Qu'est-ce que la jeunesse ? La jeunesse peut se définir comme une étape, une période de transition maruqée par la rupture progressive avec la famille
d'origine et l'intégration dans le monde des adultes.
L'existence du groupe suppose une sortie de l'enfance en amont, et une sortie de la famille en aval.
Avec la scolarisation dans le second cycle et le supérieur et le gain d'une relative autonomie, les jeunes accèdent à une culture en dehors de la famille, et un affaiblisselment se con
emprise au profit du groupe des pairs. La sortie de la jeunesse passe par l'intégration dans le monde des adultes : fin des études, logement personnel,
vie en couple, premier emploi, premier enfant.
L'existence de la jeunesse suppose une constitution en tant que groupe séparé et identifiable, une sociabilité jeune et même une prise de conscience de son existence. Comment se constitue et évolue le groupe "jeunes" ? Quelles sont les caractéristiques et les évolutions de ce groupe ?
"La montée des jeunes"
« Toujours est-il que ces jeunes sont là. (...) Ces enfants vont faire parler d'eux non seulement par leurs besoins, mais bientôt par leurs idées, leurs actes.
La première «explosion scolaire»
A partir des années 1950, on observe un allongement des parcours scolaires qui tend à allonger la durée de la jeunesse développer et à y intégrer plus de monde, y
compris des futurs ouvriers ou futurs paysans. C'est l'enseignement secondaire qui connaît la croissance la plus forte: lycées, Collèges d'Enseignement Général (CEG) et Collèges d'Enseignement
Technique (CET) passent de 902 000 en 1945-46 à un peu pus de 3 millions en 1963-64.
Les effectifs lycéens passent sur la même période de
156 000 en 1950 à 848 000 en 1970. L'allongement de la scolarisation est sanctionnée par la loi Berthoin de 1959 qui porte l'obligation scolaire à 16 ans et par la mise en place du collège (CEG
en 1959 et CES en 1963).
Les effectifs universitaires passent de quelques 140 000 au milieu des années 1950, à 300 000 au milieu des années
1960, avec, en parallèle une évolution des origines sociales de ces étudiants favorable aux enfants des classes moyennes.
Cette scolarisation contribue à
modifier la société : elle facilite la promotion sociale en permettant d'accéder à des emplois qualifiés.
L'impact des Trente Glorieuses
Des années 1950 au début des années 1970, la France, comme les autres pays comparables, connaît une période de forte croissance économique. La société se transforme : exode rural, urbanisation et industrialisation marquent cette période. Les Français voient leur niveau de vie s'élever et entrent dans la société de consommation. Les jeunes deviennent eux aussi des consommateurs (vêtements, radio, loisirs ...).
La culture jeune
A partir de cette base démographique qui donne beaucoup de jeunes dans les années 1950 et 1960, un groupe social se constitue par autonomisation progressive
: comportements spécifiques et modes de vie, mentalité et pratiques culturelle. Les jeunes existent par une panoplie vestimentaire, par un langage, par une consommation culturelle de type
Salut Les Copains (émission d'Europe 1 lancée par Daniel Filipacchi en 1959 et Franck Tenot puis le magazine éponyme lancé en 1962). Le concert du 22 juin 1963 au cours duquel 150 000
jeunes peuvent applaudir leurs idoles : (Johnny Halliday, Sylvie Vartan, Richard Anthony...) mauqent l'opinion. Le rock américain pénètre en France et bientôt, les chansons des
Beatles.
Constitution du groupe et conscience du groupe
Le groupe des jeunes se constitue également par les représentations construites par les journalistes
ou sociologues exemple de Françoise Giroud, Edgar Morin ou Alfred Sauvy. En 1957, l'Expresse publie une série d'articles sur la Nouvelle vague. Jean Carné
présente les blousons noirs dans son film Les tricheurs, à la fin des années 1950.
La cutlure juvénile-adolescente selon Edgar Morin
"Le développement de cette culture est lié à la conquête d’autonomie des adolescents au sein de la famille et de la société. L’acquisition d’une relative autonomie monétaire (argent de poche
donné par les parents des sociétés avancées et, ailleurs, arge,nt de poche conservé par les adolescents qui gagent leur vie, et ne redistribuent plus intégralement leur gain aux parents) ,
et d’une relative liberté au sein de la famille (ce qui nous renvoie au problème de la libéralisation, ici, de la déstructuration, là, de la famille), permette,nt aux adolescents d’acquérir le
matériel qui les imbibera de leur culture (transistor, tourne-disques, voire guitare), ou qui leur donna sa liberté d’évasion et de rencontre –vélo, vélomoteur, automobile) et leur permettra de
vivre leur vie autonome dans le loisir et par le loisir. Cette culture, cette vie, accélèrent en retour les revendications des adolescents qui ne se satisfont pas de la demi-liberté acquise, et
elles font croître leur contestation à l’égard d’un monde adulte de moins en moins semblable au leur. De proche en proche et à un âge de plus en plus précoce s’affirme chez le jeune une tendance
à l’émancipation, non pas une émancipation qui permettra de devenir adulte, mais une émancipation qui permettra de devenir comme les adultes, c’est-à-dire égaux à eux en droit et en
libertés. Mais cette revendication est diffuse. Elle ne se cristallise pas en idéologie doctrinalement constituée, mais en une sorte de vulgate selon laquelle les adultes sont réputés
dépassés, incompréhensifs, ou voués à vivre dans le mensonge."
Edgar Morin, « Culture adolescente et révolte étudiante », Annales, Vol. 24, N° 3, 1969, p. 765 – 776.
Une jeunesse contestataire
1968 est bien un temps fort pour la jeunesse.
Les contestations
Les années 1960 sont marquées par des contestatations :
- le syndicalisme
étudiant à proprement parler se forme à la fin des années 1950 et au début des années 1960 avec la nouvelle majorité de l'UNEF qui va être très active contre la guerre d'Algérie.
Toutefois, la génération qui nous intéresse n'a pas participé à cette guerre. La guerre d'Algérie a contribué à politiser une partie de la jeunesse. Les étudiants, par l'intermédiaire de leur
syndicat, l'UNEF, participent à de nombreuses manifestations pour la paix en Algérie et contre l'OAS.
Cette mobilisation étudiante se poursuit avec les
Comités de base Vietnam qui font campagne contre la guerre du Vietnam. Dans les campus universitaires et dans les lycées, les organisations d'extrême
gauche (trotskistes, maoïstes, anarchistes notamment) sont très implantées et très actives.
Les jeunes ne peuvent s'exprimer dans la France
gaulliste. La télévision (ORTF) est contrôlée par le pouvoir politique. Dans les universités, à cette époque, il n'existe pas d'instances représentatives des étudiants. A cette date, le droit de
vote est réservé aux plus de 21 ans.
Les jeunes, scolarisés ou non, bien que très nombreux et très présents dans la société, ne se voient pas reconnaître
le statut auquel ils aspirent. L'essor de la culture jeune, qui accompagne la société de consommation, contraste avec les valeurs traditionnelles (la famille, l'autorité,
etc...).
La crise de mai 1968
Vers un nouveau statut pour les jeunes
Les années 1970 sont marquées par une politique plus libérale envers la jeunesse, notamment sous la présidence de Politique de Valéry Giscard d'Estaing : doit de vote à 18
ans ; légalisation de l'avortement ; mixité ans l'éducation ; diminution du service militaire. La sexualité qui évolue : Législation sur la contraception des années
1970.
Parallèlement, la démocratisation de l'enseignement se poursuit.