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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 18:07

couv_2307.jpgMary Lewis, Les Frontières de la République. Immigration et limites de l’universalisme en France (1918-1940), Agone, 2010.

Ouvrage original: The Boundaries of the Republic : Migrants Rights and the Limits of Universalism in France, 1918-1940. Stanford, Stanford University Press, 2007, 361 p.

 

Présentation de l'éditeur:

Ce livre étudie les tensions entre administrations et immigrés dans la France de l’entre-deux-guerres confrontée au défi de l’immigration de masse. Mon principal sujet étant les dynamiques d’inclusion et d’exclusion dans les démocraties, j’ai choisi de m’intéresser à la IIIe République. Les politiques migratoires de l’époque ont peut-être préparé le terrain aux lois discriminatoires de Vichy ; mais je mets l’accent sur les aléas historiques de leurs origines plutôt que sur leur caractère censément inévitable. Cette dimension imprévisible de l’histoire doit nous faire réfléchir. Il semble en effet plus important que jamais de prendre conscience de la fragilité des libertés.

 S’appuyant sur des sources délaissées, Mary D. Lewis retrace les origines de la politique française en matière d’immigration autant qu’elle donne une chronique de la vie des migrants. Les immigrés ne sont jamais totalement « intégrés », jamais totalement « exclus », et encore moins soumis au principe d’égalité. Dans les années 1930 comme aujourd’hui, leur place dans la société française ne repose pas sur la mise en application de textes où les individus seraient des abstractions. Ainsi interroge-t-elle avant tout la précarité de leurs droits et la diversité des cas, d’une personne à l’autre, d’une ville à l’autre.

Mary D. Lewis enseigne au département d’histoire de l’université de Harvard (États-Unis). Elle travaille notamment sur l’histoire de l’immigration en France et sur l’Afrique du Nord à l’époque coloniale.

Les droits des migrants de cette époque [France de l’après-guerre] reflètent l’inégalité du rapport de force entre les nations au sein de l’Europe d’une part, et entre l’Europe et ses colonies d’autre part. Les pays alliés et les nouveaux États bénéficient d’un statut privilégié, tandis que les territoires coloniaux restent soumis à un régime discriminatoire d’exception. Le rêve syndicaliste de faire embaucher de la « main-d’œuvre de couleur », dont le recrutement « sera soumis aux mêmes conditions que celui de la main-d’œuvre européenne, et qui jouira des mêmes garanties » ne sera jamais réalisé. Au lieu de lois internationales uniformes, des traités bilatéraux garantissent l’égalité des conditions de travail, de salaire et de droits sociaux pour les ressortissants des États contractants.
Ces accords s’écartent de l’ordre international d’après-guerre envisagé par la CGT de trois façons : ils n’octroient aux syndicats qu’un maigre pouvoir de contrôle, et accordent aux étrangers des droits syndicaux légèrement différents par rapport aux citoyens ; par-dessus tout, ils sont bilatéraux et non universels. Ainsi, faute de traité, les ressortissants de l’Espagne, un pays gros pourvoyeur de main-d’œuvre, peuvent se trouver exclus pendant une première période de cette forme de garantie réciproque ; tandis que les citoyens de pays contractants bénéficient de droits plus substantiels à certains égards que les ressortissants de l’empire colonial, formant ainsi une classe privilégiée de migrants qui peuvent être désignés comme les « étrangers les plus favorisés » des étrangers « privilégiés ». Non seulement le projet syndicaliste de garantir l’égalité des droits de « la main-d’œuvre de couleur » reste lettre morte, mais de surcroît, une échelle de droits différenciés a été mise en place pour les travailleurs européens à l’issue du conflit.

 

Compte-rendu de lecteur sur le site Histoire@Politique. Politique, culture, société.

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