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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 18:25

Le Monde publie en ligne deux articles qui apportent des éléments d'informations sur la siaution des jeunes:
- le premier article  tord le coup à certaines idées-reçues véhiculées avec plus ou moins de bonnes intentions tant par des ministres que par des journalistes.
- le second apporte un éclairage comparatif européen sur la situation des jeunes.

 



Dix idées reçues sur le chômage des jeunes

 

1) "En France, un jeune sur quatre est au chômage"

Depuis 1980, le taux de chômage des jeunes de 15 ans à 24 ans varie de 16 % à plus de 25 %, en fonction de la conjoncture. Le pic de 25 % a été dépassé en 1984 et 1997, l'a presque été en 2006 (23,9 %) et pourrait l'être à nouveau en 2009.

D'où l'affirmation selon laquelle "un quart des jeunes Français sont au chômage". En fait, le taux de chômage désigne le nombre de jeunes au chômage divisé par le nombre de ceux qui sont en emploi ou en recherche d'emploi. Or, 60 % des 15-24 ans sont élèves ou étudiants et 6 % sont inactifs. Si l'on rapporte le nombre de chômeurs à la totalité de la génération, et non aux seuls actifs, la part des jeunes au chômage varie alors de 7 % à 10 %.

Cela dit, le taux de chômage des jeunes est supérieur à la moyenne. D'une part parce qu'il frappe fortement les milliers de jeunes sans diplôme et sans expérience, contrairement à leurs aînés, même non diplômés. D'autre part parce qu'il surréagit aux aléas de la conjoncture. Alors que 40 % seulement des jeunes sortis du système éducatif en 1993 (la "génération 1993"), en pleine récession, ont trouvé un emploi dans l'année qui suivait, ils étaient 60 % dans ce cas dans la génération 2000, au début du boum Internet. Ils sont en effet les premières victimes du gel des recrutements en période creuse et sont plus que la moyenne en contrats précaires, qui servent de variable d'ajustement.

2) "La situation des jeunes sur le marché du travail est pire en France que dans les autres pays"

En 2008, le taux de chômage des 15-24 ans était en France de 18 % et la part des emplois précaires (CDD, intérim, contrats aidés) dans les emplois qu'ils occupent était de 49 %, la moyenne de l'Union européenne étant respectivement de 15,5 % et 37 %. Sept pays de l'Union faisaient pire que la France pour le taux de chômage et six en matière de précarité. Mais attention : les jeunes en apprentissage, nombreux dans la plupart des pays du nord et de l'est de l'Europe, y sont classés parmi les actifs, ce qui n'est pas le cas des Français suivant une formation professionnelle sous statut scolaire (sans contrat de travail). La base de calcul étant différente, la comparaison est délicate.

3) "Le diplôme ne sert plus à rien sur le marché de l'emploi"

Pour trouver un emploi, mieux vaut avoir un CAP de plombier qu'un doctorat, entend-on parfois. En fait, la qualité de l'insertion est proportionnelle au niveau de diplôme. En 2007, la proportion de jeunes au chômage dans la génération 2004 était cinq fois plus importante pour les non-diplômés que pour les titulaires de masters. Cette hiérarchie se retrouve dans les autres caractéristiques de la transition entre école et emploi : durée du chômage, précarité.

L'impression d'inutilité du diplôme provient plus du contraste avec la situation de plein emploi immédiat que connaissaient les diplômés de l'enseignement supérieur lorsqu'ils arrivaient en petit nombre sur le marché du travail, dans les années 1970. Aujourd'hui, tous les diplômés peuvent connaître des situations de chômage ou de précarité lors de leur parcours d'insertion, mais de façon plus ou moins répétée et durable selon leur niveau d'étude. Selon le Centre d'études et de recherche sur les qualifications (Céreq), les inégalités d'accès à l'emploi tiennent plutôt à l'origine : les jeunes issus de l'immigration maghrébine connaissent, à chaque niveau de diplôme, une trajectoire plus difficile que la moyenne.

4) "Les jeunes ne trouvent que des emplois précaires"

Le premier emploi occupé par les jeunes de la génération 2004 était à 78 % à durée déterminée et un sur cinq était à temps partiel. Seulement 50 % de la génération 2000 a connu cette précarité, et 25 % de la génération 1984. C'est le résultat des innombrables "plans jeunes" qui, considérant les formations inadéquates aux besoins des entreprises, ont voulu donner aux jeunes une "première expérience" en incitant les employeurs à les embaucher par un abaissement du coût de leur travail... limité dans le temps, eu égard à l'état des finances publiques, et donc... pour une durée déterminée. L'effet d'aubaine a joué à plein, faisant de la trajectoire d'insertion des jeunes une succession de séquences alternant emploi, chômage et passages en "dispositif d'insertion".

Pourtant, trois ans après la sortie de l'école, les deux tiers de la génération 2004 travaillaient en CDI, et 87 % à temps complet. Mais l'entrée directe dans l'emploi et la formation sur le tas par l'entreprise qui, pour récupérer cet investissement, s'applique à conserver sa main-d'oeuvre, ne sont plus qu'un lointain souvenir des années 1970.

5) "Les diplômés ont des emplois déqualifiés"

Selon une enquête menée en 2005 par le Céreq auprès de 4 000 entreprises, 28 % des débutants recrutés sur un poste d'ouvrier non qualifié avaient le niveau bac ; 46 % des employés et des ouvriers qualifiés avaient un diplôme de l'enseignement supérieur. La très forte hausse du nombre de diplômés aurait submergé les capacités de l'économie à offrir les emplois correspondants.

Mais au bout de trois ans, montre le Céreq, le niveau d'emploi (cadre, ouvrier, employé) finit par correspondre au diplôme. En revanche, le métier ou la branche ne correspond pas toujours à la filière de formation suivie. Autrement dit, les compétences générales, plutôt que la "compétence immédiatement exploitable" tant réclamée par les entreprises, sont, à la longue, valorisées par le marché du travail.

6) "Il n'y a pas de formation professionnelle à l'université"

La situation des universitaires, trois ans après l'obtention d'un master, est un peu moins favorable que celle des diplômés des grandes écoles : 90 % des titulaires de masters lettres-sciences humaines (LSH), gestion et droit, sont en emploi, dont 73 % en CDI, contre 93 % et 91 % pour les diplômés d'écoles de commerce ; 89 % et 72 % pour les titulaires de masters en sciences et techniques, contre 94 % et 89 % pour les ingénieurs. Les lycéens préfèrent donc les filières sélectives aux universités, soupçonnées de ne pas offrir de débouchés. Historiquement, les universités ont été créées au Moyen Age pour préparer à trois professions : médecine, droit et théologie.

Elles possèdent toujours le monopole des deux premières, et la troisième a été remplacée, sous Napoléon Ier, par la préparation au métier d'enseignant, qu'elles assument toujours. En 2005, 43 % des diplômés sortis de l'enseignement supérieur en 2000 travaillaient dans la fonction publique. Les effectifs des formations de médecins, juristes, enseignants, plus des masters et licences professionnels, représentent plus de la moitié des étudiants des universités.

7) "Il y a trop d'étudiants dans les filières qui ne débouchent sur rien (lettres, sciences humaines), pas assez dans celles où l'on recrute (sciences, techniques)"

Jusqu'au niveau de la licence, les indicateurs d'insertion des filières tertiaires, LSH, droit et gestion, sont moins favorables que ceux des filières industrielles, technologiques et scientifiques. Au niveau master, en revanche, ils sont équivalents. Par ailleurs, le différentiel d'insertion entre "littéraires" et "scientifiques" est étroitement lié aux cycles économiques... et politiques. Les premiers bénéficient des vagues de recrutement d'enseignants, mais souffrent des périodes de restriction budgétaire. Les seconds bénéficient de la hausse de la croissance et souffrent de son ralentissement.

Un rapport de l'Académie des sciences de 2004 relativise la supposée "désaffection" pour les études scientifiques. Celles-ci représentaient 36 % des effectifs du supérieur en 1996, 35 % en 2000 et 34 % en 2004. En revanche, les transferts ont été importants, aux dépens des sciences et filières fondamentales et au bénéfice des sciences appliquées et des filières à vocation professionnelle. Ce n'est donc pas l'intérêt pour la science qui fléchit, mais plutôt la conviction qui augmente que les emplois d'ingénieurs dans le privé sont mieux payés que ceux de chercheurs à l'université...

8) "Il n'y a plus d'emploi dans les grandes entreprises ; seules les PME recrutent"

Alors que les jeunes ont tendance à rechercher le confort de l'emploi dans une grande entreprise, ce serait en réalité les PME qui auraient le plus besoin de recruter. Mais l'Insee a montré que les PME indépendantes ont, comme les grandes entreprises, détruit plus d'emplois qu'elles n'en ont créés dans les années 1990. Ce sont les PME dépendantes des grands groupes - filiales, sous-traitantes, PME indépendantes rachetées par un groupe - qui en ont créé le plus. Ce qui rend l'emploi global très dépendant, en définitive, de la santé des grandes entreprises.

9) "Le système éducatif est incapable de fournir les compétences dont les entreprises ont besoin"

Les employeurs critiquent volontiers la faible connaissance des réalités de l'entreprise dont font preuve les jeunes sortant de l'école. L'alternance serait le meilleur mode d'acclimatation des jeunes à la réalité du travail.

Mais la mise au point de formations "collant" étroitement aux besoins des entreprises présente une difficulté majeure : ces besoins évoluent rapidement, tant qualitativement - arrivée de nouvelles technologies, évolution de la demande sur le marché - que quantitativement - aléas de la conjoncture économique, sort incertain de l'entreprise (restructurée, rachetée, fusionnée...). Or, il faut de quatre à dix ans (selon le niveau) entre le moment où une demande précise est adressée à l'appareil de formation, et celui où une première promotion peut sortir sur le marché du travail.

Surtout, la réponse à cette assertion exige un débat politique sur les missions de l'école. Doit-elle former des citoyens cultivés et exercés à pratiquer la raison critique, au risque, selon ses détracteurs, de perpétuer des savoirs ankylosés incapables de répondre à la demande économique et sociale ? Ou doit-elle dispenser un savoir tourné vers des applications nécessaires à la performance économique, au risque, disent les opposants à cette idée, de vouloir former des salariés disciplinés au service d'intérêts particuliers, au détriment de la connaissance scientifique et de l'intérêt général ?

10) "Les départs massifs à la retraite vont régler le problème du chômage des jeunes"

La démographie française est ainsi faite que les classes d'âge les plus nombreuses, qui ont bénéficié du plein emploi des "trente glorieuses" (1945-1975), commencent à partir en retraite au moment où les classes d'âge les moins nombreuses, nées dans les années 1980, arrivent sur le marché du travail. D'où une pénurie de main d'oeuvre qui frapperait les entreprises... et soulagerait les statistiques du chômage.

Mais ce raisonnement arithmétique ne tient pas compte du fait que la situation n'est pas la même d'un secteur, voire d'une entreprise à l'autre : l'industrie automobile a certes un effectif vieillissant, mais elle recrutera moins que l'informatique, dont la pyramide des âges est plus jeune. De plus, nombre de secteurs peuvent pallier les départs par le recours aux technologies, aux délocalisations ou à l'immigration.

La nécessité d'élever le plus possible de jeunes à un niveau de formation suffisamment élevé pour qu'ils puissent s'adapter au monde mouvant du marché du travail restera encore, et pour longtemps, à l'ordre du jour.

 

Antoine Reverchon

Article paru dans l'édition du 19.05.09

LE MONDE ECONOMIE | 18.05.09 | 15h39  •  Mis à jour le 19.05.09 | 12h08


 

Emploi des jeunes : comment font nos voisins européens

 

Au Royaume-Uni, un chômeur sur trois est âgé de 18 ans à 25 ans

Les jeunes sont les premières victimes de la montée du chômage au Royaume-Uni. Selon les dernières données publiées par l'Office national des statistiques (ONS) mardi 12 mai, ils étaient 676 000 hommes et femmes de 18 à 25 ans à chercher un emploi au premier trimestre 2009. Soit un taux de chômage de 16,1 % pour cette classe d'âge alors qu'il atteint 7,1 % (2,22 millions d'individus) pour l'ensemble de la population.

Les 18-25 ans représentent donc aujourd'hui plus de 30 % des chômeurs britanniques et ce pourcentage pourrait approcher les 40 % d'ici un an alors que le nombre de demandeurs d'emplois, lui, serait supérieur à 3 millions. Il faut dire que les perspectives sont sombres pour cette nouvelle génération qui arrive sur le marché du travail.

Même ceux qui ont fait des études connaissent des difficultés. Les entreprises, confrontées à une récession sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, ont considérablement revu à la baisse leurs prévisions d'embauche de jeunes diplômés.

Selon l'Association of Graduates Recruiters, qui a interrogé au début de l'année 250 entreprises, les postes qui sont mis à la disposition des promotions 2009 - qui devraient représenter un record de 400 000 jeunes - sont en baisse de 5,4 % sur 2008. Et, pour la première fois depuis trente ans, les salaires proposés (rémunération médiane de 25 000 livres par an, soit environ 28 000 euros) sont stables par rapport à l'année précédente.

La presse britannique parle d'une "génération sacrifiée". Celle que le premier ministre, Tony Blair, a poussée à l'université en lui promettant des emplois rémunérateurs. Celle qui s'est endettée pour se payer des études dont elle pensait qu'elles lui garantiraient un avenir confortable. En 2007, les étudiants qui sortaient de l'université devaient en moyenne rembourser 12 000 livres. Depuis 2006, les droits d'inscription ont augmenté et les experts s'accordent à penser que la promotion 2009 sera plutôt endettée à hauteur de 20 000 livres.

Pour ceux que l'ONS appelle les "Neets" ("not in education, employment or training", c'est-à-dire ceux qui n'étudient pas, ne travaillent pas et ne sont pas en formation continue), l'avenir est encore plus sombre. Ils représentent 13 % de leur classe d'âge et sont promis, d'après toutes les statistiques qui existent à leur sujet, à une vie faite d'incertitudes et de précarité. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en 2007, soit avant que la récession ne survienne, seuls 45 % des jeunes britanniques sans qualification avaient trouvé un emploi un an après avoir quitté l'école.

Les travaillistes, lorsqu'ils sont arrivés au pouvoir en juin 1997, avaient fait du recul du chômage des jeunes, qui s'était massifié dans les années 1980 de Margaret Thatcher, une de leurs priorités. M. Blair avait mis au point un "New Deal" fait de formation, d'apprentissage et d'emplois subventionnés, qui devait permettre de résoudre le problème. Les résultats ont été décevants, et ce malgré la forte croissance que la Grande-Bretagne a connue dans les dix années qui ont suivi.

Le taux de chômage des 18-25 ans, de 13,6 % en juin 1997, a baissé régulièrement jusqu'en 2004 pour atteindre 10,4 %, avant de remonter. Mais il a toujours représenté plus du double du taux de chômage national.

Qui plus est, le New Labour, malgré sa volonté d'accroître les effectifs universitaires, n'est pas parvenu à réduire la place des "Neets" dans la population. Au contraire : ils représentaient 11,6 % de la classe d'âge en 1997, c'est-à-dire moins qu'aujourd'hui.

Le seul domaine où M. Blair soit parvenu à un résultat en matière de lutte contre le chômage des jeunes est le chômage longue durée, de plus d'un an. En 1997, 23,3 % des moins de 25 ans sans emploi l'étaient depuis plus d'un an. Au premier trimestre 2009, ce taux était de 17,8 %.

Gordon Brown, qui a pris la succession de M. Blair en juin 2007, sait à quel point une jeunesse sans avenir peut être dangereuse. Il se souvient des émeutes de Brixton et de Toxteth et a en tête les mouvements de jeunes en Grèce fin 2008.

Alors qu'il est donné largement perdant pour l'élection qui doit se tenir d'ici à la mi-2010, le premier ministre tente d'éviter le pire. Son budget pour 2009-2010, pourtant restreint par une dette qui explose, consacre près de 1 milliard de livres à l'emploi des jeunes : l'idée est de subventionner toute embauche, fût-elle à durée déterminée, d'un moins de 25 ans sans emploi depuis plus d'un an, par une collectivité locale ou par une entreprise privée oeuvrant dans le domaine social. Une recette qu'avait également tentée Mme Thatcher en son temps. Sans grand succès.

Virginie Malingre (Londres)

 

 

Le "modèle suédois" peine à intégrer les moins qualifiés

Ce sont des chiffres qui choquent les Suédois : alors que le taux de chômage est relativement bas en Suède, non seulement celui des jeunes augmente deux fois plus vite que pour le reste de la population, mais il est proche des records européens : 24,4 % pour les 15-24 ans au 1er trimestre 2009, avec une augmentation de 3,9 % par rapport à l'année précédente (contre 7,8 % en moyenne, + 1,5 % par rapport au 1er trimestre 2008).

SCB, l'Institut des statistiques suédois qui vient de publier son dernier rapport le 7 mai, note toutefois que 70 % des 15-19 ans et 25 % des 20-24 ans sont étudiants à temps plein, et que 88 % des étudiants inscrits au chômage se considèrent avant tout comme étudiants. Mais ils ne sont que 73 % dans ce cas chez les 20-24 ans.

Au cours des vingt années passées, l'âge d'établissement dans la vie professionnelle, celui auquel 75 % d'une génération est au travail, est passé de 21 à 26 ans. L'exigence de diplôme a augmenté, ce qui met en difficulté les jeunes, encore relativement nombreux, qui ne terminent pas le lycée. Ils sont deux fois plus qu'il y a vingt ans à n'obtenir que des emplois précaires. Les périodes d'essai de six mois sont devenues la norme, durant lesquelles les salariés peuvent être licenciés du jour au lendemain.

Les jeunes sont bien moins syndiqués que leurs aînés. Parmi ceux qui le sont, environ 40 % des adhérents de moins de 30 ans à la principale Confédération syndicale LO ont un contrat précaire. Dans les milieux patronaux, on questionne aussi l'attitude de nombreux jeunes qui ne veulent pas accepter des petits boulots peu valorisants et préfèrent bénéficier d'allocations chômage plutôt généreuses.

Pour le ministre du marché du travail, Sven-Otto Littorin (conservateur), ces chiffres élevés sont en partie un malentendu. "Il suffit qu'un étudiant dise qu'il cherche un petit boulot, ne serait-ce qu'une heure par semaine, pour qu'il soit enregistré comme chômeur dans les statistiques, déclare-t-il. Si vous enlevez les jeunes qui n'étudient pas ou n'ont pas de petit boulot, vous tombez à 6 % de chômage chez les moins de 25 ans. Ce sont ceux-là qui m'intéressent, ce sont eux qui risquent de tomber dans le cercle infernal du chômage longue durée." Per Isling, directeur de l'information de Svenskt Näringsliv, l'organisation patronale suédoise, est sceptique. "Le problème est que le chômage des jeunes reste élevé, que nous soyons dans une période de croissance ou non."

Pour le patronat, il y a trois raisons au problème. D'abord la rigidité de la législation, qui adopte le principe du dernier embauché premier viré. Elle contribue, selon l'organisation patronale, à maintenir les jeunes dans la précarité, car il est plus coûteux de licencier quelqu'un en CDI.

Ensuite, les salaires d'embauche sont trop élevés. Cet argument patronal était aussi celui de l'actuelle ministre de l'économie, Maud Olofsson qui, début 2006, alors qu'elle était encore dans l'opposition, prônait de copier feu le modèle français de CPE pour éradiquer le chômage des jeunes. "Dans l'industrie manufacturière, disait-elle, une personne de 25 ans gagne 86 % du salaire moyen de la branche tandis qu'une personne de 45 ans gagne 106 % de ce salaire moyen. En d'autres termes, il est proportionnellement plus cher d'employer un jeune sans expérience et meilleur marché d'employer une personne d'âge moyen avec une longue expérience." Elle proposait de réformer le droit du travail afin d'étendre la période d'essai des moins de 26 ans, pendant laquelle l'entreprise peut s'en séparer du jour au lendemain, de six mois à deux ans. La réaction des syndicats l'a incité à plus de prudence une fois au gouvernement. Toutefois, depuis le 1er janvier, les charges patronales ont été réduites de moitié pour les salariés de moins de 25 ans.

Enfin, l'entrée en contact des jeunes avec la vie professionnelle intervient trop tard. La Suède est l'un des rares pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), avec le Japon, la Corée du Sud et l'Espagne, à ne pas être doté d'un vrai système d'apprentissage. Celui-ci se fait dans le cadre scolaire. Sur les dix-sept filières de trois ans proposées au niveau du lycée, la plupart sont très spécialisées. Certaines ont aussi une orientation plus locale, axée sur les industries régionales.

Les programmes doivent inclure au moins quinze semaines de pratique sur un lieu de travail en dehors de l'école, soit environ 15 % du temps d'étude. Les critiques estiment que la part théorique est trop importante pour des élèves qui n'ont pas un profil académique. Résultat, environ la moitié des élèves ne vont pas au bout de leur formation. "Nous avons actuellement un projet de loi qui va être discuté au Parlement pour créer des lycées professionnels", déclare Sven-Otto Littorin. L'objectif de ces filières renforcées sera de déboucher sur un emploi.

Olivier Truc (Stockholm)

 

 

En Espagne, les trentenaires rentrent chez papa-maman

Dans un pays qui a franchi en mars le seuil de quatre millions de demandeurs d'emploi, un chômeur sur cinq a moins de 25 ans. Chez les jeunes Espagnols, le taux de chômage atteint 35,7 %, selon l'enquête sur la population active (EPA) publiée en avril. Sur les 808 500 jeunes entre 16 et 25 ans qui sont sans travail, 308 000 ont perdu leur emploi au cours des douze derniers mois. Le chiffre illustre la brutalité de la crise qui frappe l'économie espagnole, mais aussi la précarité des emplois créés par centaines de milliers dans les dix ans de croissance qu'a connus le pays. En quelques mois, le taux de chômage des moins de 25 ans a quasiment retrouvé son niveau de 1998 (37 %).

Cette parenthèse d'expansion a été marquée par la systématisation des contrats à durée déterminée pour les jeunes entrant sur le marché du travail et les cinq millions d'immigrés venus répondre aux besoins de main-d'oeuvre dans le bâtiment et les services. La timide émancipation dont avait fait preuve la jeunesse espagnole au cours de ces années est terminée : les trentenaires, sans emploi et parfois avec un crédit immobilier sur le dos, doivent retourner chez papa-maman. Entre 2002 et 2007, le pourcentage d'Espagnols prenant leur indépendance avant l'âge de 30 ans était passé de 35,1 % à 44,9 %. Aujourd'hui, la courbe a repris la pente qui était la sienne avant l'embellie économique des années 2000 : le nombre des "Tanguy" n'avait cessé de croître de 1977 à 2001.

En Espagne, comme au Portugal et en Italie, la famille sert traditionnellement d'amortisseur social. Malheureusement, le nid que les jeunes retrouvent n'est pas toujours aussi douillet qu'à leur départ. Le chômage frappe aussi la tranche d'âge de leurs pères : 22 % des chômeurs sont des hommes entre 45 et 64 ans. Et dans plus d'un million de foyers, aucun membre de la famille n'a de travail. De plus en plus, les enfants doivent non seulement contribuer, mais parfois subvenir entièrement aux besoins de la famille avec leurs salaires de "mileuristas" (néologisme désignant ceux qui gagnent moins de 1 000 euros).

Les bas salaires ne concernent pas seulement les "petits boulots", car la période d'euphorie économique n'a pas profité aux diplômés. Selon l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), plus de 40 % des travailleurs espagnols de 16 à 30 ans ont un emploi sous-qualifié par rapport à leur niveau de formation. Pour le syndicat Comisiones Obreras (CC.OO.), 1,3 million de diplômés de l'enseignement supérieur ont un emploi sans rapport avec leurs études. Une étude récente de la banque catalane La Caixa révèle que l'écart de rémunération entre les jeunes issus de l'université et ceux qui ont arrêté leurs études à la fin du secondaire a diminué de 40 % entre 1997 et 2004.

Jean-Jacques Bozonnet (Madrid)

 

L'apprentissage à l'allemande mis à mal

A l'automne 2008, le groupe Würth a accueilli une centaine de nouveaux apprentis. Répartis dans presque tous les services et métiers de la société, ces jeunes "azubis" (abréviation de Auszubildende, apprenti en allemand), passeront trois ans chez le fabricant allemand de vis et boulons, établi dans la riche région du Bade-Wurtemberg (sud-ouest). A la fin de leur formation en alternance, près de 90 % d'entre eux se verront proposer un contrat de travail à durée indéterminée.

"Cela fait six décennies que Würth fonctionne ainsi, explique Thomas Wagner, responsable du service formation. Nous recrutons presque exclusivement notre personnel parmi nos apprentis, car ils sont exactement formés au métier qu'ils doivent exercer chez nous, et nous savons ce qu'ils valent."

Würth incarne ce que l'apprentissage à l'allemande peut offrir de meilleur. Outre-Rhin, près des deux tiers d'une classe d'âge passe encore aujourd'hui par ce système "dual" : la moitié du temps en entreprise, l'autre moitié sur les bancs d'une école professionnelle, pendant environ trois ans. Loin d'être considérées comme un pis-aller réservé aux élèves en échec scolaire, les études en alternance constituent le premier pont vers l'emploi et un rempart efficace contre le chômage des jeunes. De fait, l'Allemagne affiche toujours l'un des taux les plus bas d'Europe.

Cette résistance est-elle à toute épreuve ? Pas sûr. Dans le sillage de la crise, le nombre de sans-emploi parmi les 15-25 ans a déjà amorcé une nette remontée : en hausse de 14,2 % en avril sur un an, le taux brut se situe désormais à 8,1 %... et grimpe même à 9,9 % pour la tranche des 20-25 ans. "Moins ils sont qualifiés, plus ils sont menacés", précise Brigitte Schels, de l'institut de recherche sur le marché du travail IAB. "Mais on ne remarque pas encore de gros décrochage entre l'ensemble des jeunes et le reste de la population active", note l'experte.

Du côté des syndicats, l'efficacité de l'apprentissage en temps de crise économique est mise en doute. D'autant que de plus en plus d'entreprises se sont désengagées du système de gestion paritaire voilà déjà plusieurs années. Motif invoqué : des coûts trop élevés et un niveau souvent insuffisant chez les jeunes. Résultat, plusieurs dizaines de milliers de candidats restent chaque rentrée sur le carreau. Parallèlement, des places sont non pourvues, faute de profils adaptés.

Comme lors de chaque période de ralentissement économique, les entreprises risquent de temporiser encore davantage. Pour l'année écoulée, 600 000 contrats de formation ont été signés. Selon une estimation de la chambre de commerce et d'industrie (DIHK), ce nombre devrait diminuer de 5 % à 10 % à la rentrée prochaine. Würth, par exemple, envisage de diviser par deux son offre. "Cela ne sert à rien de sélectionner trop de jeunes si nous n'avons pas de proposition d'embauche à leur faire ensuite", fait valoir M. Wagner.

En outre, la transition apprentissage-recrutement ne va pas toujours de soi, contrairement à ce qui se passe chez le fabricant de boulons : en moyenne, seulement la moitié des "azubis" ayant réussi à obtenir leur diplôme se voit offrir un contrat à durée indéterminée. Et les disparités restent fortes entre l'ouest du pays et l'ex-République démocratique allemande, toujours à la traîne près de vingt ans après la réunification.

"Avec la crise, il y a fort à parier qu'encore plus d'entreprises se sépareront de leurs apprentis dès la fin de la formation", redoute Alexander Herzog-Stein, expert à la Fondation Hans-Böckler, un centre de recherche proche des syndicats. Face à ce risque, quelques pistes de réflexion sont ouvertes. La confédération syndicale DGB voudrait, par exemple, imposer que les jeunes sous contrat temporaire puissent profiter des mesures de chômage partiel, au même titre que n'importe quel salarié. Autre suggestion : s'engager à ce que tout jeune chômeur se voit proposer, dans un délai de trois mois, une offre de qualification.

La prise en charge des moins de 25 ans a déjà été renforcée à l'époque des réformes du marché du travail du chancelier Gerhard Schröder. Dans les "jobs centres", guichets uniques d'indemnisation et d'accompagnement, un conseiller est chargé du suivi de 70 chômeurs maximum pour cette tranche d'âge, contre 150 pour les demandeurs d'emploi plus âgés.

Malgré les mauvais chiffres, le débat reste embryonnaire et porte plus sur la situation du marché du travail en général que sur la problématique des jeunes. "A partir de l'été, nous aurons une meilleure évaluation des dégâts sur le marché de l'apprentissage, indique Wilhelm Adamy, expert au DGB. D'ici là, il ne faut pas donner l'impression aux entreprises que nous gérons le problème à leur place et qu'elles peuvent s'exonérer de leur responsabilité." En attendant, le gouvernement essaie de faire monter la pression sur les fédérations patronales. "Il serait immoral de ne proposer aucune place d'apprentis aux jeunes, seulement parce qu'ils ont eu la malchance de finir l'école la mauvaise année", a déclaré le ministre du travail Olaf Scholz début mai.

Marie de Vergès (Berlin)

 

 

Les Pays-Bas ont instauré une "obligation de travailler"

Work First" ou "Travaillez d'abord". C'est devenu le mot d'ordre aux Pays-Bas. Depuis 2008, les jeunes ne peuvent pas introduire une demande d'allocation de chômage s'ils n'ont jamais eu d'emploi. Les autorités les obligent à reprendre des études ou à accepter un travail, voire à combiner les deux. Les communes sont tenues de leur faire des propositions. Et si les jeunes demandeurs refusent ce système dit de "confrontation directe" avec le marché de l'emploi, ils n'auront pas droit aux indemnités légales.

La ville de Groningue (au nord des Pays-Bas) a poussé l'expérience. Elle oblige le jeune demandeur à accepter un travail manuel à vocation sociale durant six semaines. Et elle estime son bilan plus que positif : 24 % de jeunes chômeurs en moins depuis l'entrée en vigueur de la mesure, pour - 15 % dans le reste du pays, en moyenne. Au bout des six semaines, 60 % des jeunes de Groningue renoncent à demander une allocation et plus de la moitié d'entre eux décrochent rapidement un travail.

Dans l'esprit des pouvoirs publics, la pratique du "Work First" doit décourager la "dépendance" des jeunes aux indemnités. Selon un premier bilan, elle a entraîné une diminution du nombre de demandeurs d'emploi, mais aussi le retrait d'une partie des jeunes du marché du travail. Au total, 50 000 jeunes ne seraient, aujourd'hui, ni à l'école ni au travail.

Les - rares - critiques du travail obligatoire parlent d'une "mise à l'emploi hypothétique", sans réelle médiation entre le jeune et l'employeur. Mais, confrontée à une pénurie de main-d'oeuvre, l'économie néerlandaise s'est bien accommodée de telles pratiques.

En juillet 2008, le gouvernement décidait, par ailleurs, de limiter à une année au maximum la période de chômage. Au bout de ce délai, le demandeur d'emploi est contraint d'accepter toute proposition qui lui est faite. En compensation d'une éventuelle déqualification, il bénéficie d'un complément salarial versé par les pouvoirs publics.

Objectif affiché par le gouvernement comme par le parti libéral, dans l'opposition : remettre 100 000 personnes au travail et remédier à la carence de main- d'oeuvre dans les services et l'industrie, où plus de 250 000 postes sont vacants.

Jusqu'ici, la crise économique n'entraîne pas de remise en cause de cette politique. Si elle sévit aux Pays-Bas comme ailleurs en Europe, elle n'a, en effet, pas encore entraîné d'effet vraiment dommageable sur l'emploi.

Au premier trimestre, le taux de chômage s'est élevé à 4,4 % et est resté globalement stable depuis un an. Les hommes (+ 0,5 %) et les jeunes (+ 1 %) sont cependant les deux groupes qui connaissent un peu plus de difficultés. Au total, 10 % des Néerlandais de moins de 25 ans sont aujourd'hui au chômage.

Un chiffre qui laissera rêveur plus d'un de leurs voisins mais qui, toutefois, commence à inquiéter les jeunes. Ces derniers sont en particulier victimes de la diminution du nombre de petits boulots, qui permettent à beaucoup d'entre eux de travailler tout en étudiant.

Le gouvernement de Jan Peter Balkenende a transformé l'emploi des jeunes en priorité nationale. Le plan de relance de 6 milliards d'euros annoncé en avril inclut la réédition d'un programme qui a déjà créé 40 000 emplois pour les moins de 25 ans depuis 2003.

Mais cette politique a toutefois quelques aspects que préfèrent dissimuler les pouvoirs publics. Et d'abord le fait que, depuis 2002, le chômage des jeunes d'origine étrangère a doublé. Il atteint 40 % au total, selon les dernières statistiques du Bureau du plan social et culturel (SCP).

Autre caractéristique de l'emploi des jeunes : une très forte flexibilité. Le recours au temps partiel est la règle, notamment pour les jeunes femmes qui, si elles deviennent mères, sont alors confrontées à la pénurie de crèches. En revanche, à 25 ans, 10 % des travailleurs seulement sont en contrat à durée indéterminée.

Très axé sur l'emploi, le système éducatif néerlandais a, quant à lui, engagé un dialogue permanent avec le monde de l'entreprise pour faciliter l'établissement de "passerelles". Les syndicats et les employeurs de certains secteurs d'activité ont signé des accords pour permettre aux jeunes d'approfondir leur formation tout en travaillant. Ils reçoivent quelque 7 000 euros par an pour retourner à l'école quelques heures par semaine.

Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles)

 

LE MONDE ECONOMIE | 18.05.09 | 15h50  •  Mis à jour le 18.05.09 | 15h50

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 18:49

Synthèse à partir du manuel Hatier, p. 122-127.

A- L'émergence d'une nouvelle catégorie sociale


Document 3, p. 122

1. Le document 3 présente l'évolution du taux de natalité en France entre 1940 et 2004. On peut distinguer deux périodes. Entre 1940 et 1950, le taux de natalité augmente fortement, passant de 13,8 % à 20,6 %. Après 1950, la courbe décline lentement jusque vers 1965 mais se maintient encore à un niveau élevé. Après 1965, il y a un net décrochement. Ce phénomène de forte accroissement de la natalité après la guerre est le « baby-boom ». le nombre des jeunes dans la société augmente fortement.

Documents 2 et 4, p. 122

2. La période de la jeunesse est définie par le franchissement de plusieurs étapes ; le départ du foyer parental, l'entrée dans la vie active et la formation d'un couple. La jeunesse correspond à une période de tra,nsition entre l'enfance et l'âge adulte défini par des trois étapes.

3. A partir de1960, 1a France connaît une véritable explosion scolaire : les effectifs scolarisés augmentent fortement, notamment dans l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur. L'expérience scolaire concerne désormais des classes d'âge entières.

4. La prolongation des études devient une norma. Tous les jeunes font donc l'expérience d'une scolarisation longue ce qui les place en dehors de la société des adultes.

Documents 5 et 6, p. 123

5. L'exemple de la jeunesse de Daniel est intéressant car il correspond aux grandes étapes du passage à l'âge adulte : après des études courtes (certificat d'études), il attend d'avoir l'âge du service militaire pour entrer dans la vie active et fonder un foyer.

6. Son parcours est fortement déterminé par son milieu social : il quitte l'école jeune ; il travaille dans la ferme de ses parents ; il connaît une promotion professionnelle par des cours du soir.

7. Son exemple met en valeur les étapes suivantes : fin de l'école primaire ; service militaire et mariage.

Documents 7 et 8, p. 123
8. La montée de la jeunesse n'est pas un simple phénomène démographique. Il accompagne de profondes transformations culturelles et sociales. Les jeunes forment désormais un groupe d'âge défini par une culture originale : des pratiques culturelles communes (concerts, sorties...) ; des signes vestimentaires (jeans, polos, blousons, tee-shirt); un certain type de consommation (disques, transistors); un langage propre ; une forte emprise du groupe des pairs.


B- Le moment « mai 1968 »


Document 10, p. 124

1. Les années 1960 sont marquées par la montée d'une contestation de la jeunesse contre les structures et les valeurs de la société. Les jeunes contestent les hiérarchies, l'autorité, la censure. Ils remettent en cause les structures de la famille, des lycées et des universités. Ils revendiquent plus de liberté, d'autonomie et de responsabilités.

Documents 9, 11 et 12, p. 125

2. Cette contestation s'appuie sur des références idéologiques et politiques très marquées : le marxisme, le « maoïsme », l'anarchisme servent de référence théorique ; des figures comme celles de Trotski, de Che Guevara. Les jeunes se mobilisent en faveur du peuple Vietnamien en guerre contre les Etats-Unis au sein des Comités Vietnam de Base.

3. Ce mouvement de contestation n'est pas propre à la France mais touche l'ensemble des pays développés. Il s'agit d'une contestation internationale de l'impérialisme des Etats-Unis notamment et de la société capitaliste.

Documents 13 et 14, p. 125

4. La contestation étudiante vise les autorités et l'État. Elle revendique la liberté et une nouvelle manière de vivre.

5. La contestation revêt des formes violentes : aux manifestations fréquentent et nombreuses s'ajoutent des émeutes au cours desquelles les jeunes affrontent la police. Dans la nuit du 10 mai 1968, les étudiants érigent des barricades dans le Quartier latin.

Document 15, p. 125

6. Le Premier ministre Pompidou livre une analyse à chaud du mouvement de Mai 68. Selon lui, ce sont les transformations sociales et culturelles profondes qui expliquerait la contestation : le déclin des valeurs et des structures d'encadrement traditionnelles  comme la discipline, la famille, la patrie, l'Église d'une part, et des innovations comme la radio et la TV d'autre part.

7. Pompidou distingue en fait deux types de jeunesse : la jeunesse étudiante d'une part, et la jeunesse ouvrière et paysanne d'autre part.

8. Pompidou préconise des réformes qui doivent concilier les revendications de la jeunesse et le maintien des cadres de la société.


C- La jeunesse entre reconnaissance et nouvelles inquiétudes


Document 16, p. 126

1. Sous la présidence de Giscard d'Estaing, plusieurs réformes visent à pendre en compte les aspirations des jeunes. Ainsi, l'âge de la majorité politique est abaissé à 18 ans afin de leur permettre d'exercer des responsabilités politiques plus tôt.

Document 17, p. 126

2. L'itinéraire de Séverine diffère sensiblement de celui de daniel. D'une part, elle vit au sein d'une famille moderne dans laquelle les relations affectives et le respect de l'individualité de chacun priment. D'autre part, cette famille rassemble plusieurs générations. Enfin, elle s'intègre au processus d'allongement de la jeunesse. La vie amoureuse par exemple ne signifie pas le départ du foyer parental.

Document 18, p. 126

3. Les mobilisations lycéennes s'inscrivent dans l'héritage de Mai 68 tant dans leur contenu (l'autonomie, la responsabilité) que dans leurs formes (manifestations spontanées).

4. Les manifestations récurrentes des lycéens dans les années 1980-1990 revêtent une nouvelle significative. Il s'agit moins de protestations politiques qu'une affirmation et d'une revendication d'autonomie et de responsabilité

Document 19, p. 126
5. La jeunesse des années 1970 manifeste des préoccupations différentes de celles de leurs aînés : l'écologie, l'anti racisme, le pacifisme les motivent davantage que les engagements politiques traditionnels.
Documents 20, 21 et 22, p. 127
6. Depuis les années 1980, les jeunes sont confrontés à une insertion professionnelle difficile : le chômage les frappe particulièrement, ainsi que les formes d'emplois précaires (CDD, intérim, emplois aidés ...).
7. Des inégalités sociales persistent dans l'accès aux qualifications. La démocratisation de l'enseignement n'a que partiellement réduit les inégalités sociales, mais les a déplacées.

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 17:48
Le quotidien en ligne - et payant - Mediapart publie une série d'enquêtes sur la situation des jeunes face à la crise économique et sociale.




Michaël Hajdenberg,« Faut-il vraiment des aides ciblées pour les jeunes de 18 à 25 ans? », Mediapart, 18 Avril 2009.

Louise Fessard, « Quelle seconde chance pour les décrocheurs ? », Mediapart, 14 Avril 2009.

Louise Fessard, « En troisième, l'orientation se vit encore souvent au passif », Mediapart, 12 Avril 2009.

Louise Fessard, « L'alternance appelée au chevet de l'emploi des jeunes », Mediapart, 13 Avril 2009.

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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 12:30

Le gouvernement a lancé lundi une concertation devant déboucher sur la présentation avant l'été d'une "politique globale de la jeunesse" afin de  répondre au "vif malaise économique et social des 16-25 ans".

Selon une récente comparaison internationale, les jeunes Français sont, après les Japonais, ceux qui ont le moins confiance en leur avenir: 27% sont certains d'avoir un bon travail dans l'avenir contre 60% au Danemark ou aux Etats-Unis. Quels éléments permettent un tel constat ? [ Le gouvernement lance le débat en vue d'une politique globale de la jeunesse Par AFP, publié le 09/03/2009 à 20:56 - mis à jour le 09/03/2009 à 20:58]


Vincenzo Cicchelli : "Les conditions de passage à la vie adulte se sont beaucoup durcies"



L'analyse d'un sociologue


Pour le sociologue Vincenzo Cicchelli (1),  maître de conférences en sociologie à l’université Paris-Descartes, nombre de jeunes redoutent aujourd’hui un déclassement

Publié dans La Croix, 08/03/2009 19:14

 

La Croix : Peut-on aujourd’hui parler d’un malaise de la jeunesse ?

Vincenzo Cicchelli : D’un point de vue individuel, les jeunes Français sont plutôt en bonne santé, mieux formés que par le passé, ils ont accès à la consommation, aux voyages… Mais les conditions de passage à la vie adulte se sont considérablement durcies, et ce, de manière paradoxale. Dans le passé, on devenait adulte en s’opposant à ses parents. Aujourd’hui, ce processus se fait avec un accompagnement ou une médiation des parents.
Du point de vue des goûts, de la vie sentimentale, les jeunes n’ont jamais été aussi rapidement autonomes, mais ils n’ont jamais été aussi longtemps dépendants, socialement et économiquement, des adultes et de la société. À preuve, la multiplication des dispositifs d’insertion qui leur sont destinés, le financement par la famille des études, l’âge tardif auquel, souvent, ils quittent le domicile de papa-maman.


Pourquoi parler de durcissement ?

Du point de vue du sociologue, qui se borne à constater des phénomènes, il n’y a là rien de négatif. Cette évolution, cependant, peut être perçue comme un problème politique ou économique – un coût supplémentaire pour l’État providence. Et elle est surtout mal vécue par les jeunes. Ces derniers ont une culture forte de l’autonomie individuelle, ils y aspirent mais ne peuvent y accéder. La France, contrairement à la plupart des pays du sud de l’Europe, possède une culture nordique de l’autonomie des jeunes mais n’a pas les moyens de se la payer.


Quels en sont les freins ?

Il y a, entre autres, la difficulté de trouver un toit, même si en France, les jeunes peuvent bénéficier d’une allocation logement. Il y a bien sûr aussi un marché de l’emploi peu porteur. Et ce, dans le contexte d’une inflation de diplômes : on raisonne en volume de capital scolaire (bac + 3, bac + 5…), au lieu de se poser la question des capacités.


D’aucuns évoquent un traitement scolaire du chômage : on maintiendrait le plus longtemps possible les jeunes dans le circuit scolaire ou universitaire pour éviter qu’ils ne deviennent demandeurs d’emploi…

Pour beaucoup de familles, y compris au sein des classes populaires, qui se sont mises à penser ainsi à partir de la fin des années 1980, être bardé de diplômes constitue la garantie d’une insertion professionnelle. Or, s’il est vrai que les diplômés trouvent plus facilement un emploi que les autres, en particulier en période de crise, beaucoup de jeunes redoutent aujourd’hui un déclassement. Malgré un niveau d’études supérieur, ils craignent de se trouver socialement et économiquement moins bien lotis que leurs propres parents. Une inquiétude que les Français partagent avec les jeunes Grecs, Italiens, Espagnols…


La crise va-t-elle fragiliser davantage la jeunesse ?

C’est possible. En tout cas, si elle s’avère dure et durable, il faudra y apporter des réponses en profondeur, y compris en repensant l’offre de formation pour promouvoir l’apprentissage et les diplômes davantage professionnalisants.

Recueilli par Denis PEIRON

(1) Auteur notamment, avec Olivier Galland, de l’ouvrage Les Nouvelles Jeunesses, paru en 2008 à la Documentation française



Une enquête du quotidien Le Monde. Les jeunes Français face à l'avenir


Les 16-25 ans, génération qui a perdu foi en l'avenir

 

LE MONDE | 09.03.09 | 13h53  •  Mis à jour le 09.03.09 | 18h40



Chômage, pauvreté, perte de confiance en l'avenir : la situation des 16-25 ans interpelle. Le haut-commissaire à la jeunesse, Martin Hirsch, lance lundi 9 mars la concertation qui doit aboutir à une nouvelle politique de la jeunesse, favorisant l'autonomie : insertion professionnelle, logement, santé, participation à la vie sociale seront les thèmes abordés.

"Il est urgent d'agir", prévient l'un des participants, le sociologue de la jeunesse Olivier Galland, dont les travaux nourrissent largement le diagnostic gouvernemental. Directeur de recherches au CNRS et président du comité scientifique de l'Observatoire de la vie étudiante, ce dernier met en évidence, dans un livre à paraître en avril, Les jeunes Français ont-ils raison d'avoir peur ? (Armand Colin), la cause majeure du malaise : le modèle d'"élitisme républicain" sur lequel se fonde le système éducatif est "en crise" profonde.

"Toutes les enquêtes montrent que la jeunesse française va mal, dit-il. Les jeunes Français sont les plus pessimistes de tous les Européens. Ils n'ont confiance ni dans les autres, ni dans la société. Ils apparaissent repliés sur leur classe d'âge et fatalistes. Pour une société, surtout en période de crise, c'est un handicap énorme."

Certes, reconnaît le sociologue, l'école n'est pas seule en cause. Le marché de l'emploi fait peu de place aux jeunes, et leurs problèmes sont par ailleurs mal pris en compte dans les politiques publiques.

Mais surtout, regrette M. Galland, les causes du malaise liées à la manière dont la nation forme ses jeunes sont trop négligées. Le modèle méritocratique de l'école de la République était efficace quand nombre d'élèves n'avaient pas accès à l'enseignement secondaire. "Il ne fonctionne plus dans une école de masse qui doit gérer des talents et des aspirations scolaires de plus en plus diverses, constate-t-il. Ainsi, "l'obsession du classement scolaire, qui est à la base de l'élitisme républicain, la vision dichotomique de la réussite qui sépare les vainqueurs et les vaincus de la sélection scolaire, mais également la faillite de l'orientation, aboutissent à un système qui élimine plutôt que de promouvoir le plus grand nombre", explique le chercheur.

Les vaincus, parfois écartés sans ménagement, sont découragés et atteints dans leur estime de soi. Une étude du ministère de l'éducation nationale, reprise dans l'ouvrage, montre que le découragement s'amplifie au fur et à mesure que les élèves avancent dans leur scolarité. Fondée sur le suivi d'une cohorte de 8 000 jeunes pendant leurs années de collège, elle révèle une chute de la motivation scolaire, une montée du stress et un accroissement des attitudes de fatalisme. "Beaucoup, rappelle M. Galland, adoptent des attitudes de repli ou d'abandon ("je cesse d'écouter", "je ne fais pas l'exercice")". Les formes radicales d'abandon sont préoccupantes : les "décrocheurs", sortant du secondaire sans diplôme, sont estimés à 120 000 tous les ans.

C'est un des points que Martin Hirsch entend traiter. Des propositions sont attendues pour prendre en charge les jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire, aujourd'hui trop peu suivis et souvent "perdus" par les institutions.

Olivier Galland souligne le manque de courage de responsables politiques "qui ont peur de la jeunesse". En témoignent les multiples reculades du pouvoir, de 1986, lors du mouvement contre la réforme Devaquet instaurant la sélection à l'entrée de l'université, à 2006, lors de la contestation du contrat première embauche. Cette peur provoque selon lui un "jeu pervers" : "Les responsables politiques font leurs réformes à la sauvette, sans tout dire de leurs intentions ni convaincre de la nécessité d'agir, ce qui provoque défiance et échec. La dernière réforme du lycée en est un bon exemple", assure le chercheur.

Les enseignants - et "le conservatisme des syndicats" - ont leur part de responsabilité, mais le sociologue se défend de les stigmatiser. Car "c'est un modèle que tout le monde partage dans la société". Les jeunes eux-mêmes défendent paradoxalement cette "égalité formelle", bien qu'ils en soient les premières victimes.

Le chercheur estime qu'il faut établir un nouveau pacte républicain entre l'école et la nation. Le haut-commissariat n'a pas la main sur les contenus et l'organisation de l'enseignement. "C'est un risque d'échec, reconnaît M. Galland. Si M. Hirsch conçoit sa mission comme l'instauration d'une politique transversale de la jeunesse, c'est intéressant, à condition qu'il ait les moyens de la mettre en oeuvre."

L'un des sujets les plus sensibles est la réorganisation annoncée du système d'information et d'orientation des élèves, réforme que plusieurs gouvernements ont tentée en vain. "C'est un enjeu absolument central, poursuit le chercheur. Dans un système éducatif aussi complexe que le nôtre, l'information est une ressource fondamentale. Les inégalités entre les jeunes sont ici énormes, et elles s'accroissent."

 

Benoît Floc'h

Article paru dans l'édition du 10.03.09

 

 


 

À quelles difficultés sont confrontés les jeunes ? (Le Point et AFP)

 

 Publié le 09/03/2009 à 17:42 Le Point.fr


Pauvreté, logement, chômage : les difficultés sont plus fortes pour les jeunes que pour les autres catégories de la population, rappellent les données publiées lundi par le Haut Commissariat à la Jeunesse.

En 2008, 8,18 millions de jeunes de 16 à 25 ans vivaient en France et représentaient 12,7 % de la population.


Pauvreté:

La pauvreté, très liée à la situation des parents vis-à-vis de l'emploi, affecte plus les jeunes : 20,2 % d'entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté (880 euros par mois), contre 13 % de l'ensemble de la population, et 15,5 % sont en situation de pauvreté en termes de conditions de vie, contre 12,2 % de l'ensemble de la population.


Logement:

- La majorité des 16-25 ans (57 %) vivent encore avec leurs parents, 18 % ont constitué une famille et 13 % vivent seuls.

- Les jeunes ayant quitté le foyer familial sont généralement locataires dans de grandes villes et occupent de petits logements, plus souvent de statut atypique (meublés, sous-locations, etc).


Scolarité:

- Plus de 40 % d'une génération obtiennent un diplôme du supérieur, près de 62 % d'une classe d'âge obtiennent le bac depuis 1995 et plus de 80 % des moins de 18 ans sont en cours d'étude depuis le début des années 1990, contre moins de la moitié une décennie plus tôt.

- La part de jeunes sans diplôme du secondaire, qui avait fortement baissé, s'est "stabilisée" depuis la fin des années 1990 autour de 17 %, soit 130.000 personnes. Et quelque 10 %, soit 75.000 jeunes, sortent du système scolaire sans diplôme.


Emploi:

- Le taux d'emploi des 16-25 ans (28,5 % au 4e trimestre 2008), est l'"un des plus faibles d'Europe" en raison de la durée de la scolarité, d'un moindre cumul études-emploi qu'ailleurs et des difficultés d'insertion professionnelle des moins diplômés.

- Plus d'un tiers des emplois occupés par les moins de 30 ans (35 %) sont des contrats temporaires ou aidés par l'État, contre moins de 15 % pour l'ensemble des salariés.


Chômage:






















- Le taux de chômage des actifs de 15-24 ans est l'"un des plus élevés d'Europe" (21,2 % au 4e trimestre 2008), notamment car les moins de 25 ans présents sur le marché du travail sont souvent peu ou pas diplômés et peinent à s'insérer.

- Moins de la moitié des jeunes au chômage perçoivent une indemnisation, contre 60 % des demandeurs d'emploi.

 

 


 

Lire en ligne    La politique en faveur de la jeunesse en France, InfoSynthèse, Ministère des Affaires étrangères et européennes, 2008.

 

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 19:59

L’Observatoire des inégalités dresse le portrait de la jeunesse dont le malaise est sensible.

Qu’est-ce que la jeunesse ? Quelles sont les conditions de vie des jeunes adultes ? Quelles difficultés rencontrent les 15-30 ans dans l’emploi, face au logement ? Quel est leur niveau de vie ? etc.

L’Observatoire des inégalités dresse le portrait des 15-30 ans, aux premières loges de la crise de l’emploi et du mal logement. 10 fiches thématiques seront publiées les unes après les autres.

- n°1 : La jeunesse existe-t-elle ?

- n°2 : L'emploi des jeunes

- n°3 : Les jeunes et le chômage

- n°4 : Loisirs et pratiques culturelles des jeunes

- n°5 : Les revenus des jeunes

- n°6 : Les jeunes et l'éducation

- n°7 : Le logement des jeunes

- n°8 : Les jeunes et la santé

- n°9 : Jeunes, territoires et mobilités

- n°10 : Qui sont les étudiants ?

 

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 18:00

La diversité de la jeunesse


Les jeunes partagent aujourd’hui un certain nombre d’expériences ou de points communs : la prolongation des études ; les difficultés d’insertion professionnelle ; les pratiques culturelles centrées sur la consommation ; l’acceptation des normes sociales telle que la famille ou la société de consommation. Cependant, on peut relever une série de phénomènes qui expriment des tensions et des oppositions au sein de la jeunesse.

 

1) Des inégalités scolaires


A mesure que le niveau d’études augmente, la proportion d’élèves des couches sociales les moins favorisées diminue. Alors que les enfants d’ouvriers, d’inactifs et d’employés représentent la majorité des élèves de sixième (56 % pour les deux catégories cumulées), ils ne constituent qu’une faible part (16 %) des élèves de classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). A l’inverse, les enfants, dont les parents sont cadres ou exercent une profession libérale, ne représentent que 16 % des élèves de sixième, tandis qu’ils constituent plus de la moitié (55 %) des élèves de classes préparatoires. Si les inégalités sont présentes dès l’école maternelle, elles s’accentuent au fur et à mesure que le niveau d’études augmente, du fait d’une moins bonne réussite des enfants issus de milieux défavorisés ou, tout simplement, de choix d’orientation influencés par le milieu social. Mais le "handicap" du milieu social n’est pas insurmontable : même s’ils sont peu nombreux, et même s’ils doivent redoubler d’efforts, des enfants d’ouvriers et d’employés sont présents dans les filières de prestige.
[3]

 

L'origine sociale des élèves de la 6ème aux classes préparatoires - Unité : %

 

Elèves de 6ème

Ensemble bacheliers

Bacheliers généraux

Bacheliers généraux avec mention

Inscrits en classe préparatoire aux grandes écoles

Ouvriers, inactifs*

38

29

19

15

9

Employés

18

16

14

11

7

Agriculteurs, artisans, commerçants

11

11

10

9

9

Professions intermédiaires

17

21

24

23

20

Cadres supérieurs, professions libérales

16

23

33

42

55

Source : Ministère de l'éducation nationale - Direction de l'évaluation de la prospective et de la performance, suivi après le baccalauréat des élèves entrés en sixième en 1995

 

Les enfants d’origine sociale populaire (enfants d’employés, d’ouvriers ou d’agriculteurs) sont sous représentés dans l’ensemble de l’enseignement supérieur et dans tous les types d’études à l’exception des STS et IUT où ils représentent respectivement 53 % et 42% des effectifs.

 

2) La persistance des inégalités garçons/filles


Des inégalités persistent entre hommes et femmes dans la société. Malgré l’égalité de droit et la mixité, notamment scolaire, on peut observer que les filles ne connaissent  toujours pas la même situation ni le même destin social que les garçons.  On retiendra ici deux exemples.


Des disparités sexuelles dans les études

On peut reprendre le titre d’une étude intitulée « des meilleures scolarités féminines aux meilleures carrières masculines ou comment s'amorce  dans l'enseignement supérieur l'inversion des excellences ». En effet, Les filles apparaissent défavorisées à trois niveaux : 
1) elles sont proportionnellement moins nombreuses à se doter du meilleur ticket d'entrée dans l'enseignement supérieur (le baccalauréat S option mathématiques); 2) elles choisissent moins fréquemment que les garçons les types d'études les plus prestigieux ; 3) dans un type d'études donné, elles sont proportionnellement moins nombreuses à s'inscrire en 3ème cycle (au niveau le plus élevé du cursus).[4] Les filles sont plus nombreuses que les garçons dans les études supérieures : 55% contre 45%. Cependant, la féminisation est très inégale selon les filières : les filles restent minoritaires en UFR sciences ainsi que dans les IUT et CPGE dont les formations secondaires ou scientifiques sont plus nombreuses que les formations tertiaires ou littéraires. La féminisation est aussi inégale selon le niveau d’études : les filles restent minoritaires en Doctorat toutes filières confondues (46%).

La meilleure scolarité des filles se confirme, dans la plupart des types d'études, au cours des premières années d'enseignement supérieur mais ne s'étend pas aux filières et niveaux d'excellence : classes préparatoires aux écoles supérieures, Médecine (a fortiori formation des spécialistes), 3ème cycle d'UFR typiquement universitaires (Lettres, Sciences, Droit et

Sciences économiques).

Les auteurs de cette étude propose l’explication suivante :

« Les difficultés d'accès des filles aux formations d'excellence renvoient pour une part aux inégalités matérielles de charges domestiques et aux inégalités symboliques de valorisation des activités professionnelles masculines et féminines. Mais il considère que la façon dont les filles envisagent leur avenir (en privilégiant par exemple les emplois d'enseignant et de salarié du secteur public) est irréductible aux effets d'une domination ou d'une aliénation. Ce modèle peut admettre que la préférence accordée aux emplois les plus conciliables avec les charges parentales comporte un aspect de "reproduction" de rôles féminins précocement intériorisés en cours de socialisation. Mais il introduit l'hypothèse que cette "reproduction" n'épuise pas les raisons des arbitrages opérés et des décisions adoptées. Il considère qu'il est envisageable qu'une fois atteints certains seuils dans l'acquisition de l' autonomie économique et de ressources culturelles, les filles puissent, à compétences scolaires égales à celles de l'élite des garçons, se désintéresser plus fréquemment qu'eux de la compétition pour les emplois associés aux plus hauts niveaux de rémunération, de prestige et de pouvoir, désirer autre chose qu'occuper les sommets des entreprises ou de l'Etat. »[5]

 

Des filles victimes de comportements sexistes

Dans un tout autre domaine, les filles semblent encore victimes de comportements sexistes et violents. Une enquête menée en 2007 auprès 1600 jeunes filles de 18 à 21 ans résidant, étudiant ou travaillant en Seine-Saint-Denis apporte des éléments troublants. Dans cette enquête,  23% des jeunes filles, âgées de 18 à 21 ans, rapportent avoir subi des violences physiques au cours de leur vie (excluant les 12 derniers mois) et 14% des agressions sexuelles. Au cours des douze derniers mois, 30% des jeunes filles interrogées ont relaté avoir été victimes de violences physiques et 5% de violences sexuelles[6].

Le travail croissant des étudiants
Le phénomène du travail étudiant ne peut plus aujourd’hui être considéré comme minoritaire ou marginal. On estime que trois quarts des étudiants travaillent en cours d’année en incluant la période d’été ; plus de 40 % exercent une activité rémunérée pendant l’année universitaire ; 15 à 20 % des étudiants, soit environ 400 000 personnes, travaillent de façon régulière pendant leurs études[7].

Le travail étudiant répond à deux types de motivations : des nécessités financières ou une volonté d’autonomie.
On peut distinguer trois groupes parmi les étudiants qui exercent une activité rémunérée pendant leurs études.
1. certains étudiants doivent faire face à l’ensemble de leurs dépenses de subsistance et d’études ; ils se trouvent ainsi dans l’obligation de travailler régulièrement pour compléter le versement des aides publiques (bourse sur critères sociaux et allocation pour le logement). Il s’agit d’étudiants issus de familles plutôt défavorisées socio-économiquement et, pour une part non négligeable, d’étudiants étrangers. Leurs salaires, oscillant entre 350 et 700 euros par mois, sont juste suffisants pour vivre et laissent peu de place aux dépenses de loisirs.
2. d’autres étudiants travaillent pour améliorer leurs conditions de vie. Ils n’ont pas à prendre en charge la question financière de leur logement, soit qu’ils habitent chez leurs parents, soit que ceux-ci les aident financièrement pour payer l’intégralité des frais inhérents au logement. Ils doivent néanmoins travailler pour couvrir un certain nombre de besoins tels que frais d’inscription, livres... Mais ils peuvent compter sur l’aide de leurs parents en cas de difficultés ponctuelles. Certains ne travaillent que l’été quand d’autres le font de manière plus régulière, mais un faible nombre d’heures, avec des horaires flexibles pour ne pas compromettre leur réussite universitaire.
3. le troisième groupe perçoit des aides financières parentales importantes et se trouve dans une situation socio-économique plutôt favorable. Travailler est plus un revenu d’appoint destiné essentiellement à financer les loisirs. Ces étudiants arbitrent le plus souvent entre le fait d’avoir une activité rémunérée pour un complément financier et celui de faire des stages pour acquérir une expérience professionnelle. Ils acceptent d’occuper un emploi de manière régulière s’il est en lien avec ses études[8].

 

3) Des jeunesses en crise : banlieues et milieu rural
Moins médiatisée, la situation des jeunes vivant en milieu rural mérite d’être soulignée.  Plusieurs différences existent entre jeunes ruraux et jeunes urbains : à la fin des années 1990, 42 % des actifs ruraux sont ouvriers, contre 27 % des urbains. Les jeunes ruraux  sont moins diplômés que les urbains : les premiers majoritairement titulaires de BEPC, CAP ou BEP, les seconds davantage titulaires d’un bac général et accédant plus à l’enseignement supérieur.  L’isolement géographique pèse sur leur insertion sociale : distance culturelle et éducative par rapport à la ville, ses lieux de formation et de culture, ses opportunités d’ascension sociale.  Comme les jeunes des banlieues urbaines, ils connaissent des difficultés d’insertion professionnelle. Dans les régions rurales,  Trouver du travail nécessite de plus en plus de devoir s’éloigner de son lieu de vie [Entre 1982, 1990 et 1999, le taux d’actifs français travaillant dans leur commune de résidence est passé de 54 % à 48 %, puis 39 %].

 


Le parcours d’un jeune rural
"D’origine populaire, bien souvent en échec scolaire et peu qualifiée, la jeunesse de Foulange a cherché à utiliser les ressources de son « capital d’autochtonie », à savoir les opportunités offertes par la détention de réseaux relationnels dans le village et ses environs. Prenons l’exemple de Christophe, élevé dans un bourg voisin de Foulange. Son père, licencié de l’ancienne usine de cuisinières, connut trois ans de chômage avant d’être embauché par une nouvelle PME de Foulange. Après une scolarité plutôt réussie au collège, Christophe intègre un lycée technique. Il échoue aux épreuves du bac professionnel, mais a auparavant obtenu CAP et BEP de comptabilité. Il a 20 ans en 1990 lorsqu’il quitte la région en quête d’une situation professionnelle qui corresponde aux espoirs hérités de sa scolarité. Mais ses pérégrinations dans l’est de la France ne lui permettront jamais de trouver un travail stable à hauteur de ses qualifications. Il cumulera différents emplois d’ouvrier, et la rancœur croissante de s’être « fait exploiter ». A 27 ans, il revient dans sa région d’origine où le statut d’ouvrier d’usine de son père lui permet de valoriser localement son BEP de comptabilité. Il entre à l’usine dans laquelle travaille son père, comme employé de bureau. Face à la difficulté à s’insérer sur le marché du travail et à la précarisation des statuts de salarié, il a ainsi pu mobiliser son appartenance au « pays » et, en 2003, à 33 ans, il fait construire un pavillon à Foulange, dans lequel il s’installe avec sa compagne, enceinte.[9]

Les principaux éléments
- la prolongation des études (lycée et supérieur) a suscité une déception car elle ne s’est pas concrétisée par une d’ascension sociale.
le chômage a fortement  réduit les possibilités d’emploi
un accès difficile à l’indépendance a de nombreuses causes : accès chaotique au monde du travail (accès toujours structuré par l’espoir d’obtenir un emploi stable et pas trop « dur ») ; difficulté à accéder à un logement indépendant (liée à la pénurie des offres sur le marché locatif) ; difficulté, pour certains jeunes hommes, à trouver une compagne.
Ces difficultés sociales conduisent au resserrement des liens tissés au sein du groupe des pairs :
 « ce n’est que dans l’appartenance élective à un groupe d’amis que la plupart ont trouvé une manière d’accéder à une relative autonomie. Jusqu’à l’âge de 25-30 ans, les relations de bande établies dans l’enfance et l’adolescence perdurent, et constituent une forme de rempart ultime contre les crises d’appartenances familiales et professionnelles. Et comme cette appartenance élective s’établit en partie contre les parents, elle engendre une forte incompréhension entre générations, cristallisée autour de la consommation de stupéfiants. » 
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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 17:53

Cet article fait suite à l'article: Les jeunes en France. Partie 1: la "montée des jeunes"

L'allongement de la période de jeunesse

La tendance est à l'allongement de la période de la jeunesse s’effectue par le retardement du franchissement des seuils d’entrée dans la vie adulte. Ce phénomène s’explique par plusieurs causes : le chômage et la difficulté à trouver un premier emploi et à assurer son indépendance financière ;  la volonté de la société d’allongement des études.

On constate un net allongement de l’âge médian de sortie des études qui passe de un peu plus de 17 ans à plus de 20 ans. La démocratisation du bac illustre cette évolution. Il est obtenu par 15 % d'une classe d’âge au lendemain de la guerre, 20 % à la fin des années 1970, 35 % au milieu des années 1980 et 69 % en 2002. Le nombre d’étudiants passe de 8509 000 en 1980 à 1 368 000 en 1986, 2 169 000 en 1996 et 2 209 000 en 2002/2003. La moitié d'une génération poursuit ses études après le bac.

 

Une insertion professionnelle difficile

L’âge médian d’accès au premier emploi est nettement retardé sur les vingt ans. Il est retardé de 6 ans, passant de 19 à près de 25 ans. L’allongement de la durée des études peut expliquer en partie ce phénomène mais pas seulement le chômage est aussi un facteur d’explication l’allongement des durées d'étude.

Les jeunes sont frappés par deux problèmes : le chômage et la difficulté d’accéder au premier emploi. L’allongement de la durée des études en constitue un facteur déterminant mais le chômage y est aussi pour beaucoup ; il peut d’ailleurs expliquer en partie l’allongement des durées d'étude.

Le chômage frappe durement les jeunes. En 2007, le taux de chômage des jeunes s’élève à 19,1 % (cela signifie que les moins de 25 ans  représentent 19,1 % de tous les chômeurs recensés).

 

Taux de chômage selon l’âge et le sexe

Ensemble

8,3 %

Moins de 25 ans

19,1 %

De 25 à 49 ans

7,8 %

Plus de 49 ans

5,4 %

Source : Insee - enquête Emploi - 3ème trimestre 2007.

 

Les jeunes occupent souvent des emplois précaires (contrats à durée déterminée). Si l’on observe uniquement le premier emploi occupé, pour la génération qui est sortie de l’école en 2001, on retrouve le même phénomène. Le diplôme, même élevé, n’empêche pas la précarité : 40 % des diplômés du troisième cycle ont commencé par un emploi temporaire. Mais les non qualifiés sont 63 % à être dans ce cas. La longueur des études n’est pas le seul paramètre qui joue : certaines filières professionnelles recherchées par les employeurs débouchent sur une insertion rapide. Certains contrats temporaires fonctionnent comme des périodes d’essais qui servent de tremplin vers un emploi durable. D’autres en revanche, souvent ceux occupés par les moins diplômés, installent durablement les jeunes dans l’insécurité de l’emploi, notamment par le biais de CDD renouvelés de façon contraire au droit du travail, mais dans l’indifférence générale. L’Etat a mis en place de nombreux dispositifs destinés à aider les jeunes à accéder au premier emploi. En 2000, sur les 7 558 000 jeunes de 15 à 24 ans, 67 % sont scolarisés, 23 % exercent un emploi, 6 % sont chômeurs et 3 % sont inactifs. Ces difficultés d’insertion professionnelle ont deux conséquences : l’accès au logement indépendant est retardé (plus de 23 ans) ; la vie en couple et le premier enfant sont également retardés.

 

Une jeunesse conformiste ?

Une étude menée en novembre 2003 par l’institut TNS-SOFRES auprès des 15-24 ans permet de dresse le portrait moral de la jeunesse.

Les jeunes d’aujourd’hui semblent bien loin de l’esprit contestataire de ceux des années 1960. Les enquêtes  révèlent un certain conformisme moral.  Leur système de valeurs est organisé autour de la sphère privée et relationnelle. Les priorités des jeunes : famille, travail, amis. Interrogés sur les choses qui comptent le plus pour eux dans la vie aujourd'hui, les 15-24 ans répondent dans l'ordre : la famille (52%), trouver un métier intéressant (38%) et les amis (37%), avant le fait de se développer intellectuellement (18%), la liberté (10%), ou le fait d'avoir des responsabilités (10%).

L'importance de la sociabilité amicale, du groupe des « pairs » reste forte. Interrogés sur leurs loisirs préférés, les jeunes mettent à nouveau les amis en tête de la hiérarchie (52%), même si les loisirs amicaux comptent davantage pour les filles (56%), que pour les garçons (47%), et plus entre 15 et 20 ans (54%), qu'après 20 ans (47%). L'importance de cette sociabilité amicale trouve ses fondements dans le partage d'une expérience commune, plus que dans celui d'un idéal ou d'idées communes : ainsi les jeunes déclarent que ce qui les rapproche le plus de leurs amis, c'est d'abord le fait d'avoir fait ses études ensemble (43%) ou de " bien s'amuser ensemble " (41%).

Les 15-24 ans paraissent peu politisés et rejettent les mots de politique, de partis politiques, et mettent en dernière position de leurs personnalités préférées, les hommes politiques. Pour autant, ils ne sont pas indifférents à la dimension collective des choses, à la condition que le collectif soit compatible avec leur subjectivité personnelle.

Les jeunes  respectent certains interdits. Les 15-24 ans ont fortement intégré un certain nombre de normes, tout en se construisant leurs propres tabous au premier rang duquel on trouve le racket (83% le jugent inadmissible), mais également la vente de drogue ou la prise d'ecstasy et l'irrespect sous toutes ses formes. En revanche, les jeunes semblent avoir pris leur distance avec certaines normes sociales en contradiction avec leur idéal individualiste. Ainis, le travail au noir ne leur paraît pas grave, ni le fait de ne pas payer les transports en commun. De la même façon, et génération du portable oblige, qui demande à réinventer toute une sociabilité et un nouveau rapport au temps, entre 40 et 50% des jeunes estiment qu'il n'est pas grave, ni d'arriver en retard à un rendez-vous, ni de ne pas débrancher son portable au cinéma ou au restaurant.[1]

On peut compléter ce portrait par les données  issues de l’enquête « Conditions de vie et aspirations des Français » de janvier 2006.

Les jeunes bénéficient d’un réseau social particulièrement étendu. Ils fréquentent régulièrement des membres de leur famille et les solidarités familiales sont particulièrement fortes dans cette tranche d’âge, les jeunes recevant beaucoup d’aides financières, de services en nature ou de soutien moral de la part de leurs parents ou grands-parents.
Ils sont très investis dans leur réseau amical
: 63 % d’entre eux reçoivent au moins une fois par mois des amis ou des relations chez eux (soit +22 points par rapport à l’ensemble de la population).
Ils sont très familiers des nouvelles technologies
: 94 % disposent d’un téléphone mobile (+19 points par rapport à l’ensemble de la population), 56 % sont équipés d’un appareil photo numérique (+15 %), près des trois quarts utilisent un ordinateur à leur domicile (+14 %) et plus d’un sur deux (51 % exactement, contre 43 % dans l’ensemble de la population) sont connectés à Internet.
Les jeunes font face à des contraintes financières fortes
: 25 % des 18-29 ans recherchent un emploi (+10 points), 44 % (+14 points) ont été au chômage au moins une fois au cours des dix dernières années, 50 % estiment que les dépenses de logement représentent un poste très lourd dans leur budget (+7 points).
En matière de mœurs, les jeunes font preuve d’un certain modernisme
: Près des trois quarts (73 %, contre 62 %) estiment que les femmes devraient travailler dans tous les cas où elles le désirent. Et, même s’ils sont nombreux à penser que le mariage correspond à un engagement profond (62 %), ils sont plus nombreux à penser que cette union peut être dissoute par simple accord des deux parties (61 %), contrairement à ceux qui pensent que le mariage est une union indissoluble (12 %)[2].

 



Sources :
- Régis Bigot, « Évolution des valeurs des jeunes entre 1979 et 2006 », Horizons stratégiques, n° 4, avril 2007 (revue du Centre d’analyse stratégique)
- Laurent Bonelli
, « Révolte des banlieues. Les raisons d’une colère », Le Monde Diplomatique, décembre 2006.
http://www.mondediplomatique.fr/2005/12/BONELLI/12993décembre 2005 -  Pages 1, 22 et 23
- Denis Duclos, « Une crise d’intégration des jeunes de milieux populaires. Retour sur la grande révolte des banlieues françaises », Le Monde Diplomatique, août 2006.
http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/DUCLOS/13741août 2006 -  Pages 12 et 13
- Jean-François Hersent, Les pratiques culturelles adolescentes. France, début du troisième millénaire, BBF 2003, n° 3, p. 12-21.
- Observatoire de la Vie Étudiante, La vie étudiante. Repères, Édition 2007.
- Fabienne Rosenwald, « Filles et garçons dans le système éducatif depuis vingt ans », Données sociales. La société française, 2006, p. 87-94.


[1]. http://www.tns-sofres.com/
[2] . Régis Bigot, « Évolution des valeurs des jeunes entre 1979 et 2006 », Revue Horizons stratégiques, Centre d’analyse stratégique, n° 4/avril 2007.

[3] . http://www.inegalites.fr.

[4] Louis Gruel, Béatrice Thiphaine, Des meilleures scolarités féminines aux meilleures carrières masculines, Observatoire national de la Vie Etudiante et Laboratoire d’Economie et de Sciences Sociales de Rennes Université de Rennes 2, mars 2004, p. 10

[5] . Louis Grue, Béatrice Thiphaine, Des meilleures scolarités féminines aux meilleures carrières masculines, Observatoire national de la Vie Etudiante et Laboratoire d’Economie et de Sciences Sociales de Rennes Université de Rennes 2, mars 2004, p. 25.

[6] . http://www.seine-saint-denis.fr/Enquete-sur-les-comportements.html

[7] . Laurent Bérail, Le travail des étudiants, Conseil économique et social, 2007, p. 7.

[8] . Laurent Bérail, Le travail des étudiants, Conseil économique et social, 2007, p. 31.

[9] . Nicolas Réhany, « Jeunesse rurale : quel avenir pour les « gars du coin »? », Sciences Humaines, Grands Dossiers N° 4, Septembre - Octobre - Novembre 2006. http://www.scienceshumaines.com/index.php?id_article=14771&lg=fr

 

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 17:33

A- L’émergence d’une nouvelle catégorie sociale
1. Le document 3 présente l’évolution du taux de natalité en France entre 1940 et 2004. On peut distinguer deux périodes. Entre 1940 et 1950, le taux de natalité augmente fortement, passant de 13,8 % à 20,6 %. Après 1950, la courbe décline lentement jusque vers 1965 mais se maintient encore à un niveau élevé. Après 1965, il y a un net décrochement. Ce phénomène de forte accroissement de la natalité après la guerre est le « baby-boom ». le nombre des jeunes dans la société augmente fortement.
2. La période de la jeunesse est définie par le franchissement de plusieurs étapes ; le départ du foyer parental, l’entrée dans la vie active et la formation d’un couple. La jeunesse correspond à une période de trannsition entre l’enfance et l’âge adulte défini par des trois étapes.
3. A partir de1960, 1a France connaît une véritable explosion scolaire : les effectifs scolarisés augmentent fortement, notamment dans l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. L’expérience scolaire concerne désormais des classes d’âge entières.
4. La prolongation des études devient une norme. Tous les jeunes font donc l’expérience d’une scolarisation longue ce qui les place en dehors de la société des adultes.
5. L’exemple de la jeunesse de Daniel est intéressant car il correspond aux grandes étapes du passage à l’âge adulte : après des études courtes (certificat d’études), il attend d’avoir l’âge du service militaire pour entrer dans la vie active et fonder un foyer.
6. Son parcours est fortement déterminé par son milieu social : il quitte l’école jeune ; il travaille dans la ferme de ses parents ; il connaît une promotion professionnelle par des cours du soir.
7. Son exemple met en valeur les étapes suivantes : fin de l’école primaire ; service militaire et mariage.
8. La montée de la jeunesse n’est pas un simple phénomène démographique. Il accompagne de profondes transformations culturelles et sociales. Les jeunes forment désormais un groupe d’âge défini par une culture originale : des pratiques culturelles communes (concerts, sorties …) ; des signes vestimentaires (jeans, polos, blousons, tee-shirt); un certain type de consommation (disques, transistors); un langage propre ; une forte emprise du groupe des pairs.

B- Le moment "mai 1968"
1. Les années 1960 sont marquées par la montée d’une contestation de la jeunesse contre les structures et les valeurs de la société. Les jeunes contestent les hiérarchies, l’autorité, la censure. Ils remettent en cause les structures de la famille, des lycées et des universités. Ils revendiquent plus de liberté, d’autonomie et de responsabilités.
2. Cette contestation s’appuie sur des références idéologiques et politiques très marquées : le marxisme, le « maoïsme », l’anarchisme servent de référence théorique ; des figures comme celles de Trotski, de Che Guevara. Les jeunes se mobilisent en faveur du peuple Vietnamien en guerre contre les Etats-Unis au sein des Comités Vietnam de Base.
3. Ce mouvement de contestation n’est pas propre à la France mais touche l’ensemble des pays développés. Il s’agit d’une contestation internationale de l’impérialisme des Etats-Unis notamment et de la société capitaliste.
4. La contestation étudiante vise les autorités et l’État. Elle revendique la liberté et une nouvelle manière de vivre.
5. La contestation revêt des formes violentes : aux manifestations fréquentent et nombreuses s’ajoutent des émeutes au cours desquelles les jeunes affrontent la police. Dans la nuit du 10 mai 1968, les étudiants érigent des barricades dans le Quartier latin.
6. Le Premier ministre Pompidou livre une analyse à chaud du mouvement de Mai 68. Selon lui, ce sont les transformations sociales et culturelles profondes qui expliquerait la contestation : le déclin des valeurs et des structures d‘encadrement traditionnelles  comme la discipline, la famille, la patrie, l’Église d’une part, et des innovations comme la radio et la TV d’autre part.
7. Pompidou distingue en fait deux types de jeunesse : la jeunesse étudiante d’une part, et la jeunesse ouvrière et paysanne d’autre part.
8. Pompidou préconise des réformes qui doivent concilier les revendications de la jeunesse et le maintien des cadres de la société.

C- La jeunesse entre reconnaissance et nouvelles inquiétudes
1. Sous la présidence de Giscard d’Estaing, plusieurs réformes visent à pendre en compte les aspirations des jeunes. Ainsi, l’âge de la majorité politique est abaissé à 18 ans afin de leur permettre d’exercer des responsabilités politiques plus tôt.
2. L’itinéraire de Séverine diffère sensiblement de celui de daniel. D’une part, elle vit au sein d’une famille moderne dans laquelle les relations affectives et le respect de l’individualité de chacun priment. D’autre part, cette famille rassemble plusieurs générations. Enfin, elle s’intègre au processus d’allongement de la jeunesse. La vie amoureuse par exemple ne signifie pas le départ du foyer parental.
3. Ces mobilisations lycéennes s’inscrivent dans l’héritage de Mai 68 tend dans leur contenu (l’autonomie, la responsabilité) que dans leurs formes (manifestations spontanées).
4. Les manifestations récurrentes des lycéens dans les années 1980-1990 revêtent une nouvelle significative. Il s’agit moins de protestations politiques qu’une affirmation et d’une revendication d’autonomie et de responsabilité.
5. La jeunesse des années 1970 manifeste des préoccupations différentes de celles de leurs aînés : l’écologie, l’anti racisme, le pacifisme les motivent davantage que les engagements politiques traditionnels.
6. Depuis les années 1980, les jeunes sont confrontés à une insertion professionnelle difficile : le chômage les frappe particulièrement, ainsi que les formes d’emplois précaires (CDD, intérim, emplois aidés …).

7. Des inégalités sociales persistent dans l’accès aux qualifications. La démocratisation de l’enseignement n’a que partiellement réduit les inégalités sociales, mais les a déplacées.

 

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 20:16

Le cadre de vie des jeunes de la Thiérache (Aisne) n’a pas la tristesse des cités- "ghettos" des banlieues sensibles. Mais dans ces villages tranquilles, les difficultés d’insertion sont les mêmes : une fois sortis de l’école, entre 16 et 25 ans, les jeunes de la mission locale vivent des situations de précarité et d’angoisse qui ressemblent étonnamment à celles décrites par les "jeunes des cités". "On parle jamais de nous. Mais, ici, on vit les mêmes galères", résume Nathalie Delvas, 24 ans, titulaire d’une maîtrise de biologie, revenue vivre chez ses parents faute d’avoir trouvé un emploi. Comme dans les zones urbaines sensibles, les jeunes de la région se heurtent à un marché du travail impitoyable pour ceux qui n’ont pas de diplôme ou qui ont fait des erreurs d’orientation. Nathalie Delvas dit ainsi avoir envoyé 200 CV depuis qu’elle a quitté l’université en juin 2006. Le bilan est désastreux : très peu de réponses et aucune proposition d’entretien. La faute, pense-t-elle, à un diplôme "trop général" qui n’intéresse pas les entreprises. Pour tenter de rebondir, elle s’est adressée à la mission locale et a trouvé un stage d’anglais.

Sur le plan financier, elle se contente de vivoter avec des missions d’intérim au supermarché du village et au centre de loisirs de la commune. "J’aurais dû faire un CAP, j’aurais un vrai boulot", se désole-t-elle. Son retour au domicile familial sonne comme une rétrogradation, un signe de l’impossibilité de devenir autonome et adulte à part entière : "J’ai 24 ans et je vis chez mes parents. Je ne peux pas m’installer, acheter une maison ou choisir d’avoir des enfants."

A l’autre extrémité de la hiérarchie scolaire, Vincent Haingue, 16 ans, se trouve dans la nasse comme tous ceux qui n’ont aucune qualification. Lui a arrêté l’école très jeune pour commencer une formation par alternance, mais n’a jamais réussi à trouver de patron prêt à l’accueillir. Avec sa mère, qui le conduisait de village en village, il a parcouru des centaines de kilomètres dans la région pour rencontrer des chefs d’entreprise. Sans succès. "Ils seraient prêts à me prendre en stage. Ou même au noir. Mais pour bosser, être payé comme apprenti, j’ai rien", regrette le jeune homme, en essayant de relativiser : "Je suis pas malheureux, j’ai à manger. Mais c’est énervant de vouloir travailler et de ne pas trouver de patron."

Le taux de chômage des jeunes demeure, en Thiérache, nettement supérieur à la moyenne nationale. Ici, contrairement aux banlieues, personne n’évoque de discriminations liées à la couleur de la peau ou à la réputation d’un quartier. Mais les jeunes pâtissent de problèmes innombrables dus aux difficultés de transport. Le réseau de bus est presque inexistant et il faut se débrouiller, tant bien que mal, pour ceux qui n’ont pas les moyens de passer le permis de conduire. Eté comme hiver, la mobylette reste donc le moyen de transport le plus courant. "On voit des jeunes faire des dizaines de kilomètres tous les jours", se désole la directrice de la mission locale, Marie-Danielle Saintes.

Officiellement, la plupart de ces jeunes sortis de l’école, mais sans emploi, se trouvent "en formation". Davina Houd, par exemple, 21 ans, en recherche d’emploi, a suivi une multitude de programmes aux titres ronflants ("dynamique de choix professionnel", "mobilisation pour l’insertion", etc.), mais aux débouchés incertains. "Je vois pas trop où je vais", reconnaît-elle. Personne, surtout pas les jeunes concernés, n’ignore que ces formations servent avant tout à faire baisser les chiffres du chômage. Mais nul n’a intérêt à les refuser, car elles sont souvent accompagnées d’une aide financière.

Les conseillers de la mission locale ne comprennent pas pourquoi l’attention se focalise uniquement sur les banlieues alors que leurs jeunes subissent des difficultés comparables. Y compris sur le plan de l’ambition personnelle : "Le premier problème, ici, c’est l’autocensure. Nos jeunes ne sont pas poussés par leurs parents et ne sont pas incités à viser haut", explique Fabienne Ndao, 37 ans, conseillère à la mission locale. Au moment de s’orienter, beaucoup choisissent la formation la plus proche et pas la plus ambitieuse. L’exemple des grandes écoles qui viennent recruter en banlieue a marqué les esprits : on rêve, ici aussi, de disposer d’une expérience équivalente pour "booster" les jeunes de la région.

"La désertification des campagnes produit les mêmes phénomènes d’angoisse, voire de désespoir, que ce qu’on voit dans les banlieues", relève Jean-Pierre Balligand, député maire (PS) de Vervins. Certaines jeunes femmes choisissent d’avoir des enfants sans cacher à leurs proches qu’elles cherchent avant tout à obtenir des allocations et un statut social. Cette souffrance se traduit aussi par l’usage alarmant de drogues et d’alcool. Au point que, début janvier, le maire a dû prendre un arrêté interdisant la consommation d’alcool sur la voie publique.

Plus gênant encore : six incendies de voitures ont été comptabilisés, début janvier, en Thiérache, amenant L’Union de Reims, le journal régional, à s’interroger sur l’apparition, dans la région, du phénomène des... "violences urbaines".

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 20:05

Dans le texte qui suit, le sociologue Olivier Galland explique les similitudes et les différences existant entre jeunesse urbaine et jeunesse rurale.




"Le monde rural s'est profondément transformé depuis un siècle. Monde essentiellement agricole autrefois, il est aujourd'hui majoritairement composé d'habitants qui exercent un emploi salarié dans l'industrie ou les services et qui travaillent le plus souvent en ville. Les agriculteurs ne représentent plus qu'une petite minorité des actifs vivant dans les zones rurales : moins de 13 %. Ces transformations économiques et sociales ont évidemment eu un profond impact culturel: la vie rurale était associée à une culture particulière où le respect des traditions, l'attachement au cadre de vie et aux manifestations locales et le rapport à la nature avaient une grande part. Tout ceci a en grande partie disparu aujourd'hui et les modes de vie adoptés par les ruraux, comme les valeurs auxquelles ils adhèrent, se sont considérablement rapprochés de ceux des urbains. On retrouve ces tendances générales, parfois encore plus marquées, chez les jeunes. Le recul de la population agricole fait que de moins en moins de jeunes ruraux vivent dans un ménage dont le chef de famille est agriculteur: ils étaient encore près d'un sur cinq dans ce cas en 1982,ils ne sont plus que 8 % aujourd'hui. La progression impressionnante de la scolarisation qu'à connue la France dans les années 1980-1990 n'a pas laissé de côté le monde rural. Avant 20 ans,90 % des jeunes ruraux comme des jeunes urbains sont aujourd'hui scolarisés. Ce fait est d'une importance capitale pour comprendre l'évolution des mentalités des jeunes ruraux. Autrefois, l'école primaire était le véritable creuset de la culture républicaine, l'instituteur en était la figure emblématique et tout ce qui était intimement lié au village et à la culture locale.

Aujourd'hui, tous les jeunes vont poursuivre des études au collège et la plupart d'entre eux continuent au lycée. La poursuite de ces études les extrait tous les jours de leur environnement local et les plonge dans un bain culturel commun à tous les jeunes, qu'ils soient ruraux ou urbains. C'est donc là que se forge une culture commune  à tous et que s'abolissent les différences entre les ruraux et les urbains.

Toutefois, les jeunes ruraux et les jeunes urbains ne sont pas des populations équivalentes. La jeunesse rurale conserve quelques spécificités. Il s'agit d'une jeunesse qui vit dans des ménages de salariés modestes, employés ou ouvriers. Alors que le monde urbain voit s'accroître le poids des classes moyennes et supérieures. Les jeunes rentrent plus rapidement dans la vie adulte et quittent plus rapidement leurs parents pour s'installer dans leur propre logement.

Cependant, certaines tendances sont communes à tous les jeunes: c'est notamment le cas du report de l'âge auquel on décide d'avoir un premier enfant. Chez tous les jeunes, aujourd'hui, cet âge est postérieur à 28 ans. Les jeunes ruraux ont quelques autres spécificités qui tiennent à leur cadre de vie et au sentiment d'isolement qui peut y être associé. Mais, il n'y a aucune fatalité à l'isolement rural. Certains jeunes ruraux expriment effectivement un assez fort sentiment de solitude, lié aux difficultés rencontrées, notamment en matière de transport, pour avoir des contacts avec d'autres jeunes et accéder aux loisirs. Ces jeunes,lorsqu'ils sont lycéens, semblent avoir une double sociabilité: celle de l'environnement immédiat qui reste assez réduite et celle de l'univers du lycée qui est tronquée par le fait qu'il leur est souvent difficile de rencontrer leurs amis hors du cadre scolaire. Mais d'autres jeunes ne partagent pas du tout le sentiment d'isolement des premiers: ils participent très activement aux fêtes locales et organisent quelquefois des soirées entre eux.

Enfin, il faut souligner que la relative homogénéisation des modes de vie des jeunes repose également sur des valeurs qu'ils partagent tous plus ou moins. Le concept central qui pourrait définir ce système de valeurs est celui d'autonomie. L'autonomie, c'est avant tout l'état qui permet de vivre de façon indépendante. Contrairement à une idée répandue dans la société - et popularisée par le film récent Tanguy -, les jeunes n'ont pas prolongé délibérément la dépendance à l'égard des parents: dès qu'ils le peuvent, c'est-à-dire lorsqu'ils ont terminé leurs études et accédé à une certaine stabilité professionnelle, ils cherchent à acquérir ce statut d'autonomie. Cette idée d'autonomie, présente chez les jeunes ruraux comme urbains, c'est le fait que chacun doit être totalement libre de choisir sa manière de vivre, indépendamment de toute convention morale ou religieuse."

Olivier GALLAND, TDJ, n° 2, octobre 2002, Mission Locale Jeunes de Bourg-en-Bresse.

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