peu biaisés. En Italie, les statistiques ont, par exemple, progressé lors de l'intégration des Roumains et des Bulgares entrés clandestinement dans le pays. Mais elles ont diminué d'autant pour cause d'adhésion des deux pays à l'UE, en 2007.

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LES MIGRANTS PLUS RAPIDEMMENT TOUCHÉS PAR LE CHÔMAGE

Au Portugal, la forte hausse du nombre de migrants enregistrée est liée à "la conséquence d'un programme spécial permettant aux Brésiliens arrivés dans le pays depuis plusieurs années de régulariser leur situation et donc d'être pris en compte dans les statistiques", note le rapport.
Le classement des Etats est un peu bouleversé si l'on se réfère aux migrations temporaires (dont les travailleurs saisonniers), qui représentent la mesure la plus indiscutable des demandes en main-d'œuvre. Les Pays-Bas, qui enregistrent un effondrement des entrées de travailleurs temporaires (–67 %), mais aussi l'Italie (–39 %), la France (–25 %) et le Royaume-Uni (–18 %) figurent en tête. Aux Etats-Unis, selon l'OCDE, "le nombre de demandes de travailleurs temporaires s'est aussi effondré", passant de 729 000 demandes en 2007 à 479 000 en 2009. En Australie, les demandes des employeurs pour des travailleurs temporaires qualifiés ont fondu en 2009 de 60% par rapport à 2008. En Espagne, le programme d'emploi des travailleurs saisonniers a enregistré une baisse encore plus spectaculaire : les demandes qui étaient au nombre de 41 300 en 2008 sont tombées à 3 600 en 2009.

En période de récession, la main-d'œuvre étrangère joue un rôle d'amortisseur sur le marché de l'emploi et cette crise ne faillit pas à la règle. De 2008 à 2009, le taux de chômage des migrants s'est accru dans tous les pays de l'OCDE, qui déplorent "l'impact disproportionné de la crise économique sur l'emploi des immigrés".

Les femmes s'en sortent mieux que les hommes, notamment parce qu'elles occupent un emploi dans le secteur social, moins sensible à la crise. Mais "dans tous les cas – à l'exception du Royaume-Uni –, la hausse du chômage est plus rapide que pour les autochtones", insiste le rapport.

 

Brigitte Perucca

 


 

L’argent des migrants pour aider le Sud ?

 

Par Ludovic Lamant

Article publié sur Mediapart le dimanche 11 juillet 2010

Pas moins de trois ministères sont sur le coup. Bercy, l’immigration et les affaires étrangères ont présenté, jeudi 8 juillet, la nouvelle version d’un site internet, Envoi d’argent, censé faciliter les transferts d’argent des migrants installés en France, vers leurs familles restées au pays. Si l’intérêt de l’exécutif est si vif, c’est que le marché est massif, et, malgré la crise, très prometteur. Huit milliards d’euros ont ainsi été envoyés en 2009 depuis la France, par des migrants à leurs familles aux quatre coins de la planète. Un flux en progression de 10% par an depuis 2002, à peine freiné par la crise en cours. Au Sénégal ou au Mali, l’envoi d’argent des seuls migrants de France représente 10% environ du Produit intérieur brut national (PIB).

Sur le terrain, un début de révolution : le quasi-monopole deWestern Union, présent dans quelque 6.000 bureaux de poste français depuis 1994, est en train de se fissurer. MoneyGram, deuxième opérateur du secteur, veut déployer ses services chez les buralistes de l’Hexagone. D’autres acteurs cherchent à s’implanter. Cette nouvelle concurrence, facilitée par une directive européenne de 2009, devrait entraîner une diversification des services proposés et, surtout, une baisse des prix pour les particuliers. MoneyGram propose par exemple une gamme de «transferts différés » à prix cassés (l’argent est disponible, non pas instantanément, mais au bout de 24 à 48 heures). Maroc Telecom devrait lancer d’ici septembre un système de transfert d’argent par téléphone portable, entre la France et le Maroc.

Cette intensification de la concurrence est saluée par la communauté internationale. Au G-8 de L’Aquila, en juillet 2009, les chefs d’État avaient plaidé pour une baisse de moitié des taux appliqués aux transferts, d’ici à cinq ans, actuellement à 9,7% en moyenne. Car le sujet ne se restreint pas, bien sûr, à la France. A l’échelle de la planète, ces flux d’argent des migrants (remittances) ont atteint 328 milliards de dollars en 2008, selon la Banque mondiale. Presque trois fois plus importants que les budgets de l’aide publique au développement (APD), ressortis à 119 milliards de dollars l’an dernier au sein des membres de l’OCDE.

Une comparaison d’autant plus impressionnante qu’une bonne partie des transferts vers les pays d’origine doit se faire de manière informelle.

 

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Encourager la fuite des cerveaux ?

La carte des «remittances» (Fida/2006) Il n’en fallait pas plus, aux dirigeants des pays du Nord, pour faire des remittances l’un des piliers à venir de leur politique de développement. Les transferts de migrants, plus forts que l’APD, à l’efficacité si souvent contestée ? De l’argent privé plutôt que des fonds publics ? En pleine vague d’austérité au Nord, l’idée en séduit plus d’un. D’après un document de travail de l’Agence française de développement (AFD), 80% de ces transferts sont directement consommés par des «ménages récipiendaires », c’est-à-dire les familles des migrants. En fait, dans bien des cas, les remittances permettent, au Sud, d’amortir les chocs les plus violents (flambée des prix des produits alimentaires, catastrophe naturelle, etc.). Il n’est toutefois pas exclu d’imaginer une utilisation plus ambitieuse des fonds, à l’échelle d’une commune ou d’une région.

Des professionnels du développement observent avec un certain scepticisme cette nouvelle mode pour l’argent des migrants. «Très bien, pourquoi pas... Mais en aucun cas cela ne doit être présenté comme le moteur d’une politique du développement. Cela ne tient pas lieu d’une politique publique ! », prévient Sébastien Fourmy, d’Oxfam France-Agir Ici. Les transferts des migrants n’ont qu’un impact très faible, par exemple, dans les campagnes. Le risque, dénoncé par des ONG : que l’argent des migrants fasse oublier les belles promesses sur l’aide publique au développement. La France, qui a consacré en 2009 0,46% de son Revenu national brut à l’aide, contre 0,39% en 2008, reste très loin de l’objectif de 0,7%, censé permettre d’atteindre, en 2015, les Objectifs du millénaire.

Depuis le G-8 de L’Aquila, les chefs d’Etat des pays les plus riches ne jurent plus que par la «whole of country approach to development » (une «approche globale du développement »), censée inclure les dons publics et les prêts à taux préférentiel, mais aussi la relance du secteur privé, et une myriade de financements dits «innovants ». «Paris joue à brouiller les contours de l’aide. La stratégie, c’est de faire passer pour has been, pour totalement dépassé, l’objectif de 0,7% d’aide publique... Mais avec des microsolutions, on ne répond pas aux méga-problèmes », regrette Sébastien Fourmy.

De son côté, Lise Chauvet, chercheur à l’Institut de recherche et du développement (IRD), reconnaît les effets bénéfiques, au niveau local, des remittances . Mais s’inquiète du risque d’institutionnaliser un peu plus la «fuite des cerveaux » en cours, des pays les plus pauvres vers les plus riches.

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 12:16

Voici une série de cartes et graphiques accompagnant le dossier sur les systèmes de santé paru dans « Le Monde diplomatique » de février 2010. Pour mieux comprendre les enjeux du mouvement global de réformes engagé depuis quelques années, mais aussi les difficultés d’en appréhender les contours. Le premier constat est simple, et implacable : selon le pays dans lequel vous vivez, votre durée de vie varie du simple au double. Dans les conditions sanitaires qui prévalent en 2010, un citoyen zimbabwéen ne vit en moyenne que 34 ans en bonne santé, contre 72 années pour un citoyen norvégien. Les cartes ci-dessous, ainsi que celles publiées dans deux précédents billets, « Géographie de l’enfance » et « Eau, assainissement et santé », donnent une idée de l’ampleur des efforts qui restent à fournir pour aboutir à un système de santé digne de ce nom.
Lire la suite.

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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 18:02

Au premier semestre de 2008, les pays en développement ont mieux résisté à la crise financière que les pays développés, leurs systèmes financiers étant moins imbriqués dans les systèmes bancaires très ébranlés des États-Unis et de l’Europe. Leur croissance économique est restée ferme grâce à la hausse des prix des produits de base. Les flux d’IED vers ces pays ont continué d’augmenter, mais à un rythme beaucoup plus lent que les années précédentes, affichant une progression de 17 % pour s’établir à 621 milliards de dollars. Par région, ces flux ont connu un bel essor en Afrique (27 %) ainsi qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes (13 %) en 2008, la hausse des années précédentes se poursuivant dans ces deux régions. Toutefois, au second semestre de 2008 et au début de 2009, le ralentissement économique mondial les a rattrapées, avec pour conséquence une baisse des flux d’IED.

En Asie du Sud-Est, de l’Est et du Sud, les investissement étrangers ont augmenté de 17 %, pour atteindre un niveau record de 300 milliards de dollars en 2008, avant d’accuser une forte chute au premier trimestre de 2009. Le même scénario s’est déroulé dans les pays en transition de l’Europe du Sud-Est et de la CEI, où les IED ont d’abord progressé de 26 %, à 114 milliards de dollars en 2008 (niveau record), pour ensuite plonger de 46 % en année pleine au premier trimestre de 2009.

Les profondes modifications survenues dans la structure des IED pendant l’année écoulée ont bouleversé le classement des principaux pays d’accueil et d’origine. Si, en 2008, les États-Unis ont gardé leur place de premier pays d’accueil et d’origine, beaucoup de pays en développement et de pays en transition sont devenus d’importants bénéficiaires et investisseurs, représentant 43 % des entrées et 19 % des sorties globales d’IED. Un certain

nombre de pays européens ont reculé dans le classement tant en termes d’entrées que de sorties, le Royaume-Uni perdant ainsi sa place de premier pays européen d’accueil et d’origine d’IED. Le Japon a, pour sa part, amélioré sa position en tant que pays d’origine (fig. 2).

En 2008, les flux d’IED vers les pays économiquement et structurellement faibles − pays les moins avancés (PMA), pays en développement sans littoral et petits États insulaires en développement − se sont accrus de 29 %, 54 % et 32 %, respectivement. Toutefois, en raison des caractéristiques de ces trois groupes de pays, et notamment de leur dépendance à l’égard d’un éventail plutôt étroit de produits d’exportation qui ont été victimes d’une chute de la demande dans les pays développés, la crisea exposé au grand jour les difficultés qu’ils avaient à attirer des IED. Dans le cadre de stratégies de diversification, ces pays voudront donc peut-être encourager des IED dans des secteurs moins exposés à des fluctuations cycliques, tels certaines branches d’activité liées à l’agriculture, en particulier denrées alimentaires et boissons.

CNUCED,Rapport sur l’investissement dans le monde, 2009. Sociétés transnationales, production agricole  et développement Nations Unies, New York et Genève, 2009

 

 

Arnaud Rodier, "Plongeon des investissements étrangers dans le monde", Le Figaro, 17/09/2009 | Mise à jour : 20:50.

Annie Kahn, "La crise provoque une baisse mondiale des investissements étrangers", Le Monde, 18.09.09 | 08h10  •  Mis à jour le 18.09.09 | 08h10.

 

 

 

 

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 16:08

Au cours de la dernière décennie, la mondialisation a provoqué une importante délocalisation d’entreprises des pays du Nord vers le Sud, où, notamment, la main-d’oeuvre et les législations du travail sont moins onéreuses pour les entreprises. Plusieurs pays du Sud ont d’ailleurs créé des enclaves économiques, comme les maquiladoras d’Amérique latine et d’Asie, au régime fiscal et parfois réglementaire plus avantageux encore. Parfois, c’est la concurrence entre régions d’un même pays qui provoque la délocalisation. Plus récemment, l’émergence de la Chine comme réservoir de main-d’oeuvre à rabais provoque une délocalisation d’usines des maquiladoras mexicaines, entre autres, vers la côte chinoise.

Zones franches. Selon un rapport de novembre 2002 du Bureau international du travail, le nombre de telles zones franches d’exportations est passé de 79 dans 25 pays en 1975 à 3000 dans 116 pays en 2002. Les zones comptaient en 2002 quelque 37 millions de travailleurs, dont 30 millions pour la seule Chine. Selon le rapport de la Confédération Internationale des syndicats libres, « L’envers des marques », elles en existerait, en 2004, 5174, recrutant 42 millions d’hommes et surtout de femmes. Le BIT est particulèrement inquiète de la réduction des droits du travail dans ces zones par rapport au droit national, soit par une exemption légale expresse, soit par une différence notable d’application. La question est à l’évidence singulière en Chine, où la syndicalisation est partout illégale et réprimée.


Evolution des zones franches d'exportation

(Source : , OIT 2002)

1975

1986

1995

1987

2002

Nombre de pays dotés de ZFE

25

47

73

93

116

Nombre de ZFE

79

176

500

845

3000

Emplois (en millions)

-

-

-

22,5

37,0

- en Chine

-

-

-

18,0

30,0

- ailleurs

-

-

-

4,5

7,0

 
En Amérique latine et en particulier au Mexique, l’expérience des maquiladoras est un fait majeur de la vie économique et sociale. Les conditions salariales octroyées dans ces zones sont souvent supérieures à celles du reste du pays, mais les conditions de travail et les restrictions aux libertés syndicales ou mêmes aux droits démocratiques sont dénoncés avec véhémence par les ONG et les organisations syndicales. L’élimination, prévue par l’ALENA, de l’essentiel des avantages tarifaires des maquiladoras mexicaines depuis janvier 2001 jette cependant un doute sur l’avenir de ces zones au Mexique. Le niveau d’emploi dans les zones mexicaines, qui était passé de 446 000 en 1990, à 1 285 000 en 2000 s’est replié à 1 086 000 en mai 2002, notamment à cause de la compétition chinoise.

Selon le BIT, les zones franches chinoises n’offrent pas d’exonérations fiscales aux investisseurs. L’attractivité de ses zones repose sur un coût du travail extrêmement faible, attirant chez elle des usines jusqu’alors implantées dans d’autres zones franches d’Asie ou d’Amérique latine, où les coûts du travail sont plus importants. Le droit à la syndicalisation, formellement reconnu mais pratiquement restreint dans plusieurs autres zones franches, est évidemment légalement exclu et sévèrement réprimé en Chine communiste. En 2002, selon des estimations d’ONG, la Chine était ainsi devenue la productrice des deux tiers des jouets produits au monde. Selon le BIT, sa part du marché international de vêtements a crû de 9,25% en 1990 à 16,7% en 1999, celle des équipements de télécommunications est passé de 0,9 à 5% sur la même période.

Selon le professeur Pierre Martin, directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines (CÉPÉA), 91 000 emplois québécois (et 400 000 emplois canadiens) sont susceptibles d’être perdus au profit de délocalisation vers la Chine et l’Inde au cours des prochaines années, seulement dans le secteur des services.

Les zones franches s’appuient très largement sur la main-d’oeuvre féminine et le taux de roulement des entreprises est assez élevé, l’emploi ne durant en moyenne que cinq ans.

En termes de contribution générale au développement socio-économique des pays utilisant ces zones, le rapport du BIT conclut ce qui suit :

En l’absence de statistiques fiables et ventilées selon le sexe sur les coûts et bénéfices des ZFE, il est difficile d’évaluer leur contribution au développement socio-économique. Bien que l’on dispose de certaines informations sur le volume des investissements, des exportations et de l’emploi dans les zones, on dispose de très peu de données solides couvrant une période de temps suffisamment longue sur la qualité, le coût et la durée des emplois, sur le degré de transfert des compétences et des technologies non plus que sur le coût d’opportunité des mesures d’incitation fiscales ni sur le coût des infrastructures. Si, pour les pays qui les établissent, les ZFE sont un pas vers une industrialisation axée sur l’exportation, on peut se demander si les entreprises implantées dans ces zones favorisent la création d’emplois décents et si les incitations offertes par les gestionnaires des zones vont dans ce sens. (p. 12)

La CISL, dans son rapport de 2004, est plus ferme et affirme que « de sérieux doutes subsistent cependant quant à la contribution réelle des ZFE au développement. Par leur nature même, les investissements dans les ZFE sont précaires. Leurs auteurs étant susceptibles d’abandonner le pays sur-le-champ dans le cas où une main-d’oeuvre meilleur marché et plus docile leur serait proposée ailleurs » (p. 4).

Licenciements. Pour les seuls États-Unis, le Bureau of Labor Statistics estimait à 18 millions le nombre de salariés ayant perdu leur emploi ou ayant dû déménager lors d’une fermeture ou d’une délocalisation entre 1991 et 1995. Depuis 1997, chaque année environ 1,1 million de salariés sont victimes de licenciements collectifs, avec une pointe à 1,8 million en 2001. (Voir Graphique commenté du Economic Policy Institute et le Graphique des mises à pied tenu à jour par leBureau of Labor Statistics.)

Aux États-Unis, les délocalisations suscitent beaucoup d’inquiétudes et des réactions diverses. Les membres de la CÉPÉA ont répertorié les mesures mises en œuvre et envisagées par les États américains pour tenter d’en limiter l’impact. Majoritairement, les lois adoptées ou débattues par les États tendent à interdire la production, à l’étranger, de produits ou de services payés par les pouvoirs publics.

À ce phénomène s’est ajouté à la fin des années 1990 celui des « fermetures boursières », c’est-à-dire une réduction d’effectifs visant strictement à augmenter la valeur boursière des entreprises.

Législations. Les gouvernements ont réagi peu et diversement face à ces phénomènes, l’exemple le plus frappant étant celui de la France qui a tenté de rendre presque impossibles les licenciements boursiers en adoptant des dispositions contraignantes dans sa Loi de modernisation sociale de 2002. Son application posait problème et l’expérience ne put être poursuivie, ces dispositions introduites par le Parti socialiste ayant été révoquées, à l’automne 2002, par la nouvelle majorité de droite de l’Union pour le Mouvement Populaire.

Les règles gouvernant le licenciement collectif ont toujours été plus contraignantes en Europe, nécessitant non seulement un préavis, mais une négociation et un plan de reclassement des travailleurs. La réglementation européenne sur les licenciements collectifs s’est renforcée en mars 2002 en obligeant les entreprises de plus de 50 employés à informer les salariés « de l’évolution prévisible de l’emploi au sein de l’entreprise », dans le but exprès de réduire le risque de fermeture et de mieux aménager la formation et la réinsertion des employés en cas de perte d’emploi. La directive européenne a obligé des pays plus réticents, comme le Royaume-Uni, à renforcer leur propre législation à cet égard.

L’encadrement législatif concernant les licenciements collectifs est très léger en Amérique du Nord, où ils ne sont formellement interdits que lorsque utilisés pour contrecarrer une syndicalisation. Les entreprises sont soumises à une obligation de préavis, avec de grandes exceptions en ce qui concerne les États-Unis. Et si un bon nombre offrent des services de replacement, la loi ne les y contraint généralement pas.

C’est cependant aux États-Unis qu’on trouve le programme le plus achevé de compensation des salariés touchés par le libre-échange. Le Trade Adjustment Assistance, introduit en 1974 et réformé et étendu en octobre 2002, vient en aide aux travailleurs ayant perdu leur emploi à cause de l’augmentation des importations consécutive à la signature d’accords de libre-échange ou à cause d’une délocalisation de leur entreprise vers un autre pays. Après avoir épuisé ses recours à l’assurance-chômage, le candidat à cette aide peut obtenir une formation, une aide financière pour chercher de l’emploi dans une autre région ou pour déménager dans une région où l’emploi est davantage disponible. Sous certaines conditions, un salarié ayant retrouvé un emploi moins bien payé peut obtenir une allocation compensatoire maximale de 10 000 $ US répartie sur deux ans.

Note de synthèse publiée sur le site PolitiquesSociales.Net
Dernière mise à jour : 8 avril 2007

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 15:57

L'Economic Policy Institute a publié une étude portant sur les conséquences spatiales de la crise de l'industrie automobile américaine.























Cette carte présente pour chaque État américain les pertes d'emploi que provoquerait la faillite des « Big Three » (Ford, General Motors et Chrysler). Selon cet institut, l'effondrement de l('industrie automobile aux États entraînerait la perte de plus de 3,3 millions d'emplois. Selon les États, ce serait entre 4 et 8,9 % des emplios qui disparaîtraient. Les États berceau de l'automobile comme le Michigan, l'Indiana, le Kentucky, l'Alabama, le Tennessee et l'Ohio seraient particulièrement touchés, mais aussi des États comme la Caroline, le Mississippi ou l' Oklahoma.

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 15:41





















Le thème du  bien-être des enfants est l'objet de la publication du premier index qui se présente sous la forme d'une
carte interactive en ligne comprant tous les pays du monde en termes . Il utilise des indices reliés à la santé, l'éducation et la nutrition pour classer les pays de toutes les régions du monde. Il peut ainsi servir d'appui au développement et à l'analyse des politiques en faveur des enfants.

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 15:27

























Le Conseil canadien de Développement Social (Ottawa) a publié en 2008 les
résultats d'une enquête sur le bienêtre économique des enfants dans trois paus, Le Canada, les États-Unis et le Mexique. L'enquet portait notamment sur  le revenu de la famille, l'accès à des matières de base tels que le logement et les soins de santé. Le rapport examine également les déterminants du bien-être économique des enfants au Canada, aux États-Unis et au Mexique en utilisant des indicateurs portant sur les tendances sociales et démographiques, sur le marché du travail et sur le revenu familial, de même que l'étendue des ressources publiques disponibles pour améliorer la sécurité économique des familles qui ont des enfants.
le rapport révèle qu'il existe des disparités énormes dans le bien-être économique des enfants partout en Amérique du Nord, entre les pays et à l'intérieur des trois pays. La polarisation des possibilités est une des caractéristiques déterminantes de l'économie des trois pays. Alors même que les économies nationales se sont redressées après les crises économiques du début et du milieu des années 1990 et que le niveau de la pauvreté chez les enfants a commencé à baisser, les familles au haut de l'échelle des revenus ont continué à devancer le reste des familles, et les revenus au bas de l'échelle ont stagné ou ont chuté, comme ce fut le cas au Mexique. Bien que la majorité des enfants grandissant aux États-Unis et au Canada jouissent d'un niveau de sécurité économique auquel des millions d'enfants mexicains n'ont pas accès, le modèle d'inégalité du revenu était commun dans chaque pays.


Principales conclusions

Bien-être économique
- Les niveaux de pauvreté chez les enfants en Amérique du Nord sont élevés comparativement à d'autres pays développés.
- Il y a eu une légère réduction de l'écart de la pauvreté chez les enfants au Canada et au Mexique. Aux États-Unis par contre, malgré une baisse du niveau de pauvreté chez les enfants, l'écart entre le revenu moyen des familles pauvres ayant des enfants et le seuil de la pauvreté s'est accentué.





















- Le risque de pauvreté n'est pas égal : il existe des disparités importantes selon le sexe, la région, les handicaps, l'identité ethnoraciale et le statut d'autochtone.
- L'insécurité alimentaire est un problème partout sur le continent, plus particulièrement au Mexique où un ménage sur cinq n'a pas les ressources nécessaires pour acheter des aliments sains et nourrissants pour leur famille.
- L'accès aux soins de santé est un enjeu critique pour les enfants aux États-Unis et au Mexique : un grand nombre d'entre eux sont obligés de se passer de traitement à cause du faible revenu de leur famille.
- La disponibilité de logements à prix abordables est un facteur significatif contribuant aux niveaux élevés de pauvreté au Canada et aux États-Unis. Au Mexique, les préoccupations se sont centrées sur les conditions de logement; à cet effet, les années 1990 ont marqué une amélioration pour les familles ayant des enfants.
- Une majorité des Nord-Américains indiquent qu'ils sont un peu ou très satisfaits de leur situation économique, bien que la proportion ayant indiqué qu'ils sont insatisfaits ait augmenté pendant les années 1990.
- La moitié des répondants au Canada et aux États-Unis et un tiers des Mexicains croient que leurs enfants feront face à une situation économique pire qu'à l'heure actuelle.

Déterminants du bien-être économique

- Bien que la plupart des enfants vivent dans une famille biparentale, les familles monoparentales et les familles reconstituées sont de plus en plus répandues. Ces familles font face à des niveaux d'insécurité économique plus élevés.
- Le niveau d'instruction des mères et des pères augmente récemment dans chaque pays; par contre, une majorité massive d'enfants mexicains continuent de vivre dans des ménages dont les parents ont de faibles niveaux d'instruction.
- La croissance de l'emploi a été solide vers la fin des années 1990 partout sur le continent, bien que les taux se soient stabilisés, notamment aux États-Unis et au Mexique.
- Il y a eu une croissance du revenu familial au cours des années 1990 aux États-Unis et au Canada. Par la suite, les revenus moyens aux États-Unis ont chuté alors que ceux du Canada ont continué d'augmenter petit à petit.
- Les augmentations au Mexique à la suite de la crise du peso en 1994-1995 n'ont pas complètement   contrebalancé les pertes importantes dans les revenus familiaux déclenchées par cette récession. Les familles mexicaines s'efforcent encore de rattraper le terrain perdu.
- Il y a des signes d'une inégalité croissante du revenu chez les familles ayant des enfants par rapport à la croissance du revenu national, particulièrement aux États-Unis et au Canada. Le Mexique a fait très peu de progrès dans la réduction des taux d'inégalité très élevés.
- Le Canada et les États-Unis ont des systèmes de soutien du revenu plus solides pour les familles ayant des enfants que le Mexique. Ces types de soutien sont importants pour atténuer l'impact négatif des développements du marché et du travail afin de protéger les enfants contre la pauvreté.
- Le système de soutien du revenu des familles au Canada réduit plus efficacement les niveaux de pauvreté chez les enfants que le soutien du revenu offert aux États-Unis et au Mexique.


Auteurs du rapport :

La Annie E. Casey Foundation est un organisme caritatif privé qui se consacre à appuyer le développement d'un meilleur avenir pour les enfants défavorisés aux États-Unis. La principale mission de cette fondation consiste à encourager les politiques publiques, les réformes des services à la personne et les soutiens communautaires qui répondent le plus efficacement aux besoins actuels des enfants et des familles vulnérables.

Le Conseil canadien de développement social est un porte-parole des plus respectés au Canada, qui plaide en faveur d'une meilleure sécurité sociale et économique pour tous les Canadiens. Le CCDS est un organisme national autonome à base de membres dont le principal produit est l'information et la principale activité est la recherche qui sont axés sur des enjeux tels que le bien-être des enfants et des familles, la sécurité économique, l'emploi, la pauvreté et les politiques sociales des gouvernements.

Le Red por los Derechos de la Infancia en México (Réseau des droits des enfants du Mexique) est le regroupement de plus de soixante organisations et réseaux civils au Mexique qui élaborent des programmes pour appuyer les enfants mexicains qui se trouvent dans des situations vulnérables. Afin de réaliser sa mission qui consiste à faire en sorte que les enfants et les adolescents connaissent et exercent leurs droits et en bénéficient, le Réseau favorise un mouvement

social et culturel pour promouvoir les droits des enfants, plaide pour des cadres juridiques et des politiques publiques équitables, et renforce la capacité des organisations civiles mexicaines qui se consacrent aux enfants.  

Le Population Reference Bureau offre des renseignements aux gens partout dans le monde sur la population, la santé et l'environnement, et leur donne la possibilité d'utiliser ces renseignements pour faire progresser le bien-être de la présente génération et des générations futures.


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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 09:16

LE MONDE | 06.12.08 | 13h23  •  Mis à jour le 08.12.08 | 08h43

DU VAUCLIN (Martinique) À ÉVRY ENVOYÉ SPÉCIAL

REUTERS/Alberto Lowe

Un travailleur panaméen transporte des bananes à Puerto Armuelles, l'un des prinicipaux centres de production du pays, en avril 2005



Georges Baron engloutit un dernier morceau. Ce retraité résidant à Evry vient de manger sa banane quotidienne. Il l'a achetée le matin même à l'hypermarché du centre commercial Evry 2, mettant un terme à une vie de fruit de trente-deux semaines et à un itinéraire de 7 329 kilomètres.

L'histoire de la banane de Georges Baron commence curieusement dans le Languedoc. Les nouvelles pousses plantées en Martinique après les dégâts provoqués par le cyclone Dean, en août 2007, proviennent en effet de Saint-Mathieu-de-Tréviers, dans l'Hérault, où est installée l'entreprise Vitropic. "Nous fournissons la semence", résume Yvan Mathieu, son directeur. Mais l'honneur antillais est sauf : Vitropic s'est approvisionné en Martinique pour cloner des bananiers. L'avion qui convoie ces semences obtenues en laboratoire (des "vitroplants") vers l'aéroport Martinique-Aimé-Césaire ne fait donc que leur offrir un retour au pays natal...

Les colis sont alors déposés chez Protéin, entreprise d'élevage de vitroplants sous serre installée à Saint-Esprit, dans le département ultramarin. "La banane est un des produits agricoles les plus travaillés", explique Stanislas de Jaham, son directeur. Trempés, désinfectés, décortiqués, détachés et triés par des ouvrières aux doigts agiles, les plants sont installés sous une serre de sevrage, à l'abri des parasites.

Au bout de trois mois, un camion les transporte jusqu'aux plantations, après vérification de l'absence de maladie virale. L'une de leurs destinations est la plantation agricole de Sigy, au Vauclin, dans le sud-ouest de l'île. Charles Rimbaud, son propriétaire, met en avant ses préoccupations sociales et environnementales dans un secteur qui n'a pas toujours considéré celles-ci comme prioritaires. "Ceux qui ne les partagent pas disparaîtront", prédit-il.

Là débute l'existence martiniquaise d'un bananier. Les plantations s'échelonnent tout au long de l'année. Au bout de deux mois, les premiers oeilletons, selon les termes employés par les professionnels, sortent. Un seul, le plus costaud, est conservé. "C'est comme la mère qui meurt et le fils qui prend la relève", explique Roger Sioul, oeilletonneur. A cinq mois, une fleur apparaît et le futur régime se déploie. Un bananier ne donne qu'un régime de 170 à 220 fruits par cycle.

Arrive le moment fatidique : la coupe. "C'est un vrai travail d'équipe, qui impose beaucoup de précautions, indique Joseph Pivert, coupeur. Il ne faut pas abîmer la banane et ne pas blesser le tireur." Les régimes sont ensuite transportés au hangar de conditionnement. Là, en moins d'une heure, les bananes sont "épistillées", découpées, rincées, triées, classées, pesées, lavées, douchées, étiquetées, emballées et installées sur des palettes. Chaque carton reçoit les indications indispensables à sa traçabilité.

Les palettes sont alors placées dans un conteneur réfrigéré, conduit au terminal de Fort-de-France. Les fruits y resteront à 13 °C, ce qui ralentit leur maturation, pendant une petite quinzaine de jours. Le temps qu'arrive l'un des quatre cargos de la Compagnie maritime d'affrètement-Compagnie générale maritime (CMA-CGM) qui transportent les bananes antillaises.

Cette semaine-là, le Fort-Sainte-Marie embarque la cargaison de bananes, qui représente 80 % de son fret. Avec ses 200 mètres de long, il peut transporter plus de mille conteneurs de 40 pieds (environ douze mètres de long) qui s'empilent sur douze niveaux, moitié en cale, moitié sur le pont. Entre Fort-de-France et Dunkerque, de quai à quai, le géant des mers va parcourir 6 952 kilomètres.

Après une traversée sans histoires, au bout de la huitième nuit, la métropole est en vue. Depuis une dizaine d'années, Dunkerque est le port d'accueil de la banane antillaise. Les opérations de déchargement ne traînent pas. Les conteneurs sont transférés à l'entrepôt de Dunfresh, situé... route des Caraïbes. Manuel Bencteux, directeur d'exploitation de l'entreprise, parle de son métier avec concision : "Je rentre de la banane, je ressors de la banane." Dans la réalité, c'est un peu plus compliqué. Sur 65 mètres (la distance entre le conteneur qu'on vide et le poids lourd que l'on remplit), se déroulent les opérations de vérification, de manutention, de tri des bananes par palpation (les trop mûres sont expulsées), d'encodage, de stockage et de contrôle.

 

RÉVEIL EN SURSAUT

 

Dans le même temps, l'administration et la logistique veillent à ce que les marchandises correspondent bien aux commandes des clients nationaux et européens, à la bonne arrivée du transporteur qui ira chez le "mûrisseur" et à la conformité du bon de chargement. Temps de transit moyen d'une palette : trente minutes. "De l'orfèvrerie", constate, admiratif, un client.

Un poids lourd de 40 tonnes emporte les bananes, dont celles venues du Vauclin, jusqu'au Marché d'intérêt national de Rungis, au sud de Paris. Les fruits vont rester chez un mûrisseur près d'une semaine. Stockée à une température comprise entre 16 °C et 18 °C, la banane ne mûrit que si elle se réveille en sursaut de son hibernation. De l'éthylène, un gaz naturel, est donc diffusé dans les chambres de stockage, provoquant une réaction biochimique qui génère une forte augmentation de la respiration du fruit : l'amidon se transforme en sucre, les tissus s'amollissent, la chlorophylle de la peau est détruite, la banane devient jaune.

En sortant de leur chambre, les bananes sont emballées, mises en sachets ou en barquettes, étiquetées avec leur prix et leur poids. Après des mois de vie sous les tropiques et des semaines passées sous des emballages divers, les voilà prêtes à être dégustées. Le temps est compté : les bananes ont quarante-huit heures pour arriver chez le détaillant.

Il est 2 heures. Dans le centre commercial Evry 2, seuls veillent les employés de l'hypermarché Carrefour chargés de la réception des produits frais. Le camion chargé de bananes livre sa cargaison. D'un bout à l'autre du périple, la marchandise a été confiée à près de soixante-dix intervenants directs.

A l'hypermarché d'Evry, Georges Baron a payé 1,60 euro pour son kilo de bananes antillaises.

 

Patrice Louis


Article paru dans l'édition du 07.12.08

 

 

 

 

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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 22:00

Communiqué de presse, 16 octobre 2008

GENÈVE (Nouvelles du BIT) -
En dépit d'une forte croissance de l'économie mondiale qui a créé des millions d'emplois depuis le début des années 1990, les inégalités de revenus ont continué de se creuser de façon significative dans la plupart des régions du monde et devraient encore s'accroître du fait de la crise financière actuelle, selon un nouveau rapport publié aujourd'hui par l'institut de recherche de l'Organisation internationale du Travail (OIT).

L'étude, intitulée Rapport sur le travail dans le monde 2008: Les inégalités de revenu à l'épreuve de la mondialisation financière [Note 1], et réalisée par l'Institut international d'études sociales de l'OIT, note qu'une majeure partie du coût de la crise économique et financière sera supportée par des centaines de millions de gens qui n'ont pas eu accès aux bénéfices de la récente croissance.

«Ce rapport montre de façon concluante que l'écart entre les revenus des ménages les plus riches et ceux des plus pauvres s'est creusé depuis le début des années 1990» dit Raymond Torres, Directeur de l'Institut en charge du rapport. «Cela reflète l'impact de la mondialisation financière et la plus faible capacité des politiques domestiques à améliorer les revenus des classes moyennes et des bas salaires. La crise financière mondiale actuelle ne peut qu'aggraver la situation, à moins que des réformes structurelles de long terme ne soient adoptées.»

L'étude relève que, «si un certain degré d'inégalités de revenu peut être utile pour récompenser l'effort, le talent et l'innovation, de grandes disparités peuvent être contreproductives et dommageables pour la plupart des économies», ajoutant que «Quand elle devient excessive, l'augmentation des inégalités de revenu représente un danger pour le corps social, et porte préjudice à l'efficacité économique.»

Ce rapport représente l'étude la plus complète sur les inégalités de revenu réalisée par l'Institut à ce jour. Les salaires et la croissance dans plus de 70 pays développés ainsi qu'en développement y sont examinés. Le rapport plaide en faveur d'une action à plus long terme afin de remettre l'économie sur une voie plus équilibrée, notamment en promouvant l'Agenda pour le travail décent de l'OIT comme lien entre les politiques économique, sociale et du travail afin de dynamiser l'emploi, améliorer les revenus et la répartition des richesses.

Alors que l'emploi global a augmenté de 30 pour cent entre le début des années 1990 et 2007, les écarts de revenu entre ménages riches et ménages pauvres se sont considérablement accrus dans le même temps, indique le rapport. Qui plus est, comparé aux précédentes périodes d'expansion, les travailleurs ont obtenu une plus petite part des fruits de la croissance économique, la part des salaires dans le revenu national ayant décliné dans l'immense majorité des pays pour lesquels des données sont disponibles.

«Le ralentissement mondial actuel de l'économie affecte de façon disproportionnée les catégories à bas revenus», dit le rapport. «Cette évolution vient après une longue phase d'expansion pendant laquelle les inégalités de revenu étaient déjà à la hausse dans la majorité des pays.»

Parmi les conclusions du rapport:

- La croissance de l'emploi s'est accompagnée d'une redistribution des richesses au détriment du travail. Dans 51 des 73 pays pour lesquelles des données sont disponibles, la part des salaires dans le revenu total a reculé au cours des vingt dernières années. Le plus fort déclin de la part des salaires dans le PIB s'est produit en Amérique latine et dans les Caraïbes (-13 points de pourcentage), suivi par l'Asie et le Pacifique (-10 points de pourcentage) et les économies développées (-9 points de pourcentage).

- Dans les pays où existent des innovations financières non réglementées, les travailleurs et leur famille se sont endettés davantage afin de financer leur logement et leur consommation. C'est ce qui, en période de forte modération salariale, a permis de soutenir la demande intérieure. Cependant, la crise a mis au jour les limites de ce modèle de croissance.

- Entre 1990 et 2005, près des deux tiers des pays ont fait l'expérience d'une hausse des disparités de revenu. Le revenu total des ménages à hauts revenus s'est accru plus rapidement que celui des ménages à moyen et bas revenus.

- Au cours de la même période également, l'écart de revenu entre les 10 pour cent des salariés les mieux rémunérés et les 10 pour cent les moins bien payés a augmenté dans 70 pour cent des pays pour lesquels on dispose de données.

- Les disparités de revenu s'accentuent aussi - à un rythme accéléré - entre cadres dirigeants et employés moyens. Ainsi, en 2007, les dirigeants des 15 plus grandes entreprises américaines gagnaient en moyenne 520 fois le salaire moyen d'un employé, contre 360 fois en 2003. Des tendances semblables, bien qu'à partir de niveaux de rémunération des dirigeants inférieurs, ont été enregistrées en Australie, Allemagne, Hong-kong (Chine), Pays-Bas et Afrique du Sud.

Notant les prévisions de poursuite de la hausse des inégalités de revenu dans le contexte économique actuel, le rapport indique que des inégalités de revenu excessives pourraient être associées à des taux de criminalité accrus, une espérance de vie réduite et, dans le cas des pays pauvres, à la malnutrition et à une plus forte probabilité de voir les enfants privés d'école pour aller travailler.

«Dès maintenant, il existe une perception très répandue dans de nombreux pays que la mondialisation ne fonctionne pas dans l'intérêt de la majorité de la population», affirme le rapport. «Le défi politique est dès lors d'assurer des moyens appropriés pour encourager le travail, l'apprentissage et l'investissement, tout en évitant que les inégalités de revenu ne deviennent socialement dangereuses et économiquement inefficaces.»



Note 1 - Rapport sur le travail dans le monde 2008: Les inégalités de revenu à l'épreuve de la mondialisation financière (World of Work Report 2008: Income inequalities in the age of financial globalization)en anglais seulement. ISBN 978-92-9014-868-5. Institut international d'études sociales. Bureau international du Travail, Genève, 2008.




L'Organisation internationale du travail (OIT) est l'agence tripartite de l'ONU qui rassemble gouvernements, employeurs et travailleurs de ses Etats membres dans une action commune pour promouvoir le travail décent à travers le monde.

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