Au début du XIe siècle, quelques aventuriers venus de Normandie arrivent en
Italie. D'abord mercenaires, ils imposent leur domination dans le Sud. Robert de Hauteville s'empare du duché de Naples en 1049 tandis que son frère Roger enlève la Sicile aux Arabes entre 1061
et 1091. Son fils Roger II lui succède en 1101 et devient le premier roi de Sicile.
Située au cœur de la Méditerranée, la Sicile occupe un espace stratégique. Phéniciens, Grecs, Carthaginois, Romains, Byzantins et Arabes s'y sont succédé en y laissant de nombreux vestiges
archéologiques. L'implantation des Normands au XIe siècle est très rapide. En moins de 60 ans, ils se constituent un vaste empire qui s'étend du sud de l'Italie à la Tunisie. Les
Normands savent tirer profit des divisions qui opposent alors les émirs de Sicile. Face à une population majoritairement musulmane mais qui compte aussi de nombreux juifs et chrétiens orthodoxes,
les Normands jouent en quelque sorte le rôle d'arbitre et mettent en place un système politique original mêlant des apports divers coutumes locales et se tourne progressivement vers Byzance. Le
roi s'appuie sur toutes les populations, intègre les musulmans à la cour et concentre tous les organes du pouvoir, toute l'autorité à Palerme, interdisant ainsi la constitution de fiefs locaux
dans son empire. Son pouvoir est centralisé et fort, mais le roi reste tolérant et ouvert sur toutes les cultures. Dans la période mouvementée des croisades, la Sicile fait figure
d'exception. Chacun y pratique librement son culte, quelles que soient ses coutumes et ses mœurs. À la cour, on parle l'arabe autant que la langue d'oïl, mais encore le latin et le grec que le
roi maîtrise parfaitement.
Au royaume de Sicile, à cheval
sur la Méditerranée et sur deux continents, l'arabe fournit un principe d'unité et de continuité avec le passé. Renouant avec les califes* abbassides*, Roger II encourage l'épanouissement d'une
culture arabe riche et variée. Palerme rayonne alors dans toute la Méditerranée et accueille d'excellents artistes et savants comme al-Idrîsî. Dirigée par le roi lui-même, sa Géographie affirme pleinement, en arabe, la gloire d'un royaume riche et pacifié,
et celle d'un prince sage, serviteur du savoir.
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Roger II de Sicile en habit byzantin Mosaïque. Église de la Martorana.
Sicile, Palerme. L'église Sainte-Marie-de-l'Amiral est fondée en 1143 par Georges d'Antioche. L'entrée est décorée de deux mosaïques, l'une représentant le fondateur et l'autre le
couronnement de Roger II. Ce dernier a succédé à son père en 1101 comme duc de Sicile, puis il a soumis le sud de l'Italie et est devenu roi de Sicile et d'Italie du Sud avec Palerme
pour capitale. |
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Christ en majesté de l'église de l'église du monastère de Monreale: les mosaiques dorées témoignent
de l'influence de la culture byzantine. |
Une animation en ligne intitulée "La Sicile, carrefour de trois civilisations ?"
Des articles à lire en ligne:
La Sicile musulmane par Henri Bresc
Professeur à l'université de Paris X Nanterre Directeur du Centre d'histoire sociale et culturelle de l'Occident (CHSCO )
La Sicile musulmane a laissé peu de traces archéologiques ; elle pourrait passer inaperçue et ne paraître qu'un bref intermède, s'il n'y avait en aval l'étonnant chapitre de la Sicile normande. Or de 831 à 1071, Palerme est une ville musulmane ; la conquête, d'abord militaire, ouvre la Sicile à une forte immigration venue d'Afrique du Nord. Pendant quelques décennies, les réformes des Fâtimides permettent l'apparition d'une civilisation urbaine qui va multiplier les échanges avec les villes musulmanes du bassin méditerranéen. Nous avons demandé à Henri Bresc de nous présenter cet épisode de l'histoire sicilienne.
http://www.clio.fr/bibliotheque/pdf/pdf_la_sicile_musulmane.pdf
Les Normands en Méditerranée du XIe au XIIIe siècle par Pierre Aubé
Spécialiste d'histoire médiévale des XIe et XIIe siècles Membre de la Société de l'histoire de
France.
Après s'être établis tant en Russie - le pays des hommes roux - qu'en Normandie - le pays des hommes du Nord -, les guerriers scandinaves n'en n'ont pas si vite perdu ni leur soif d'inconnu et de richesses ! Si l'aventure méditerranéenne de leurs descendants commence en Calabre, elle trouvera son plein épanouissement en Sicile et fera trembler tant Rome que Byzance. Pierre Aubé, médiéviste, auteur des Empires normands d'Orient XIe-XIIIe siècles (Perrin, 1999) explique comment ces cadets du Cotentin, ambitieux mais tolérants, ont fait fleurir en Méditerranée la civilisation la plus originale et la plus raffinée de l'Occident médiéval.
http://www.clio.fr/bibliotheque/pdf/pdf_les_normands_en_mediterranee_du_xie_au_xiiie_siecle.pdf
La civilisation normande de Sicile par Christian Marquant
Directeur du Centre international d'histoire religieuse (CIHR)
Des guerriers scandinaves conquièrent l'ouest de la France à la pointe de l'épée, puis en
repartent pour se tailler un royaume méditerranéen. Ces hommes du Nord vivent comme des
princes d'Orient. Leurs palais s'agrémentent de jardins où l'eau abonde, où croît une végétation luxuriante. Grands bâtisseurs, ils couvrirent la Sicile de bâtiments religieux et profanes où les splendeurs de l'art byzantin se mêlent à celle de l'art arabe.
http://www.clio.fr/bibliotheque/pdf/pdf_la_civilisation_normande_de_sicile.pdf